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Un parcours qui n’était pas tracé d’avance

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Photo courtoisie Nancy Audet

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Le livre biographique de la journaliste Nancy Audet aurait facilement pu s’intituler Une écorchée de la DPJ, à tel point son départ dans la vie a été difficile. Née dans une famille où sa mère la détestait, elle a vécu à répétition, durant son enfance, les coups, les larmes, la violence verbale et physique et même l’abandon. Même si tout jouait contre elle, la fillette devenue adulte a réussi, tout au long de sa vie, à force de résilience, à saisir les occasions pour s’en sortir en refusant de jouer à la victime.

Plus jamais la honte, voilà le titre du livre que Nancy Audet a écrit, un peu malgré elle. Si elle a choisi ce titre, c’est sans doute que la honte est le sentiment le plus fort qu’elle a vécu une bonne partie de sa vie, mais dont elle a réussi à s’affranchir au fil du temps.

Elle admet volontiers que le processus d’écriture a été très difficile. « C’était pire que ce que j’avais anticipé », confie-t-elle. « Cela faisait ressortir tous mes souvenirs douloureux, remontant aussi loin que l’enfance. » Pourtant, Nancy Audet s’était préparée à ce travail. En plus d’avoir suivi deux thérapies d’un an chacune, elle était suivie par un psychologue durant tout le processus d’écriture. « À plus d’une reprise, j’ai voulu tout abandonner », reconnaît l’ex-journaliste.

Si le travail a été difficile, c’est que son parcours donne par moments froid dans le dos. Sa mère, qui la faisait toujours sentir moins que rien, accordait des privilèges à sa sœur et à son frère – aussi simples que d’aller au parc –, des privilèges auxquels elle n’avait pas droit, devant demeurer enfermée dans sa chambre. 

Entre sa mère, qui l’avait mise au monde et la détestait, et un père absent en raison de son travail, Nancy a subi des sévices dès la petite enfance, au point de devoir se rendre à l’hôpital. Fouettée à la ceinture, victime de coups de bâton dès l’âge de cinq ans, elle avait manifesté l’idée de prendre un couteau pour se suicider. Car déjà à ce jeune âge, elle subissait les agressions sexuelles d’un voisin, un manège qui a duré plus de deux ans, avec personne à qui en parler, si ce n’est une mère qui ne la croyait pas. Toujours enfant, sa mère la renvoyait de la maison avec sa valise lui suggérant de se trouver une nouvelle famille, jusqu’à ce qu’elle aboutisse à la DPJ, abandonnée par sa propre mère, à l’âge de 10 ans.

« Quand un parent manque d’intégrité envers un enfant, l’enfant n’arrête pas d’aimer son parent, mais il arrête de s’aimer », affirme-t-elle.

<strong><em>Plus jamais la honte</em><br>Nancy Audet</strong><br>Les Éditions de l’Homme<br>247 pages
Photo courtoisie
Plus jamais la honte
Nancy Audet

Les Éditions de l’Homme
247 pages

Se sortir de la honte

Pour se sortir de la honte, Nancy Audet estime qu’il faut en parler, c’est la meilleure façon de s’en libérer. 

Pendant des années, Nancy Audet a vécu avec la peur de l’abandon qui rodait constamment dans son esprit. À 38 ans, elle estimait encore qu’elle avait mérité les mauvais traitements qu’elle avait subis dans son enfance et que c’était de sa faute si elle avait été abandonnée. Jusque-là, elle disait ne pas pouvoir avoir d’enfant. « J’avais trop peur de ne pas être capable de donner ce que je n’ai pas eu et jamais je n’aurais pris le risque de faire souffrir un enfant alors que j’ai toujours aimé les enfants », dit l’ex-journaliste. 

Si on entend souvent dire que les épreuves rendent plus fort dans la vie, il faut aussi savoir qu’avant d’en arriver là, on doit vivre un très long processus. « On doit guérir ses blessures, arriver à se pardonner et briser le cycle de la violence », estime Nancy Audet.

C’est grâce à son instinct de survie et la présence de quelques personnes bienveillantes à des moments charnières qu’elle est parvenue à s’en sortir et à faire son chemin. 

Cela a été le cas de sa mère adoptive, Manon, qui lui a ouvert les bras et qui lui a offert un toit gratuitement à deux reprises lorsqu’elle a été admise à l’université. « Elle m’a beaucoup soutenue et ç’a été très déterminant dans ma vie, elle m’a offert une famille », affirme l’auteure, qui rappelle que l’an dernier seulement, il y a eu 118 000 signalements à la DPJ. 

Donner au suivant

Aujourd’hui bien installée dans la vie avec son conjoint et sa fille de cinq ans, elle souhaite donner à son tour. 

Déjà, elle est grande sœur de deux garçons depuis huit ans et elle parraine aussi, depuis un an, une grande fille dont la mère est décédée d’un cancer lorsqu’elle avait 12 ans. 

De surcroît, elle souhaite adopter un enfant de la DPJ. « Mais on pense d’abord à devenir famille d’accueil d’urgence, ayant moi-même été accueillie en urgence à deux reprises, je sais à quel point c’est essentiel pour un enfant qui est en état de choc. » Entre-temps, elle souhaite surtout que son livre puisse inspirer les jeunes de la DPJ et ceux qui vivent de la maltraitance afin de leur donner le souffle nécessaire pour s’en sortir.


Nancy Audet planche sur plusieurs projets, dont un autre livre et trois séries documentaires.