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Voiture électrique au Québec: l’objectif de Jean Charest bien loin sur le chemin

Plus de 820 M$ en incitatifs financiers ont pourtant été octroyés depuis dix ans

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Dix ans après le rêve de l’ex-premier ministre Jean Charest de voir un véhicule neuf sur quatre vendus être électrique en 2020, le Québec est loin du compte avec à peine 6,8 % des ventes l’an dernier.

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« Quand Jean Charest annonçait qu’en 2020 un véhicule sur quatre vendu serait électrique, il n’a mis aucune réglementation en place pour forcer le virage », tranche Daniel Breton, grand patron de Mobilité Électrique Canada (MEC), qui fait paraître à la fin du mois Le guide pratique de la voiture électrique.

L’an dernier, à peine 25 187 véhicules électriques ont trouvé preneur au Québec sur les 371 478 vendus, soit un maigre 6,8 %. On est donc loin du 25 % souhaité par l’ex-premier ministre Jean Charest en 2011.

Au 31 décembre dernier, quelque 91 826 véhicules électriques circulaient sur les routes du Québec sur les 4 936 202, soit à peine 1,9 %.

Or, malgré la pandémie, les ventes de véhicules électriques ont mieux résisté au confinement que ceux à essence. Celles-ci ont baissé de 7 %, comparativement à une chute de 17,5 % pour ceux à essence, fait remarquer Daniel Breton.

Au Québec, un acheteur de voiture électrique peut obtenir un rabais à l’achat allant jusqu’à 13 000 $, soit 8000 $ de Québec et 5000 $ d’Ottawa.

Depuis le début du programme Roulez Vert, le gouvernement québécois y a mis près de 640 millions de dollars. Au fédéral, la portion québécoise s’est élevée à plus de 180 millions, pour un total de 820 millions $.

Chez Hydro-Québec, on a injecté l’an dernier 11,2 millions de dollars dans le réseau de bornes rapides dans l’espoir d’en avoir 2500 d’ici 2030.

Un incitatif fédéral très récent

Pour Simon-Pierre​ Rioux, président et fondateur de l’Association des véhicules électriques du Québec (AVÉQ), l’électrification va bon train.

« L’incitatif financier fédéral a commencé seulement il y a deux ans. On n’avait pas de loi zéro émission, donc on avait des difficultés d’approvisionnement de véhicules. Il manquait d’infrastructures de recharges rapides. Maintenant, ça va bien », analyse-t-il.

Selon lui, l’objectif du quart des véhicules neufs vendus devrait être atteint d’ici 2024.

« La CAQ résistait beaucoup à ce genre de changement là, mais ils ont fait un virage à 180 degrés. Je crois qu’ils font les bonnes choses et les bons gestes », ajoute-t-il.

Au cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), Jonatan Julien, on mentionne que le gouvernement fixe ses propres objectifs « sans égard aux promesses non tenues des gouvernements précédents ».

« Nous nous sommes fixé la cible de 100 000 véhicules électriques sur les routes du Québec pour la fin de l’an 2020. Malgré la pandémie qui a eu des effets sur la vente de véhicules, près de 92 000 VE étaient immatriculés en date du 31 décembre 2020. Nous sommes en voie d’atteindre cet objectif », partage Elizabeth Lemay, attachée du ministre.

Pas question pour le gouvernement Legault de couper le robinet aux aides financières pour atteindre la cible de 1,5 million de véhicules électriques en 2030.

« Notre gouvernement a annoncé qu’il ne sera plus possible de vendre des véhicules neufs non électriques en 2035 », rappelle le cabinet. 

Depuis le début du programme Roulez Vert en 2012 (au 31 décembre 2020), le gouvernement du Québec affirme être parvenu à réduire les gaz à effet de serre (GES) de plus de 205 000 tonnes de CO2 équivalent par année. 

Près de 3000 $ de plus par an dans ses poches   

Éric Proulx, représentant aux ventes de Saint-Bruno Nissan, sur la Rive-Sud, n’a jamais regretté d’avoir troqué sa voiture à essence pour une Leaf électrique.
Photo Francis Halin
Éric Proulx, représentant aux ventes de Saint-Bruno Nissan, sur la Rive-Sud, n’a jamais regretté d’avoir troqué sa voiture à essence pour une Leaf électrique.

Un conducteur de voiture à essence de Candiac converti à l’électrique il y a six ans dit économiser un bon 3000 $ par année en frais de toutes sortes depuis qu’il a troqué sa Nissan Versa pour une Leaf électrique.

« Je ne suis pas granola de nature. Quand la Ville nous a donné notre bac brun, je n’ai pas commencé à triper. Je ne suis pas super écolo, mais je voulais quand même faire un peu ma part », raconte au Journal Éric Proulx, représentant aux ventes de Saint-Bruno Nissan, sur la Rive-Sud de Montréal.

Après Saint-Lambert, une autre municipalité montérégienne, Saint-Bruno-de-Montarville est la deuxième ville avec le plus haut taux d’électrification de la flotte, avec 3,61 %, selon l’Association des véhicules électriques du Québec (AVEQ).

Pour ce qui est des régions, Lanaudière et la Montérégie trônent en tête de liste.

Dans chacune de ces deux régions, le taux d’électrification des véhicules de promenade est d’un peu moins de 2%.

Fini les stations-service

Comme beaucoup d’adeptes, Éric Proulx ne ressentait pas l’appel à l’électrique, mais il en avait assez de sortir son portefeuille chaque semaine pour allonger des dizaines de dollars aux pétrolières.

« Le fait de ne plus devoir aller à la station-service, je trouvais ça intéressant parce que l’on a de l’hydroélectricité au Québec », poursuit-il avec le sourire.

Aujourd’hui, non seulement il adore la conduite silencieuse et l’accélération de l’électrique, mais ses finances personnelles se portent mieux.

« Il y a six ans, je payais 56 $ par semaine d’essence. Aujourd’hui, je paye 30 $ d’électricité par mois. En entretien, je n’ai plus besoin de changement d’huile. À 75 dollars le changement, c’est un autre 225 $ de moins par année », dit-il.

Plus jamais à essence

Quand on lui demande s’il retournerait à un véhicule à essence, il part à rire en tapotant le volant de sa voiture.

« Jamais, jamais, jamais. Je dois frôler les 3000 dollars d’économie par année », laisse tomber celui qui vient de convaincre sa sœur et ses cousins de s’acheter une Leaf. 

Il a mis la main sur les premières Tesla en 2011   

Photo Francis Halin

Le consultant en technologie Gad Elmoznino, de l’Ouest-de-l’Île, a été l’un des seuls à avoir la première Tesla à 135 000 $. « Dans un mois, ça va faire 10 ans que j’ai reçu ma première Tesla. Dans le temps, c’était la Roadster. Ils en ont fait 2500 dans le monde », raconte-t-il. Quand la voiture est arrivée par camion, ses voisins l’ont fixée « comme un OVNI qui atterrissait ». Juste avant Noël 2012, Gad Elmoznino a ensuite eu la première Modèle S livrée au Québec. À l’époque, il devait calculer 10-15 minutes de « Tesla time », partout où il allait, car on lui posait toujours de longues questions sur son bolide, souligne celui qui conseille Tesla.