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Le sommeil lié au système immunitaire

Woman Suffering From Headache
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Un bon sommeil assure le maintien d’un système immunitaire performant, selon Charles M. Morin, professeur de psychologie à l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les troubles du sommeil.

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La pandémie affecte-t-elle la qualité du sommeil des gens, et si oui, de quelle manière ?

« Beaucoup de gens ont développé des difficultés de sommeil depuis la pandémie. Il y a au moins trois fois plus de gens qui se plaignent de difficultés à dormir comparativement à la période avant la pandémie. On a mené différentes enquêtes depuis le début de la crise et les taux ont essentiellement triplé. Présentement, c’est de 40 % à 50 % de la population qui rapportent des symptômes d’insomnie. »

Quels sont ces principaux symptômes ?

« Pour certains, c’est vraiment de l’insomnie, mais cela peut aussi être d’avoir des problèmes à trouver le sommeil en début de nuit, d’avoir des réveils nocturnes avec de la difficulté à se rendormir ou d’avoir des réveils prématurés le matin. Cela a des impacts sur le fonctionnement pendant la journée : problèmes de fatigue, baisse d’énergie, de concentration, d’attention, et même des problèmes d’humeur et d’irritabilité. Avec l’insomnie, on note aussi qu’il y a beaucoup plus de problèmes de santé mentale. Les taux de symptômes anxieux et dépressifs ont au moins doublé. »

Quelles sont les causes de ces difficultés de sommeil ?

« Depuis le début de la pandémie, nos horaires sont chamboulés. Avec le télétravail, on a un peu plus de flexibilité. Ça peut être bon d’un côté, mais pas lorsque cela touche le sommeil qui est bien synchronisé avec toutes ces activités. On a perdu nos repères. Tout est interrelié. Stress, anxiété, déprime : cela va causer de l’insomnie et si on dort mal, cela nous rend encore plus déprimés. Ajoutons les problèmes financiers, la perte d’emploi, l’inquiétude financière, la charge additionnelle des enfants à la maison... Puis, parce qu’on passe plus de temps à l’intérieur, on est moins exposé à la lumière vive, ce qui vient aussi désynchroniser nos rythmes de veille et de sommeil. C’est l’ensemble de ces facteurs qui contribuent aux difficultés de sommeil. »

Y a-t-il des facteurs de vulnérabilité relatifs à l’âge et au sexe des personnes ?

« Les problèmes de sommeil – notamment l’insomnie – sont beaucoup plus fréquents chez les femmes que chez les hommes. La proportion est environ de 2 pour 1. Tout le monde est vulnérable, mais le sexe d’une personne et l’âge jouent des rôles, par exemple chez les personnes âgées qui sont plus enclines à avoir des problèmes de sommeil, car celui-ci se fragilise en vieillissant. Une personne qui a un tempérament anxieux au départ, lorsqu’elle est exposée à un stresseur comme la pandémie, va aussi être plus vulnérable à développer de l’insomnie. »

Un mauvais sommeil influence-t-il le système immunitaire ?

« Absolument. Plusieurs recherches ont été faites là-dessus, mais ce sont des recherches avec des souris en laboratoire. Si on prive un animal de sommeil, son système immunitaire sera affaibli et il sera plus enclin à développer différents types de virus. Dans les grandes enquêtes épidémiologiques, les personnes qui se plaignent de manquer de sommeil ou de mal dormir rapportent davantage d’infections de toutes sortes. Il est clair que le sommeil affecte le système immunitaire, mais on n’a pas toutes les réponses. »

Une personne sur deux souffre de troubles d’insomnie

Depuis le début de la pandémie, une personne sur deux a rapporté des troubles d’insomnie, selon l’étude ICOSS (International Collaborative Sleep Study).

Cette grande enquête internationale a pour but de trouver d’éventuelles pistes de solutions ainsi que de sensibiliser la population et les gouvernements à l’importance des suivis auprès de gens souffrant de troubles de sommeil. Elle a sondé 22 personnes, dont 1 500 personnes au Québec.

Les premiers résultats doivent être publiés dans quelques semaines.

Les questions portaient notamment sur la COVID, le confinement, le soutien social, les habitudes et les problèmes de sommeil et tout ce qui touche aux problèmes psychologiques.

L’insomnie en temps normal est un problème touchant 10 % de la population sur une base chronique et 20 % si on ajoute les gens en souffrant sur une base occasionnelle. 

Pendant la pandémie, entre 45-50 % de gens ont rapporté des problèmes d’insomnie depuis le début de la pandémie. Les symptômes de troubles anxieux et de dépression sont aussi plus élevés. 

Au moment de l’enquête au Québec, 19 % des gens ont rapporté des symptômes dépressifs, 26 % des symptômes anxieux et 47 % des symptômes d’insomnie.

Au Canada : 26 % des gens sondés ont rapporté des troubles d’insomnie et 47 % des symptômes d’insomnie. Quant aux cas probables de troubles anxieux, on parle de 35 % souffrant d’anxiété et de 28 % de dépression.

Pays participants : Chine, Japon, Canada, États-Unis, Finlande, Norvège, Suède, Royaume-Uni, Italie, France, Pologne, Autriche, Allemagne.