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Un boulet en or nommé Fitzgibbon

White Star
Capture d'écran tirée de Twitter Le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, un cofondateur de White Star Éric Martineau-Fortin, Patricia Barbizet, une investisseuse dans White Star, le premier ministre Legault et son épouse.
Le ministre Pierre Fitzgibbon a présenté au premier ministre le dirigeant d’un fonds dans lequel il est lui-même investisseur, en 2019.

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François Legault et Pierre Fitzgibbon ont minimisé avec outrance les apparences de conflit d’intérêts dans lequel baigne le titulaire de l’Économie. Mais leurs explications paraissent trouées comme la barque éthique du ministre.

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Rappelons les faits. En janvier 2019, alors que François Legault mène sa première mission à l’étranger, à Paris, son ministre Pierre Fitzgibbon lui présente le dirigeant du fonds White Star, Éric Martineau-Fortin. Le hic, c’est que le ministre est lui-même investisseur dans ce fonds. 

Le Journal a publié cette semaine une photo montrant Pierre Fitzgibbon, François Legault et son épouse, en compagnie de Martineau-Fortin et de la femme d’affaires Patricia Barbizet, tout sourire.

Dans ses explications, mercredi, M. Fitzgibbon a affirmé que ce n’était pas le cofondateur de White Star qui était l’objet de la rencontre, mais plutôt l’influente Française Barbizet.

À l’entendre, la présence de Martineau-Fortin était fortuite. Comme s’ils avaient trébuché sur lui au passage.

M. Fitzgibbon a dit de cette rencontre : «Ça a duré trois minutes».

François Legault, lui, a affirmé qu’il n’avait fait que prendre une photo avec des gens d’affaires qu’il ne connaissait pas.

Or, lorsqu’il a twitté la photo à l’époque, le premier ministre disait avoir participé à un autre «dîner économique», notamment avec M. Martineau-Fortin, en ajoutant avoir eu «de bonnes discussions sur l’économie».

Le dirigeant de White Star avait relayé la photo en se disant «tellement heureux d’avoir pu présenter le premier ministre du Québec [...] à de nombreux amis».

Ça semblait magique, ce qui se passait là.

Et aujourd’hui, un porte-parole de White Star affirme «qu’à la demande de M. Fitzgibbon, M. Martineau-Fortin a facilité la tenue de quelques rencontres entre le premier ministre Legault et certaines personnalités du monde des affaires de France» en 2019.

Alors, de deux choses l’une. Soit tout ce beau monde a pété de la broue à l’unisson à l’époque pour faire croire à de véritables échanges d’affaires en haut lieu. Soit ce qu’ils ont dit à ce moment-là était vrai et ils tentent aujourd’hui d’en minimiser la portée vu les circonstances gênantes.

Contredit par M. Legault

Mercredi, le ministre Fitzgibbon a dit qu’il ne se souvenait pas s’il avait rappelé au premier ministre, au moment de la rencontre, qu’il avait des investissements dans White Star. Il a ajouté toutefois : «Mais il le savait».

Pourtant, M. Legault n’offrait pas la même version, le jour même. «À l’époque, je ne le savais pas qu’il avait un investissement dans l’entreprise, avec le gars avec qui je me suis fait photographier.»

Un conflit, c’est quoi?

M. Fitzgibbon semble croire qu’il faut détourner de l’argent du public et s’en mettre plein les poches pour se rendre coupable de conflit d’intérêts.

C’est beaucoup plus large que cela et il ne peut l’ignorer. Surtout après trois enquêtes de la commissaire à l’éthique et deux blâmes à son endroit.

En 2019, même si sa participation est modeste et qu’il n’a pas d’influence sur la gestion du fonds, si White Star Capital cartonne, c’est positif pour son investissement. Si le ministre refuse de s’en départir encore aujourd’hui, malgré la demande de la commissaire à l’éthique de se conformer au code des élus, c’est parce qu’il ne veut pas perdre un profit sur lequel il a misé.

Il est légitime de se demander s’il a agi dans son propre intérêt.

Bien sûr, le ministre homme d’affaires peut faire profiter le Québec de ses connaissances et de son vaste réseau de contacts. Il possède des atouts pour jouer un rôle clé dans la relance. 

Il vaut probablement son pesant d’or, mais sur le plan éthique, il constitue un boulet quand même.