/sports/ski
Navigation

Ski: la prochaine légende canadienne

Le Canadien Reece Howden
Photo AFP Le Canadien Reece Howden

Coup d'oeil sur cet article

De retour chez lui en Colombie-Britannique après un hiver passé en Europe à écrire l’histoire de son sport, Reece Howden a encore du mal à réaliser ce qu’il est parvenu à accomplir. À 22 ans seulement, il est au sommet de sa discipline et déjà ses exploits font échos à l’extérieur du monde du ski cross.

«Sans précédent». Voilà comment l’entraîneur de l’équipe nationale, Victor Dockal, a décrit la saison de Howden, qui s’est soldée par l’obtention du globe de cristal et du titre de recrue de l’année de la FIS. C’est grâce à six podiums, dont quatre victoires, en 12 courses sur le circuit de la Coupe du monde qu’il est parvenu à se hisser au sommet du classement général.

Même si Howden avait déjà pris part à quelques courses en Coupe du monde auparavant avec l’équipe canadienne, il en était à une première année à temps plein sur le circuit. L’athlète originaire de Cultus Lake a été sans conteste le skieur le plus régulier et le plus difficile à battre au cours de la dernière saison.

Même s’il a enregistré sa première victoire seulement lors du quatrième arrêt de la saison, à Val Thorens, en France, la suite s’est enchaînée très rapidement et l’année 2021 aura été extrêmement fructueuse. Au début de l’hiver, Howden n’était qu’une recrue en soif d’apprendre et aujourd’hui, il règne sur le monde du ski cross.

«Ça m’a pris du temps pour réaliser et absorber tout ça, d’autant plus qu’avec la pandémie, c’est difficile de pouvoir célébrer pleinement, mais maintenant que j’y pense, c’est incroyable!» a-t-il confié, lui qui doit se restreindre, chez lui, à la quarantaine obligatoire imposée. «J’essaye toujours d’y aller une course à la fois, donc c’est rare que je m’offre le temps de prendre un pas de recul. C’est seulement après ma dernière course que j’ai repensé à ma saison et à ce que je venais de réaliser et j’étais heureux d’avoir livré la marchandise.»

La domination de Howden cette saison fut telle, qu’il n’a même pas eu besoin de terminer sur le podium lors du dernier événement de la saison, en Suisse, puisqu’il avait déjà sécurisé le Globe de cristal en Géorgie un mois plus tôt.

Même si chaque athlète souhaite évidemment triompher, le Canadien demeure très honnête vis-à-vis les objectifs que son équipe et lui s’étaient donnés en début de saison, ce qui explique d’ailleurs pourquoi le titre de champion lui paraît d’autant plus extraordinaire. Le but premier cette saison était d’atteindre au moins les demi-finales à chacune des coupes du monde, ce qu’il n’est même pas parvenu à faire, lui qui n’a pas réussi à se qualifier à deux reprises. Même s’il prend aujourd’hui ces deux bémols avec un grain de sel compte tenu du résultat final, le plus important pour lui était de se donner l’opportunité de pouvoir être fier de sa performance à l’issue de chaque course.

Si une personne est satisfaite de la saison que Howden vient de connaître, c’est son entraineur, qui ne tarit pas d’éloges à son égard. «Je ne pense pas qu’il y ait une seule raison pouvant expliquer ce qui fait que Reece est si dominant. Il s’agit d’une combinaison de plusieurs facteurs. Tout commence par son caractère, mais il y a aussi son athlétisme, son excellente condition physique, ses habiletés, son talent naturel de skieur et sa capacité à performer aux bons moments» s’est-il fait le plaisir de souligner, lui aussi en quarantaine obligatoire, en Alberta.

C’est en Suède que Howden aura livré ses meilleures performances et qu’il a su faire toute la démonstration de son talent, alors qu’à Idre Fjäll, en janvier, il a remporté deux des trois épreuves, coup sur coup. Il avoue que c’est vraiment en Scandinavie qu’il a ressenti qu’il n’était plus seulement la recrue en quête d’expériences, mais bien le meilleur skieur au monde, qui avait une véritable chance de gagner à chacune des épreuves. Comme s’il y avait eu un avant et un après. Selon les dires de Dockal, les deux courses en Suède ont été déterminantes parce qu’en à peine 24 heures, les conditions ont changé du tout au tout et Howden a été en mesure de répondre parfaitement au défi. Ces deux victoires lui ont procuré énormément de confiance jusqu’à la toute fin du calendrier. D’autant plus que le niveau était extrêmement relevé cette année du côté des hommes, ce qui rendait chaque victoire de plus en plus difficile à obtenir. Tous les athlètes en piste avaient une chance d’être sur le podium cette saison, selon l’entraîneur. Donc, de remporter deux courses en autant de jours dans des conditions difficiles en dit long sur les qualités de Howden.

Toutefois, c’est vraiment à l’avant-dernière épreuve de la saison en Russie, à Sonny Valley, que Howden a été le plus heureux. «J’avais déjà sécurisé le Globe et je voulais bien finir la saison pour laisser une bonne impression et j’ai été en mesure de le faire en remportant la course.»

Par ailleurs, les résultats du Britanno-Colombien lui ont permis de se qualifier pour les Jeux olympiques de Pékin, qui auront lieu dans moins d’un an. Évidemment, participer aux Jeux est un accomplissement extraordinaire, mais même si tout le monde baigne encore en pleine incertitude face aux possibles conséquences engendrées par la crise sanitaire, cette qualification olympique est un poids de moins sur les épaules de Howden. Il pourra se concentrer à temps plein sur ses performances en Coupe du monde entre le début de la saison et la période olympique, sans avoir besoin de se battre pour obtenir son billet pour la Chine.

Un bel accident de parcours

Ce n’est un secret pour personne, même si le ski compte plusieurs adeptes, le ski cross lui, n’est pas le sport le plus populaire, ni le plus pratiqué. Toutefois, Howden a eu la chance de grandir dans un environnement où la pratique du sport était fortement encouragée et dans un milieu où la pratique du ski cross était accessible.

Ayant grandi dans une famille d’athlètes et élevé par des parents passionnés de ski, Howden s’est retrouvé à dévaler les pentes dès son plus jeune âge. S’étant d’abord développé en ski alpin, c’est par hasard que le ski cross s’est invité dans sa vie.

«Je suis tombé en amour un peu par accident avec le sport. Je faisais du ski alpin et j’ai eu l’opportunité de faire un essai pour l’équipe canadienne de ski cross pour les Jeux olympiques de la jeunesse en 2016. Je savais que je ne pouvais pas me qualifier pour les Jeux en ski alpin puisque je n’étais pas assez rapide, alors j’ai essayé le ski cross. J’ai fait l’équipe et j’ai gagné l’or aux Jeux olympiques de la jeunesse.»

Le Canada a une riche histoire en ski cross. Le pays excelle depuis plusieurs années et est même devenu une référence en la matière.

La discipline a fait son apparition aux Jeux olympiques pour la première fois en 2010 et c’est à ce moment que le jeune Reece, alors âgé de douze ans, a eu ses premiers contacts avec la discipline. Les Jeux se passaient dans sa cour, à Vancouver, et il se rappelle encore aujourd’hui qu’à l’époque, regarder ce sport excitant et intense dans lequel des skieurs se faisaient la course a été «une immense révélation».

Maintenant, avec le succès qu’il connaît, Howden pourrait à son tour inspirer de futurs athlètes. Il est du moins en excellente posture pour devenir le sixième Canadien à remporter une médaille olympique en ski cross après Ashleigh McIvor à Vancouver, Marielle Thompson et Kelsey Serwa à Sotchi en 2014 ainsi que Brady Leman, Britanny Phelan et Kelsey Serwa, encore, aux Jeux de Pyeongchang en 2018. Il est évident que Howden représente le nouveau visage du ski cross au Canada et qu’il s’inscrit dans une lignée de champions qui ont réalisé de grandes choses et même s’il reste humble, le jeune homme souhaiterait bien entendu marcher dans leurs traces et leur faire honneur.

Évidemment, à 22 ans, Howden ne fait pas partie des grands bâtisseurs du sport qui l’a rendu populaire. Néanmoins, il se sent redevable à ceux qui ont défriché le terrain avant lui. «Ces athlètes ont construit et ont défini ce sport au Canada et à travers le monde. Je vois plus mon succès comme étant une opportunité de pouvoir montrer ce qu’on est en mesure de faire dans ce sport et l’amener au prochain niveau.»

Bien plus qu’un athlète de pointe

L’univers de Reece Howden ne se limite pas seulement au monde su ski cross. Au-delà des résultats, des médailles et des trophées, il a réussi en parallèle de sa carrière d’athlète à devenir un citoyen accompli et à remplir son coffre d’outils pour affronter l’avenir. Depuis que Victor Dockal travaille avec Reece, il a vu une évolution non seulement dans ses performances sur la neige, mais aussi chez l’homme qu’il est devenu.

Howden a pris la peine de terminer ses études en même temps que ses débuts en Coupe du monde, lui qui est maintenant un arpenteur qualifié et certifié, qui pourra aider son père dans l’entreprise familiale dès la fin de sa carrière d’athlète. Jamais il n’a voulu laisser les études de côté pour s’accomplir seulement en tant que skieur. Depuis toujours, l’école est une priorité pour sa famille et lui et d’avoir été en mesure de s’épanouir dans les deux pans les plus importants de sa vie fait aussi de lui un modèle de réussite, à tous points de vue.

«J’essaye simplement d’être le meilleur athlète possible. Je suis fier d’avoir pu étudier en même temps que de pratiquer mon sport. Je ne changerais pas la manière dont j’ai fait tout ça. D’aller à l’école et de la prioriser, je crois que c’était une bonne idée et aujourd’hui je ne regrette rien.»

Reece Howden est en train d’écrire sa propre histoire. Un chapitre à la fois, une course à la fois d’ici les Jeux olympiques de Pékin où son nom résonnera probablement lors de la cérémonie de remise des médailles. Le ski cross n’a peut-être pas encore toute la notoriété qu’il mérite, mais s’il y a un athlète qui peut inspirer une nouvelle génération à s’y intéresser et à changer la donne, c’est bien lui. Il est peut-être la prochaine légende canadienne, mais l’histoire qu’il est en train d’écrire est bien réelle.