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[EN IMAGES] Manifestations contre les féminicides au Québec

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Quelques centaines de personnes se sont rassemblées à Québec vendredi après-midi pour dénoncer les féminicides.

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Cette action faisait partie des manifestations contre la violence conjugale qui ont eu lieu dans plusieurs villes québécoises, vendredi, en réponse à l’appel à la mobilisation lancé entre autres par des regroupements de maisons pour femmes victimes de violence conjugale.  

Depuis le début de l’année, il y a eu huit féminicides au Québec, a rappelé Isabelle Boily, une des porte-paroles de cette initiative. « On n’en veut plus de féminicides. Ce sont nos mères, nos sœurs, c’est assez », a-t-elle lancé devant la foule.  

Les manifestants se sont symboliquement couchés par terre pour un «die-in» symbolique devant l'Assemblée nationale.
Photo Elsa Iskander
Les manifestants se sont symboliquement couchés par terre pour un «die-in» symbolique devant l'Assemblée nationale.

Après des prises de parole, des manifestants se sont symboliquement couchés par terre lors d’un die-in symbolique devant le parlement, en hommage aux victimes. Selon Mélissa Cribb, également porte-parole de la mobilisation, environ 300 personnes étaient sur les lieux. 

« Le message qu’on voulait lancer à la population générale, c’est que la violence conjugale n’est pas un problème individuel, même si ça se vit souvent dans l’intimité d’une maison, mais c’est un problème social », a-t-elle expliqué. 

Photo Elsa Iskander

Changer les mentalités

Selon des organismes qui œuvrent auprès des femmes, la pandémie a exacerbé la situation. « La violence faite aux femmes, c’est une pandémie silencieuse en ce moment », déplore Laurence Vallières, étudiante, qui a participé à la manifestation. « Avec les mesures de reconfinement qui recommencent, c’est le temps de crier et de dénoncer ça. » 

Plusieurs souhaitent des mesures plus robustes pour s’attaquer au problème et croient qu’au-delà du financement, il faut agir sur les mentalités.

Photo Elsa Iskander

Par exemple, Sophie Belleau-Blais, étudiante venue afficher son soutien aux victimes, dénonce un « système qui tolère encore les violences ».

Photo Elsa Iskander

« Je regardais les nouvelles et j’étais sidéré que c’est encore le genre de choses qui se passent », lance Jason Ortmann, étudiant à la maîtrise et enseignant en langues.

« Une des allocutrices l’a bien dit : ça ne se peut pas qu’un batteur de femmes se promène sans problème dans la rue, mais que c’est la femme qui doit se cacher et changer d’adresse. Ça n’a pas d’allure ! »

«On fait face à une pandémie de l’ombre»     

Félix Lacerte-Gauthier

Alors que la triste vague de féminicides se poursuit, avec une huitième femme assassinée en autant de semaines au Québec, des milliers de personnes ont défilé vendredi dans les rues de Montréal afin de demander du changement.

«On souhaite dire aux femmes victimes de violence conjugale qu’on marche en solidarité avec elles. Il y a plein de femmes qui sont actuellement dans leur domicile et qui sont aux prises avec la violence», a indiqué Chantal Arseneault, présidente du Regroupement des maisons pour les femmes victimes de violence conjugale.

Les organisatrices de la marche ont également demandé plus de soutien du gouvernement Legault, cela alors que le dernier budget du Québec a été critiqué en raison du peu de financement accordé contre la violence conjugale.

Photo Agence QMI, Félix Lacerte-Gauthier

Elles souhaitent également une mise en œuvre des recommandations du Comité d'experts sur l'accompagnement des victimes d'agressions sexuelles et de violence conjugale, et du Comité d'examen des décès liés à la violence conjugale.

«Il faut offrir plus de services. Chaque fois qu’une femme demande de l’aide, il faut s’assurer qu’elle va en obtenir à ce moment», a revendiqué Mme Arsenault.

Directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse soutient qu’une femme sur quatre est victime de violence au Québec.

«On fait face à une pandémie de l’ombre, parce qu’on la voit moins. Mais c’est important qu’on ait une vigilance et que tout le monde se sente concerné», a-t-elle illustré. 

  • Écoutez l'entrevue de la coorganisatrice de la manifestation Ingrid Falaise avec Benoit Dutrizac sur QUB radio:   

Pour elle, la pandémie a exacerbé la problématique de la violence conjugale, qui existait déjà, en isolant davantage les femmes qui en étaient victimes. «Bon an, mal an, ce sont 12 femmes qui sont tuées chaque année. Ce n’est que la pointe de l’iceberg, parce qu’on ne parle pas des tentatives de meurtre et des voies de fait graves», a révélé Mme Monastesse.

«C’est au moment de la séparation que le risque de féminicide est le plus important. C’est ce qu’on vit actuellement», a pour sa part résumé Sabrina Lemeltier, présidente de l’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale.

Photo Agence QMI, Félix Lacerte-Gauthier

Des élus de tous les partis se sont également déplacés afin d’appuyer les revendications des manifestants.

«Quand on parle de violence faite aux femmes, on va arriver avec le gros mot: systémique. C’est ça aussi!» a souligné la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui estime que l’égalité entre les sexes n’est pas encore atteinte au travail, et que les femmes disposent de moins de ressources.

Vendredi matin, la Sûreté du Québec a confirmé que Kataluk Paningayak-Naluiyuk, retrouvée morte la semaine dernière, avait été tuée par son conjoint, devenant la huitième femme en autant de semaines à être victime d’un féminicide.

D’autres manifestations semblables ont également été organisées simultanément dans une vingtaine de municipalités de la province.

Manque de ressources

«On a tout en main pour mettre fin à la violence conjugale, il faut simplement une réelle volonté gouvernementale», a affirmé Mme Lemeltier, qui se désolait du manque de fonds octroyé pour la problématique.

Photo Agence QMI, Félix Lacerte-Gauthier

Le budget du Québec, présenté la semaine dernière, allouait une somme de 22,5 millions $ sur cinq ans au rehaussement des services pour les femmes victimes de violence conjugale.

Une somme additionnelle de 10,5 millions $ était prévue afin de prolonger l’action visant à prévenir et à contrer les violences sexuelles.

Des sommes insuffisantes, selon les porte-paroles de la marche, alors que le nombre de places disponible dans les refuges pour femme répond difficilement à la demande.

«Ça prend des investissements. Il faut que le gouvernement nous prenne comme partenaire important dans les mesures à mettre en place. Nous, on a l’expérience et on a développé une expertise. On sait ce qui va fonctionner», a demandé Mme Arseneault, du Regroupement des maisons pour les femmes victimes de violence conjugale.

Plusieurs marches et rassemblements

Soulignons qu’il y a eu des marches et des rassemblements dans plusieurs villes, vendredi, pour dénoncer la violence faite aux femmes. En plus de Montréal, des milliers de Québécois ont notamment participé à des événements à Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières, Rimouski et Longueuil.


Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010 / consultez le https://sosviolenceconjugale.ca/fr