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Confinement ardu chez les aînés

Ils se confient sur les hauts et les bas des 12 derniers mois et sur le timide retour à une vie plus normale

GEN - CLAUDE TALBOT PÉTANQUEUX ET SON CLUB
Photo Martin Alarie Claude Talbot, 73, des habitations Entre-deux-âges, à Mont­réal, et son groupe ont débuté leur saison de pétanques.

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Après un an de déprime, d’ennui et de deuils, des aînés se réjouissent de reprendre peu à peu certaines de leurs activités préférées, dont la pandémie de COVID-19 les a privés.

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Pour Nona Charbonneau, 92 ans, c’est la réouverture des salles de cinéma qui fait son bonheur. Pour Michel Connolly, 77 ans, la reprise des cours de taï-chi. Pour Claude Talbot, 73 ans, les parties de pétanque. 

Robert Chapdelaine, 91 ans, s’ennuie de ses petits-enfants.
Photo courtoisie
Robert Chapdelaine, 91 ans, s’ennuie de ses petits-enfants.

« Les projets, c’est ce qui nous garde en santé, y compris en santé mentale », croit Robert Chapdelaine, un Montréalais de 91 ans qui vient de planter les semences dans son lopin au jardin communautaire. 

Il faut avouer que la crise sanitaire n’a pas été de tout repos pour les 70 ans et plus, qui se sont retrouvés confinés pendant de longues semaines au printemps dernier. 

Sans compter la peur omniprésente d’attraper le coronavirus et la coupure des contacts physiques, qui les a particulièrement affectés. 

« Les câlins et les bisous, ça devient notre oxygène en vieillissant. Et je peux vous dire qu’on a failli étouffer », témoigne M. Talbot, qui a regardé ses deux petites-filles adolescentes grandir à distance à partir de l’arrondissement de Verdun, à Montréal. 

« Combien de temps est-ce qu’on peut bercer nos petits-enfants dans nos bras ? » demande Gérard Malcuit, un spécialiste de la petite enfance à la retraite qui habite Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie. 

L’homme de 77 ans a l’impression que le virus lui a « volé » la dernière année. 

Dur sur le moral

La pandémie qui s’éternise a été parti-culièrement dure sur le moral des personnes âgées les plus vulnérables, rappelle le gérontopsychologue Jean Paul W. Tremblay.

Caroline Sauriol, directrice générale des Petits Frères, qui accompagnent les aînés isolés, l’a constaté.

« Il y a des gens qui vivaient seuls sans se sentir isolés, mais à partir du confinement [...] l’isolement s’est abattu sur eux. » 

Lorraine Mougeot, 72 ans, avoue que son moral en a pris un coup pendant la pandémie.
Photo courtoisie
Lorraine Mougeot, 72 ans, avoue que son moral en a pris un coup pendant la pandémie.

« J’étais correcte jusqu’à il y a trois ou quatre mois, mais maintenant, je vis ça difficilement à cause de la longueur », confie pour sa part Lorraine Mougeot, 72 ans, qui habite seule dans Montréal-Nord. 

Devant l’adversité, le psychologue fait cependant remarquer que le temps joue en la faveur des plus âgés. 

« Ils ont une grande résilience, c’est l’avantage d’avoir une longue expérience de vie. » 

Branchés

L’une de leurs stratégies pour faire face à la solitude a été d’adopter les technologies au quotidien pour pouvoir se divertir ou rester en contact avec leurs proches. 

Preuve de cet engouement, le taux de connexion à internet chez les 65 ans et plus a bondi de 80 à 91 % entre mars et octobre 2020, selon l’Académie de la transformation numérique. 

« Je reçois six ou sept courriels par jour », illustre tout naturellement Nona Charbonneau, 92 ans, secrétaire de direction retraitée à Montréal. 

Il ne faudrait toutefois pas minimiser les conséquences de ne pas être branché, soutient la directrice associée du projet Vieillissement, communications et technologies de l’Université Concordia, Constance Lafontaine. 

« Des gens nous ont parlé de [rencontres] Zoom, à Noël, où ils n’ont pas pu participer », illustre-t-elle. 

Bientôt la fin

En ce jour de Pâques que les aînés passeront pour une deuxième année loin des leurs, le cœur de plusieurs d’entre eux balance entre le réconfort d’être vacciné et le spectre de la troisième vague.

« On espère que ça va finir bientôt », soupire M. Chapdelaine. 


♦ Au Québec, 80 % des 80 ans et plus et 61 % des 70 ans et plus ont reçu une première dose du vaccin.