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Chronique pascale

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On a beau ne pas être croyant ou prier un autre ami imaginaire que le Christ, difficile de ne pas ressentir un petit je-ne-sais-quoi le jour de Pâques. 

C’est la Résurrection !

Le printemps après l’hiver ! 

La fonte des glaces !

Le glouglou des ruisseaux !

La promesse qu’un jour, cette saloperie de pandémie sera derrière nous !

Mon rêve

Fermez les yeux, deux minutes...

Les voyez-vous, les terrasses ouvertes ? Les familles réunies ? Les bouteilles de vin blanc dans des seaux remplis de glace ?

Les enfants courant entre les jambes de grand-maman pendant que grand-papa ronfle sur sa chaise, un filet de salive au coin des lèvres ?

Vous les voyez, ces visages souriants ? Avec pas de masque ?

Ça va revenir. On y est presque. 

Chacun fait son petit souhait, le jour de Pâques. Chacun caresse son rêve, comme Séraphin penché sur son or. 

Moi, je rêve du jour où les gens qui passent leur temps à vomir des insultes sur les médias sociaux enrichiront enfin leur vocabulaire. 

Allez, les pas-de-vie, encore un effort !

Élargissez l’éventail de vos injures !

Inspirez-vous du capitaine Haddock !

Pourquoi vous contenter de traiter vos chroniqueurs et vos politiciens préférés d’imbéciles ou de crétins quand vous pouvez les traiter de « zouaves interplanétaires », d’« ectoplasmes à roulettes », de « chouettes mal empaillées » ou de « concentrés de moules à gaufres » ?

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Changez de bestiaire !

Endimanchez vos attaques ! Faites preuve d’imagination ! Accrochez une cravate à vos invectives !

C’est bien beau, « fils de chien », « grosse chienne » ou « enfant de chienne », mais il y a d’autres animaux ! Je ne sais pas, moi, blaireau, porc, âne, autruche, bécasse !

Ça devient lassant de toujours lire les mêmes mots dans vos messages empoisonnés ! On dirait qu’ils ont tous été écrits par le même célibataire boutonneux de 47 ans !

Un peu de panache, que diable !

Pensez à la tirade de Cyrano !

« Moi, monsieur, si j’avais un tel nez, il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse !

« Aimez-vous à ce point les oiseaux que paternellement vous vous préoccupâtes de tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » 

Ça, c’est de l’insulte, les amis ! Ça, ça a de la gueule !

Malheureusement, votre vocabulaire est à l’image de vos arguments : pauvre, insignifiant.

Nul.

Comme l’écrivait ce cher Edmond Rostand,

« Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit si vous aviez un peu de lettres et d’esprit.

« Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres, vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! »

Égouts ciel ouvert

Les époques ont les insultes qu’elles méritent.

La nôtre est au ras des pâquerettes. Pas étonnant que les étrons verbaux qui flottent dans les égouts à ciel ouvert que sont Facebook et Twitter manquent tant d’éclat. 

À culture vulgaire, insultes grossières. 

Enfin... Pour savourer l’art subtil de l’insulte, on peut toujours se tourner vers le passé et applaudir les grands.

Comme Churchill, qui, à une femme qui lui lança : « Si vous étiez mon mari, je mettrais du poison dans votre verre », répondit : « Si vous étiez ma femme, je le boirais ! »

Se faire insulter de la sorte, c’est presque un compliment...