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Des vies de dévouement à la Grosse-Île

Micheline Duff
Photo Chantal Poirier Micheline Duff

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Inspirée par les histoires très émouvantes d’immigrants mis en quarantaine à la Grosse-Île et par celles des gens dévoués qui les ont soignés avec les moyens dont ils disposaient à l’époque, la romancière Micheline Duff propose à ses lecteurs ce printemps, Les semeurs d’espoir. Toute une coïncidence, car ce roman parlant du typhus au 19e siècle a été écrit bien avant la pandémie dans laquelle nous sommes tous plongés.

Dans cette histoire fictive basée sur des faits réels, Micheline Duff entraîne ses lecteurs dans l’univers fictif du jeune médecin Pierre Duhamel et de son épouse Antoinette, un couple dévoué et courageux, employé sur la Grosse-Île en 1847.

Située à l’est de Québec, dans le Saint-Laurent, cette île transformée en station de quarantaine a accueilli des milliers d’Européens qui fuyaient la famine, la misère et les épidémies de typhus et de dysenterie dans leurs pays pour trouver une vie meilleure en Amérique. Afin de prévenir la contagion, les bateaux y étaient retenus et les passagers, examinés, triés, soignés et mis en quarantaine. Parfois enterrés aussi.

Une visite à la Grosse-Île, aujourd’hui gérée par Parcs Canada, a convaincu Micheline Duff de se lancer dans l’écriture d’un roman racontant un pan de l’histoire tragique de cet endroit ouvert au public pendant l’été. 

Son 25e roman montre le courage des soignants et du personnel, leur dévouement, le parcours d’hommes et de femmes inspirants qui ont fait preuve de courage et d’humanité dans des temps difficiles.

Les Walsh du cimetière

Elle avait fini son livre avant la pandémie. « Je l’ai commencé deux ans avant. C’est un vrai hasard ! J’étais allée à la Grosse-Île il y a quelques années et ça m’avait impressionnée, alors je voulais écrire un roman là-dessus. Au cimetière de l’île, il y a une liste des morts qui venaient d’Irlande, et il y avait des Walsh. Je suis grand-mère de 15 petits-enfants et j’en ai cinq qui s’appellent Walsh. Quand j’ai vu ça... »

Dans son roman, ses personnages sont fictifs, mais elle s’est basée sur des faits historiques pour construire l’histoire. « Tout le contexte est réaliste. J’y suis retournée pour revoir les lieux, voir où on installait les tentes, pour imaginer où les bateaux arrêtaient, etc. Je me suis renseignée beaucoup. Mais le médecin et l’infirmière dont c’est l’histoire, je les ai imaginés, avant même qu’une pandémie arrive. »

Passagers contagieux

Les immigrants, souvent en provenance d’Irlande, avaient enduré une traversée de deux mois, dans des conditions épouvantables, entassés dans les bateaux. 

« Ils souffraient de malnutrition. Ils avaient la dysenterie. Ça n’a pas été long avant que ce soit la catastrophe. Il y a des gens qui ont donné leur cœur, leur temps, et même leur vie pour sauver les autres, pour qu’ils puissent vivre des vies normales. C’est pour ça que j’ai appelé le livre Les semeurs d’espoir. Parce que dans une pandémie, il reste de l’espoir. »

Elle a campé son roman en 1847, l’année du typhus. « Cent mille personnes qui arrivent en quatre mois, sur une petite île comme ça, ça n’avait pas de bon sens ! L’année 1847 a été la pire année, une année record de bateaux qui sont arrivés, de malades et de morts. Les premières années, quand les bateaux arrivaient, on gardait les malades, et les bateaux étaient en quarantaine. Mais là, on vidait les bateaux pour pouvoir les désinfecter... »

À travers cette histoire de courage et d’engagement, elle souhaitait transmettre un message d’espoir. « Il y a toujours de bons côtés à la vie. Semer l’espoir tous les jours de l’existence, c’est indispensable pour qu’on soit heureux. »

  • Avant de s’adonner à l’écriture, Micheline Duff a travaillé dans le secteur de la technologie médicale et a enseigné le piano.
  • Elle a écrit, entre autres, Mon cri pour toi, D’un silence à l’autre, Au bout de l’exil, Pour les sans-voix, Coup sur coup, Le Passé recomposé, Un temps nouveau, Vivre enfin !

EXTRAIT

Les Semeurs d’espoir<br/>
Micheline Duff<br/>
Éditions Québec Amérique<br/>
216 pages
Photo courtoisie
Les Semeurs d’espoir
Micheline Duff
Éditions Québec Amérique
216 pages

« Québec, août 1846. Assis sur le sol au bord du Saint-Laurent, jambes repliées et dos appuyé sur une petite paroi herbeuse pas très éloignée de sa maison, Pierre Duhamel semblait en pleine méditation. Les yeux fixés sur le mouvement rapide des vagues, il s’interrogeait sur la provenance de ce large fleuve dévalant devant lui ses flots agités vers une mer lointaine à l’est de la ville de Québec. Ce cours d’eau prenait-il sa source à une grande distance de là ? Naissait-il au fond d’un immense lac inconnu ou descendait-il au pied de falaises et de hautes montagnes avant de rouler à la hâte sur le long tracé peu sinueux le menant à l’Atlantique ? »