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Le blocus contre le Venezuela

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Il était une fois le Venezuela, pays prospère d’Amérique latine possédant les plus importantes réserves pétrolières au monde. Pas étonnant que les États-Unis en avaient fait leur paradis pour leurs entreprises associées à l’or noir. Un pays riche mais où les inégalités sociales étaient criantes. Pas étonnant que dans de telles conditions d’injustice, pendant les années soixante, plusieurs tentatives de guérilla aient vu le jour, mais sans réussir à instaurer un gouvernement qui serait au service des travailleurs et qui verrait à éduquer, à soigner, à nourrir et à loger dignement sa population. Les gorilles militaires étaient les gardiens de l’ordre établi et réprimaient dans le sang toute forme d’opposition.

Puis est arrivé le général Hugo Chavez, en 1998, qui a mis fin à ce désordre en nationalisant les industries liées à l’extraction pétrolière, gazière et aurifère. Avec les dividendes, il a mis en place d’audacieuses mesures sociales, appuyées sur le droit à la santé, à l’éducation, au logement et à la nourriture. Il a fait appel à des professeurs cubains pour alphabétiser la population et à des milliers de médecins cubains pour soigner gratuitement ceux et celles qui le nécessitaient, y compris dans les zones les moins hospitalières. Depuis le début de la Révolution bolivarienne, on a construit quatre millions de maisons et logements qui ont été remis à autant de familles. On sentait une certaine prospérité partagée dans ce pays où le litre d’eau coûte plus cher que le litre d’essence.

Il va sans dire que Washington voyait d’un très mauvais œil ces nationalisations, ces politiques sociales progressistes, de gauche, et surtout ce rapprochement avec Cuba, l’ennemi numéro un. On ne voulait pas d’un autre Cuba dans son arrière-cour. On s’est donc mis à élaborer des plans subversifs qui avaient fait leurs preuves au Chili d’Allende. Le but premier : susciter le mécontentement de la population, qui jusqu’alors était satisfaite de son gouvernement chaviste et bolivarien.

Première étape : accaparer des biens essentiels, surtout de la nourriture et des médicaments, et les stocker secrètement dans des entrepôts. On créait ainsi des pénuries artificielles et les gens étaient inquiets. Autre moyen : ruiner l’industrie pétrolière, première source de devise par des sabotages, destructions, incendies, grèves, etc. Les ventes de pétrole en furent affectées et les pièces de rechanges, difficiles à trouver. Les pannes de courant se multiplièrent. C’est un peu comme si on s’en prenait à notre hydroélectricité et que les pannes devenaient de plus en plus fréquentes.

Mais ce n’était pas suffisant pour faire tomber le gouvernement bolivarien. On a bien tenté quelques putschs militaires, mais contrairement à ce qui s’est passé au Chili, ces mini-rébellions ont vite été étouffées dans l’œuf. Alors, la Maison Blanche a pris d’autres moyens pour venir à bout de ce gouvernement socialiste qui, soi-disant, menaçait la sécurité de l’empire. On a donc dressé un cordon de sécurité autour du Venezuela, comme s’il avait la lèpre, un peu comme on le fait avec Cuba depuis soixante ans. Un blocus économique et financier. Et on ne s’est pas gêné pour s’emparer des biens et autres actifs, comme les raffineries et les milliers de stations-services de la compagnie CITGO qui opèrent aux États-Unis, propriété du gouvernement vénézuélien.

On menace les pays qui osent acheter son pétrole, la colonne vertébrale de l’économie vénézuélienne. Chantage, boycott, liste noire, menaces de toutes sortes et sanctions millionnaires. Toute la chaîne subit ces pressions machiavéliques, de l’acheteur au transporteur, en passant par les compagnies d’assurances et les banques. Avec pour résultat que les acheteurs ont peur.

Comme on vend moins de pétrole, il faut nécessairement en produire moins, sinon où stocker cet or noir ? Comme on vend et produit moins, les devises se font rares pour l’acquisition des produits essentiels et des pièces de rechange de l’industrie. Moins de devises signifie également dévaluation de la monnaie nationale et la chasse au dollar, monnaie de référence. Signifie aussi appauvrissement de la population et précarisation des acquis sociaux.

(À suivre).