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NPD au Québec: où est passé l’héritage de Jack?

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Photo d'archives, AFP Le NPD d’aujourd’hui saute sur le dos du Québec…

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Il y a quinze ans, je venais de quitter le conseil des ministres de Jean Charest. Ayant refusé de signer un décret transférant des terrains dans le Parc national du Mont Orford à des développeurs privés, mon sort était scellé avec lui et sa gang. Charest en a trouvé d’autres pour se plier à sa volonté, mais j’étais dorénavant libre politiquement. 

Il y a quinze ans, j’ai été contacté par Jack Layton, alors chef du NPD. Je connaissais déjà Jack pour son rôle comme président de la Fédération canadienne des municipalités. Il m’avait invité à venir prononcer une allocution au congrès annuel du NPD qui se tenait à Québec à la fin de l’été 2006. 

De discussion en discussion, de rencontre en rencontre, ce Québécois d’origine, aussi généreux que génial, partageait sa vision inclusive d’un pays où personne n’était laissé pour compte. 

Un noyau de militants et d’organisateurs était le petit cœur battant de ce parti socialiste d’ici. Historiquement, le NPD n’avait jamais réussi à percer le moindrement au Québec, s’étant enfargé dans la question nationale et étant incapable de comprendre nos nuances. Le français n’y avait pas de place réelle et c’était, de facto, un parti d’Anglos de gauche pour le reste du Canada. 

Une percée inespérée

Jack et moi avions l’intention de changer les choses. Nous étions persuadés qu’un parti socialement, écologiquement et économiquement de gauche pouvait incarner les valeurs profondes partagées par de nombreux Québécois. Nous avons travaillé d’arrache-pied pendant cinq ans pour les en convaincre. 

Faire une tournée politique avec Jack Layton n’était pas que du travail. Affable, intelligent et espiègle, il possédait un charme extraordinaire. Sur une terrasse à Trois-Rivières où lors d’un événement sportif dans la Vieille Capitale, Jack Layton se faisait souvent saluer comme « Monsieur Clayton », les gens ayant entendu son nom sans l’avoir vu écrit. Mais ça ne serait pas long avant que tout le monde ici le connaisse et l’apprécie. 

Lors d’une élection partielle pour remplacer Jean Lapierre après sa démission comme député d’Outremont, nous avons senti que les choses commençaient à bouger. Lors d’un événement dans un parc avec Jack, accompagné de deux anciens chefs, Ed Broadbent et Alexa McDonough et les organisateurs de ma campagne, je me souviens d’avoir fait une prédiction qui se concrétiserait cinq ans plus tard : « à partir d’ici une vague orange va se déferler sur le Québec ». 

N’ayant jamais gagné un seul siège lors d’une élection générale, c’était téméraire pour le NPD. Mais j’y croyais et Jack aussi. 

Quelle tristesse...

Il y a dix ans, cette vague orange a mené à l’élection de 59 députés du NPD au Québec. Le décès tragique de Jack nous a frappés de plein fouet, mais comme opposition officielle, nous avons livré une bataille féroce aux troupes conservatrices de Stephen Harper et pouvons toujours nous enorgueillir d’avoir battu le gouvernement le plus à droite de l’histoire du Canada. 

Quelle tristesse, alors, de voir le NPD d’aujourd’hui prendre fait et cause pour ceux qui sautent sur le dos du Québec avec des accusations qui sont, elles-mêmes, fondamentalement racistes. Ce n’est pas ça l’héritage de Jack Layton.