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Un migrant bisexuel redoute son expulsion en Jordanie

Le trentenaire a reçu des menaces de mort de sa famille, selon son témoignage

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Les heures sont comptées au Canada pour un migrant que les autorités s’apprêtent à expulser en Jordanie dès lundi, malgré sa crainte d’y être persécuté à cause de sa bisexualité.

À moins d’un revirement de situation, Samer, 32 ans, sera forcé de retourner dans son pays d’origine, qu’il a quitté il y a 15 ans et où il craint pour sa vie.

« Mon père et mes frères menacent de me tuer en raison de mon orientation sexuelle et de mon changement de religion. [...] Je vais être victime d’un crime d’honneur », témoigne sans détour l’homme, qui tait son nom de famille pour des raisons de sécurité.

Une lettre envoyée par son frère en 2014 et déposée devant la cour indique que Samer « mérite d’être tiré du haut d’un édifice » pour avoir commis « la chose la plus sale au monde, avoir des relations sexuelles avec un homme ». 

On lui reproche aussi sa conversion au christianisme, lui qui a grandi dans l’islam. 

À court d’options

Arrivé par le chemin Roxham en 2019, Samer a fui les États-Unis après une série de crimes haineux de nationalistes blancs dont il dit avoir été victime. 

Le Canada lui a refusé le statut de réfugié entre autres à cause d’un casier judiciaire aux États-Unis lié à un accident d’auto où son meilleur ami est décédé, selon son avocat. 

À court d’options, le Jordano-Palestinien a présenté une demande d’examen des risques avant renvoi, une procédure de dernier recours avant l’expulsion. 

Toutefois, le juge Sébastien Grammond a estimé qu’il n’existe « aucune preuve que son retour en Jordanie mettrait sa vie en danger ou l’exposerait à la torture ou à la persécution ». 

Son avocat et l’organisme AGIR, Action LGBTQ+ avec les immigrant(e)s et réfugié(e)s, qui appuient Samer dans sa démarche, sont d’un tout autre avis.

En danger de mort

« Souvent, le gouvernement va baser sa décision sur la législation en vigueur dans un pays. Or, la Jordanie n’a pas de loi qui criminalise les LGBTQ, mais on sait que la réalité sur le terrain est complètement différente. Les crimes d’honneur, ça existe », affirme Meryem Benslimane, administratrice d’AGIR. 

« Il y a un je-m’en-foutisme par rapport à la vie ou la mort de ce jeune homme bisexuel », s’emporte son avocat, Stewart Istvanffy, qui implore le ministre de l’Immigration, Marco Mendicino, de lui émettre un permis de séjour temporaire. 

L’Agence des services frontaliers du Canada rappelle pour sa part que « le processus de renvoi [des demandeurs d’asile refusés] comprend de nombreux freins et contrepoids afin de s’assurer que le renvoi est effectué de manière juste et sécuritaire ».