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Troisième vague de COVID-19 au Québec: rehaussement des mesures populationnelles

GEN-COVID-19
Joël Lemay / Agence QMI

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Le Québec fait face à une troisième vague de COVID-19 caractérisée par la circulation de variants du SRAS-CoV-2 plus transmissibles et plus pathogènes. Cette troisième vague est bien différente des deux premières : on connaît mieux la menace que représentent le virus et ses variants, des mesures sont en place pour atténuer les impacts collatéraux de la pandémie et des vaccins efficaces pour réduire la morbidité, la mortalité et la transmissibilité du virus sont présentement offerts à la population.  

Cette situation épidémiologique comporte plusieurs implications cliniques et de santé publique. Pendant le déploiement de la vaccination, le nombre de cas pourrait augmenter très rapidement en raison des couvertures vaccinales incomplètes chez les personnes de moins de 70 ans. La sévérité de ces cas entraînera des hospitalisations prolongées aux soins intensifs et des décès évitables surviendront, notamment chez des personnes relativement jeunes. La hausse des besoins hospitaliers pour la prise en charge des personnes présentant des formes sévères de la COVID-19 engendrera inévitablement des impacts collatéraux sur la réponse du système de soins aux autres problèmes de santé. Elle risque également d'affecter la capacité du réseau à offrir la vaccination en temps opportun compte tenu des enjeux de ressources humaines dans le milieu de la santé qui accompagneront cette hausse des cas. 

Pour protéger la santé de toute la population et prévenir une partie de cette morbidité et de cette mortalité évitables, un contrôle strict de la transmission de la COVID-19 par l'application diligente d'une stratégie suppressive représente vraisemblablement la meilleure option dans le contexte actuel au Québec. La stratégie suppressive implique la mise en place de mesures populationnelles visant à limiter les contacts sociaux dans toute la population et sur l’isolement rapide des cas et le traçage de leurs contacts. 

À l’inverse, l’approche de mitigation ouvre la voie à une plus grande circulation du virus pour réagir en aval afin de tenter de contenir une situation qui dégénère. Les assouplissements aux mesures sanitaires décrétés récemment par les autorités s’inscrivent dans cette inquiétante stratégie de mitigation. Ils réduisent la capacité du réseau à protéger la santé des populations qu’il dessert en lui retirant des interventions populationnelles critiques dans cette phase de la pandémie, sans pour autant introduire de bénéfices majeurs pour atténuer les impacts collatéraux de la réponse à la pandémie. 

Les « mesures spéciales d’urgence » annoncées en réaction aux situations qualifiées d’« explosives » observées dans quatre territoires de la province risquent d’être insuffisantes pour prévenir une part non négligeable de la morbidité et de la mortalité évitables associées aux variants plus transmissibles et plus pathogènes. Leur nature réactive, s’appliquant à des régions où les cas explosent, leur durée limitée de 10 jours, et leur accent sur des indicateurs de sévérité comme les hospitalisations aux soins intensifs plutôt que sur des indicateurs de contrôle de la transmission contribuent à leur efficacité sous-optimale dans le contexte épidémiologique actuel. 

Pour permettre à la population de se rétablir le plus rapidement possible de la pandémie en cours, une stratégie visant à supprimer la transmission du virus par des mesures populationnelles et une distribution rehaussée et équitable de vaccins est essentielle. 

Cette stratégie doit impérativement être accompagnée de mesures robustes de mitigation des effets collatéraux s’adressant à l’ensemble de la population et s’adaptant tout particulièrement aux communautés et personnes les plus fragilisées par la pandémie. Tout retard dans le déploiement d’une telle stratégie pourrait entraîner des délais dans notre sortie de crise sanitaire, en plus d’induire des conséquences prévisibles en termes de morbidité et de mortalité évitables. 

Signataires :

Sarah-Amélie Mercure, Médecin spécialiste en santé publique

Frédérique Brouillard, Médecin spécialiste en santé publique

Carole Morissette, Médecin spécialiste en santé publique

Geoffroy Denis, Médecin spécialiste en santé publique

Cong Dung Tran, Médecin spécialiste en santé publique

Emily Manthorp, Médecin spécialiste en santé publique

Sidonie Pénicaud, Médecin spécialiste en santé publique

Catherine Verreault, Médecin spécialiste en santé publique

Colleen Fuller, Médecin spécialiste en santé publique

Ak’ingabe Guyon, Médecin spécialiste en santé publique

Andréanne Roy, Médecin spécialiste en santé publique

Geneviève Cadieux, Médecin spécialiste en santé publique

Yassen Tcholakov, Médecin spécialiste en santé publique

Marie Munoz-Bertrand, Médecin généraliste

Noémie Savard, Médecin spécialiste en santé publique

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