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Violence: la belle entente est déjà finie

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Il y a deux ans, des élues ont décidé que pour lutter contre les agressions sexuelles et les violences faites aux femmes, tous les partis devaient faire front.

C’était, en quelque sorte, « faire de la politique autrement ».

Un comité transpartisan fut créé autour de la ministre Sonia LeBel, alors ministre de la Justice. Il y avait des représentantes du PLQ (Hélène David, puis Isabelle Melançon), de QS (Christine Labrie) et du PQ (Véronique Hivon).

Cette dernière avait proposé à Mme LeBel de transcender les lignes partisanes en s’inspirant du processus de « mourir dans la dignité » (MDLD).

Aucun ministre n’avait participé à MDLD. Mais Sonia LeBel accepta. Lorsqu’elle fut mutée au Trésor, une autre ministre, Isabelle Charest, responsable de la Condition féminine, la remplaça.

La transpartisanerie contre la violence faite aux femmes fonctionna un temps. Mi-décembre, un rapport d’expert commandé par le fameux comité multicolore était déposé : 190 recommandations.

Les élues s’étaient engagées à travailler de concert pour en « prioriser » certaines. Une somme de 50 millions $ avait été annoncée.

La fin

Mais la belle entente s’étiola et, cette semaine, expira.

On le comprit dimanche, lorsque le gouvernement, pendant Tout le monde en parle – deux ministres participaient à l’émission –, annonça que, désormais, la vice-première ministre Geneviève Guilbault serait chargée – avec un comité de ministres et d’élus de la CAQ – de la « mise en œuvre d’une série d’actions ».

Exit le comité transpartisan. Est-ce sa fin ? ai-je demandé à la ministre Charest hier à QUB : « Je ne dirais pas que c’est mort, mais je me questionne. »

Selon elle, dans la foulée des récents féminicides, plusieurs déclarations et gestes de Christine Labrie et d’Isabelle Melançon ont miné durablement la transpartisanerie.

QS et PLQ

Il y a une semaine, Labrie a déposé une motion à l’Assemblée nationale exigeant la création d’un secrétariat voué exclusivement à coordonner toute l’action gouvernementale en ces matières.

Le gouvernement refusa de l’appuyer parce que, fait valoir Charest, « le comité transpartisan n’avait pas identifié cette priorité ». La députée QS, par la suite, dénonça ce refus de manière virulente, soutenant que M. Legault « avait trahi sa parole ».

Il y eut aussi cette publication de QS sur les réseaux sociaux : « M. Legault, la pandémie, ce n’est pas une raison pour laisser mourir les femmes. »

Après l’avoir relayée, la co-porte-parole Manon Massé la fit retirer. Depuis, QS refuse de s’excuser d’avoir laissé entendre que le premier ministre avait une part de responsabilité dans la mort récente des sept femmes. Au contraire.

La ministre Charest n’a pas digéré non plus des sorties publiques « partisanes » d’Isabelle Melançon, notamment lorsque mardi, en chambre, elle lut les noms de chacune des femmes assassinées récemment en soutenant que le gouvernement n’avait rien fait. « Instrumentalisation » désolante selon Charest : « Quand les libéraux étaient au gouvernement, il y en a eu des féminicides ! »

La transpartisanerie est un superbe idéal. Mais nécessite que ceux qui s’y engagent formulent leurs critiques du gouvernement ou des oppositions « autrement », a déjà dit Véronique Hivon. Ce « autrement » peut-il être parfois de l’autocensure ?

J’y reviendrai sûrement.