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Créons un institut national dédié à la formation des enseignants

Jérôme St-Amand, Ph. D.
Jérôme St-Amand, Ph. D.

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Avant les années 1960, la formation initiale des enseignants au Québec était la responsabilité des « écoles normales ».

L’action de l’instituteur était celle d’une mission divine où les principes religieux et moraux judéo-chrétiens transcendant la nation canadienne-française de l’époque étaient au cœur de l’action pédagogique. 

C’est au cours des années 1930 et 1940 que de nouvelles élites intellectuelles expriment des revendications comme celle de se défaire de l’emprise religieuse.  

Le besoin de moderniser cette formation se fait sentir en 1953 lors de la réforme des « écoles normales ». Le Rapport Parent des années 1960 est d’ailleurs le couronnement de cette pensée moderniste des années 1950.

Les technocrates de la Commission Parent créent alors un système d’éducation sous la gouverne du ministère de l’Éducation. Assumant la direction de la formation initiale des enseignants, le ministère nouvellement créé assigne aux facultés d’éducation la responsabilité de celle-ci. Donc, à partir de 1964, les « écoles normales » sont abolies. 

Situation catastrophique des diplômés

Aujourd’hui, plus de 50 ans après le Rapport Parent, la situation des diplômés en éducation est catastrophique. Au Québec, le taux d’abandon moyen de la profession enseignante, avant même d’avoir accumulé cinq ans d’expérience, se situe entre 25 % et 40 %. Tandis que des facteurs institutionnels suscitent ce phénomène d’abandon (p. ex. conditions de travail, précarité d’emploi, etc.), d’autres facteurs sont davantage liés à la formation initiale déficiente qui donne lieu malheureusement à un faible sentiment de compétence et d’efficacité lié à l’acte d’enseigner et à l’acte d’intervenir auprès des élèves. 

En raison de ces résultats mitigés, j’estime que l’heure du bilan a sonné. Doit-on continuer de donner aux facultés d’éducation la responsabilité de la formation initiale ? Si oui, pourquoi ? 

Ou devrions-nous plutôt songer à la création d’un institut national exclusivement dédié à cette formation ? Après tout, au Québec, nous avons HEC Montréal réputé pour la formation en administration des affaires ou encore la Polytechnique pour l’ingénierie et combien d’autres écoles spécialisées. 

L’éducation de demain ne mériterait-elle pas elle aussi son institut spécialisé ? Car les facultés d’éducation se trouvent de plus en plus dans une situation inconciliable avec la rigueur qu’exige une formation de haut niveau en éducation. 

On peut citer la précarité des emplois des chargés de cours, le clientélisme, l’absence d’expérience pratique significative d’une majorité d’intervenants embauchés pour œuvrer à la formation initiale, le rejet des données probantes chez un grand nombre de formateurs ou encore les efforts de plusieurs professeurs, essentiellement dirigés en vue de leur promotion. 

L’éducation est fondamentale au Québec

En partant de la prémisse que la façon dont on éduque les individus composant la société est tributaire de la vision qu’on a du monde, la création d’un tel institut au Québec, comme c’est notamment le cas à Singapour (National Institute of Education), à Hong Kong (The Education University of Hong Kong) à Toronto (Ontario Institute for Studies in Education) et dans bien d’autres pays, permettrait entre autres de véhiculer que l’éducation est fondamentale au Québec.  

Il n’est pas ici question de recréer une « école normale », mais de concevoir un carrefour intellectuel où les étudiants pourront côtoyer des experts ayant une expérience pratique significative et dans laquelle l’opinion et l’idéologie des formateurs feront place à la rigueur scientifique des données probantes qu’on retrouve d’ailleurs depuis longtemps en médecine, en agriculture, en transports, en technologie et dans combien d’autres champs. 

-Jérôme St-Amand, Ph. D. Professeur et chercheur en sciences de l’éducation, Université du Québec en Outaouais 

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