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Les avions Challenger de Bombardier et les supercanons

Bombardier Challenger 650 «Artemis»
Photo U.S. Army Bombardier Challenger 650 «Artemis»

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Depuis plus d’un an, de mystérieux avions Challenger 650, hérissés de capteurs et d’antennes, sans identification militaire, sont observés au-dessus de la mer de Chine. L’un d’eux s’est approché à quelques dizaines de kilomètres des côtes chinoises, dans le détroit de Taïwan.

Ces biréacteurs d'affaires de Bombardier ont été transformés en avions-espions expérimentaux par l’armée des États-Unis. Que vient faire l’US Army dans des missions normalement accomplies par des appareils de l’US Air Force ou de l’US Navy?

C’est que l'armée veut jouer un rôle de premier plan dans ce qui est en train de devenir la zone d’affrontement géostratégique principale entre Washington et Pékin, la mer de Chine méridionale. Pour y parvenir, elle a décidé de mettre à jour une technologie sur laquelle elle avait misé il y a une quarantaine d’années, les supercanons, développés ici, au Québec, par Gerald Bull. J’y reviens plus loin.

L’avion-espion expérimental basé sur le Challenger 650 de Bombardier porte le nom d’Artemis (abréviation, en anglais, de «système de renseignement multimission aéroporté de reconnaissance et de ciblage»).

Dans le cadre de l’environnement «multidomaine» qui désigne, dans le jargon du Pentagone, des actions conjuguées de forces navales, terrestres, aériennes et spatiales, la mission de l’armée sera d’effectuer des tirs de canon géant à ultralongue portée et de missiles hypersoniques sol-sol.

À 40 000 pieds d’altitude, les capteurs et les autres équipements électroniques des Challenger Artemis peuvent scanner des centaines de kilomètres carrés pour détecter des cibles, qu’elles soient maritimes ou terrestres. Les données recueillies sont transmises aux batteries de supercanons à plus de 1000 kilomètres des objectifs détectés.

Des batteries de supercanons seraient déployées dans les pays alliés des États-Unis à proximité de la mer de Chine méridionale. Le supercanon actuellement en développement est transportable par avion-cargo géant Galaxy C-5A et déplaçable sur un transporteur semi-remorque à 40 roues. Les premiers essais de tir sont prévus pour 2023.

Des canons géants avec plus de 1000 kilomètres de portée sont considérés comme la technologie la plus efficace pour contester la prédominance de la Chine dans la région indo-pacifique. Ils sont moins vulnérables et plus économiques à maintenir en service qu’une force navale de porte-avions avec navires-escortes.

La zone indo-pacifique n’est pas le seul endroit où le Pentagone envisage de déployer ses supercanons et ses avions cibleurs Artemis. Selon le site d’information russe Spoutnik, un Challenger 650 a été observé en mission de surveillance au-dessus de la mer Noire, à proximité de Sébastopol, la principale base navale russe de la péninsule de Crimée. L’appareil qui a décollé de la base aérienne de l’OTAN à Constanta, en Roumanie, a également mené des missions en Géorgie et en Abkhazie.

Les Américains ne sont pas les seuls à s'intéresser au Challenger en tant qu'avion-espion. Le site internet Scramble, spécialisé dans les questions militaires, indique qu'un Challenger avec des capteurs électromagnétiques (SIGINT), électro-optiques et radars est exploité par l’aviation turque, et un second devrait bientôt entrer en service, possiblement avec les services secrets du pays. Les États-Unis et d’autres pays utilisent déjà des Bombardier Global Express comme avions-espions et d’attaque maritime. J’y ai consacré plusieurs billets.

C’est en 2018 que le Pentagone a annoncé qu’il relançait le développement de canons géants, abandonné depuis les années 70, époque à laquelle le génie de la balistique Gerald Bull avait développé la technologie pour l’armée américaine à son centre de recherche de Highwater, en Estrie. 

Gerald Bull a été assassiné à Bruxelles en 1990, probablement par le Mossad, avant de pouvoir faire l’essai en Irak du plus gros canon de l’histoire, que les médias ont appelé le «Canon de l’apocalypse», conçu ici, au Québec. Les énigmes entourant le personnage sont le sujet de ma série de balados sur QUB radio.