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Des cloches condamnées ont droit à une résurrection

Des musiciens composent des œuvres musicales en vue de concerts estivaux

GEN-Photos des cinq gigantesques cloches de bronze de l’église de Sacré-Coeur-de Jésus qui ont été installées dans un parc
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Roméo Massicotte, un travailleur de la paroisse ; le père Maurice Belemsigri, vicaire de la paroisse ; le percussionniste Olivier Maranda ; l’instigateur du projet et maître de chœur, André Pappathomas.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Lorsque le clocher centenaire de l’église du Sacré-Cœur-de-Jésus a dû être rasé l’automne dernier faute d’argent pour sa restauration, ses cinq immenses cloches de bronze semblaient vouées à la ferraille. Un maître de chœur de la paroisse a alors eu une idée ingénieuse : déménager les cloches à l’intérieur afin de les utiliser comme instruments de musique.

« C’est une nouveauté totale au Québec et peut-être dans le monde que des cloches passent du clocher à la nef », explique André Pappathomas, l’homme derrière cette proposition audacieuse qui s’est concrétisée en neuf mois.

Puisque ce n’est certainement pas la dernière fois que des cloches se retrouveront « orphelines de clocher », il espère que cet exemple sera imité.

Lourdes de près de 10 000 livres combinées, ornées de figures parfois insolites, telles des gargouilles moustachues, les cinq mastodontes d’airain ont attiré une foule de curieux dès que la grue les a posés sur le parvis, en attendant leur installation définitive à l’intérieur. 

« L’émerveillement se lisait dans le regard des gens qui voyaient ces cloches magnifiques pour la première fois après les avoir entendues sonner parfois des milliers de fois », raconte le maître de chœur.

« C’est triste de songer que ces beautés sont demeurées si longtemps cachées, sauf pour les pigeons. »

Les cloches en bronze centenaires sont ornées de gargouilles moustachues.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Les cloches en bronze centenaires sont ornées de gargouilles moustachues.

Puissantes

Pendant plus d’un siècle, les cloches de l’église, bâtie en 1885, située sur la rue Ontario en bordure du Village, retentissaient du parc La Fontaine jusqu’à l’actuel édifice de TVA au centre-ville. 

M. Pappathomas s’éloigne comme s’il redoutait une explosion lorsque je bascule une cloche « moyenne » (de 2315 lb). Dès que la boule du battant percute la panse, une onde poignante me fait sursauter. 

« Ça réveille, hein ? s’exclame le maître de chœur. Je n’ai pas encore osé faire battre le bourdon [qui pèse 4629 lb] parce que j’aurais peur que ça endommage les vitraux. »

Pour jouer des cloches, chacune capable d’émettre des sons différents selon où on les frappe, les musiciens utilisent des maillets. Ça donne une sorte de mégaxylophone. 

Trois des cinq cloches exposées dans la nef de l’église du Sacré-Cœur-de-Jésus.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard
Trois des cinq cloches exposées dans la nef de l’église du Sacré-Cœur-de-Jésus.

Elles ont des noms

Ces cloches fondues à Annecy en France entre 1907 et 1924 portent des noms depuis leur « baptême » dans la paroisse. 

Il y a Jules-Joseph, qui résonne en « fa ». Le bourdon, un « do », se prénomme Pierre-Pie-Paul. Le « la » s’appelle Marthe-et-Marie. L’autre « do » (à l’octave), c’est François-Louis, soit le prénom du premier curé de la paroisse. Quant au « sol », c’est Anne-Marie. 

M. Pappathomas et des collègues musiciens composent des œuvres musicales expressément pour ces cloches en vue de concerts en mai ou juin (ou selon le gré des circonstances sanitaires).

 L’Écomusée du fier monde prépare une exposition permanente autour des cinq cloches et du célèbre architecte de l’église, Joseph Venne, pour l’automne prochain. Autrement dit, chacun pourra aller toucher et faire sonner une de ces cloches, qui, au lieu de la ferraille, ont droit ce printemps pascal à une résurrection.