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En toute bonne foi

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Photo AFP

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Rien comme une grande fête religieuse telle que Pâques pour redécouvrir la passion des Américains pour leurs croyances. Parmi les démocraties occidentales, les États-Unis se placent loin au sommet pour l’importance de la foi et de la pratique religieuse dans la vie de leurs citoyens.

Il ne se passe pas une journée ici, en fait rarement deux événements de suite, sans une quelconque référence publique à la foi. Elle prend souvent la forme de simples appels comme celui de la cheffe du service de police du Capitole qui, vendredi, demandait à ses compatriotes de garder la famille du policier tué par un chauffard « dans leurs prières ».

Fréquemment, ces manifestations sont encore plus spectaculaires et controversées comme ces drapeaux qu’agitaient des militants extrémistes des « Proud Boys » lors de l’assaut du Capitole le 6 janvier dernier, affichant « Jésus est mon sauveur. Trump est mon président. » 

Joe Biden n’hésite pas à mettre sa foi catholique de l’avant. Son message de Pâques, par exemple, regorge d’une religiosité comme peu de présidents en ont exprimé au cours des dernières décennies : « Alors que nous commémorons ce jour le plus sacré, réengageons-nous envers les leçons de Pâques. Aimons nos voisins et prenons-en soin, comme Jésus l’a fait et comme nous avons vu tant de personnes ordinaires et extraordinaires le faire au cours de cette année difficile ».

Pas toujours eu bonne presse, les cathos

Beaucoup plus facile de nos jours pour Joe Biden comme catholique d’être au sommet de l’État. Pendant des décennies, des Américains sondés par la firme Gallup affirmaient sans équivoque qu’ils n’allaient jamais voter pour un catholique : un électeur sur trois en 1940 et encore, un sur quatre en 1959 au moment où John Kennedy cherchait à devenir le premier président de confession catholique de l’histoire américaine.

Kennedy est apparemment parvenu à convaincre ses concitoyens que ses allégeances allaient bel et bien à son pays et non pas au Vatican comme le prophétisaient ses détracteurs. Dans les mois qui ont suivi son assermentation, seuls 13 % des Américains restaient imperméables à l’idée de voter pour un catholique.

En janvier 2020, en pleine course pour l’investiture démocrate, à peine 4 % des électeurs exprimaient la même opinion. Aujourd’hui, les réticences concernent davantage les musulmans — 32 % des gens sondés ne s’imaginent pas élire l’un d’entre eux à la présidence — et les athées : 38 % à ne rien vouloir savoir d’eux à la Maison-Blanche !

Ils se détachent lentement

Les Américains disent y tenir, pourtant ils se laïcisent à petit feu comme tous les Occidentaux. Gallup relevait l’année dernière que 47 % des adultes affirmaient appartenir à une église, une synagogue ou une mosquée, vingt points de moins qu’au début du siècle !

Même chose pour la place « très importante » de la religion dans leur vie : à 70 % il y a un demi-siècle, ils ne sont plus que 48 % de cet avis. Reste que 48 %, c’est un Américain sur deux ! C’est clair que sur ce plan-là, on ne se reconnaît pas chez nos voisins du Sud.


Le pouvoir aux États-Unis : fondamentalement chrétien

Président 

  • Joe Biden, catholique  

Vice-présidente 

  • Kamala Harris, protestante baptiste  

Congrès 

  • 55 % protestant 
  • 30 % catholique 
  • 6 % juif 
  • 1,7 % mormon 
  • 0,6 % musulman  

Cour suprême 

  • 6 catholiques, dont le juge en chef John Roberts 
  • 2 juifs 
  • 1 anglican, mais baptisé catholique

Nécessaire ou pas de croire en Dieu ?

Pour avoir un comportement moral et de bonnes valeurs...

États-Unis  

  • Non : 54 %  
  • Oui : 44 %  

Canada  

  • Non : 73 %   
  • Oui : 26 %  

Allemagne  

  • Non : 61 % 
  • Oui : 37 %  

France  

  • Non : 84 % 
  • Oui : 15 %  

Suède  

  • Non : 90 % 
  • Oui : 9 %  

Indonésie  

  • Non: 2 %  
  • Oui: 96 %  

Tunisie 

  • Non : 6 %  
  • Oui : 84 %  

Israël  

  • Non : 48 %  
  • Oui : 48 %  

Inde  

  • Non : 18 %  
  • Oui : 79 %  

Source : Pew Research Center, Printemps 2019