/finance/business
Navigation

Après les aides, le transport aérien mondial mise sur la vaccination pour s'en sortir

Après les aides, le transport aérien mondial mise sur la vaccination pour s'en sortir
AFP

Coup d'oeil sur cet article

L’effondrement du trafic aérien mondial, dévasté par la COVID-19, a contraint des compagnies aériennes exsangues à solliciter des aides publiques massives, à l’image de la recapitalisation d’Air France annoncée mardi. Mais le secteur mise sur une reprise estivale sous l’effet des campagnes de vaccination.  

• À lire aussi: Air France: feu vert de Bruxelles à 4 milliards d'euros d'aide de l'État français

• À lire aussi: Voyages annulés: explosion des demandes aux petites créances

Un trafic aérien toujours en berne

En 2020, le secteur aérien a connu la plus grosse crise de son histoire avec deux tiers de fréquentation en moins, selon l’Association internationale du trafic aérien (Iata). 

Un an après le début de la pandémie, il reste moribond. En mars, le nombre de connexions aériennes entre deux villes était en baisse de moitié par rapport à mars 2019, selon cette association qui regroupe 290 compagnies aériennes dans le monde.

D’après le cabinet spécialisé dans l’aéronautique Cirium, en Asie-Pacifique, le nombre de vols en février accusait encore une chute de 74 % par rapport à février 2020. Il était en baisse de 56 % en Amérique latine, de 55 % en Amérique du Nord, de 50 % au Moyen-Orient et en Afrique.

Pour chaque région, la situation s’est aggravée par rapport à janvier. Le trafic reste dominé par les liaisons intérieures, le trafic international restant famélique.

En Europe, où la diffusion des variants du virus a entraîné une nouvelle flambée de contaminations et des restrictions supplémentaires à la circulation entre États, l’organisme européen de surveillance du trafic aérien Eurocontrol a recensé lundi 30 650 vols, soit 64,1 % de moins que deux ans auparavant.

Un soutien public massif qui a limité la casse (pour l’instant)

Avec leurs avions cloués au sol ou moins de passagers à bord, les compagnies ont vu 510 milliards de dollars de chiffre d’affaires disparaître en 2020, selon l’Iata. Leurs pertes cumulées sur l’année se sont établies à 118 milliards.

La reprise du trafic tardant, et malgré des plans drastiques d’économies, les pertes devraient encore atteindre 38 milliards de dollars en 2021.

De nombreux États ont donc mis la main au portefeuille pour éviter l’effondrement d’un secteur essentiel pour leur économie. Plus de 173 milliards de dollars ont ainsi été injectés en 2020, selon le cabinet spécialisé Archery Consulting: 82 milliards sous forme de prêts, 68 sous forme de subventions et 23 milliards via des mesures de recapitalisation, notamment au profit du groupe allemand Lufthansa, de la compagnie hongkongaise Cathay Pacific, de Singapore Airlines ou de la scandinave SAS.

Les compagnies américaines, qui avaient bénéficié de 35 milliards de dollars d’aides en 2020, ont obtenu 14 milliards supplémentaires en mars à travers le gigantesque plan de relance lancé par le président Joe Biden.

Dernière en date, Air France va être recapitalisée à hauteur de 4 milliards d’euros pour éviter d’avoir à faire face à un mur de dette.

En Italie, le gouvernement négocie âprement avec Bruxelles de nouvelles aides pour sauver le fleuron national Alitalia.

Les aides ont pour l’instant limité le nombre de défaillances: « il n’y a pas encore eu énormément de faillites, on s’attend à ce qu’il y en ait beaucoup plus en 2021-2022 », selon Bertrand Mouly-Aigrot, associé chez Archery.

Son cabinet a comptabilisé entre 40 et 45 faillites de compagnies en 2020 (Latam Airlines, Virgin Australie, Thai, Flybe, Avianca...), contre 46 en 2019 et 56 en 2018.

Pour M. Mouly-Aigrot, « les aides reçues par les compagnies ne suffiront pas pour tenir jusqu’à un retour au niveau de trafic normal ». Elles ne devraient en effet arrêter de brûler des liquidités qu’en 2022, selon l’Iata.

Quelques signes d’espoir

Le trafic mondial ne devrait pas retrouver son niveau d’avant crise avant 2024. « Ce retour est conditionné à deux choses: la mise sous contrôle de la pandémie et l’harmonisation des conditions de voyage à l’international », décrypte Bertrand Mouly-Aigrot.

La mise en place de « passes sanitaires », comportant les documents sanitaires numérisés et standardisés pour faciliter les déplacements internationaux, doit notamment y aider.

Mais ce sont les progrès des campagnes de vaccination qui conditionneront tout redécollage. 

Aux États-Unis, les autorités sanitaires ont estimé que les 58 millions de personnes complètement vaccinées, soit environ un adulte sur cinq, pouvaient à nouveau voyager sans risque. Fin mars, le trafic intérieur américain n’était ainsi plus qu’en baisse de 43 % par rapport à 2019, contre près de 70 % fin janvier, selon la fédération du secteur Airlines for America (A4A). 

Et en Europe, le mastodonte Ryanair mise sur un programme de vols d’« environ 80 % de celui des étés normaux » pour juillet, août et septembre, avec jusqu’à 2 300 vols par semaine pendant l’été à la faveur des progrès des campagnes de vaccination sur le continent.