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Biden devrait-il terminer le mur de Trump?

Biden devrait-il terminer le mur de Trump?
Photo AFP

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Malgré la défaite de Donald Trump à la dernière élection, l’idée de construire un mur sur la totalité de la frontière séparant le Mexique des États-Unis continue de circuler.

Ce matin, le chroniqueur Bret Stephens, du New York Times, a ramené le sujet sur le tapis. S’il est l'une des plumes les plus conservatrices du journal new-yorkais, Stephens n’est pourtant pas un partisan de Donald Trump. Pourquoi relancer ce projet, alors que les démocrates et Joe Biden contrôlent le pouvoir politique à Washington?

D’entrée de jeu, le chroniqueur reconnaît les limites de l’efficacité d’un mur. Cette barrière physique ne corrigerait en rien les problèmes économiques et sociaux de plusieurs migrants qui ne quittent pas leur pays de gaieté de cœur, et ne modifierait pas non plus la perception que les États-Unis constituent encore et toujours la terre promise.

Stephens ne nie pas non plus d’autres solutions envisagées par les opposants à la construction du mur. Le recours à la technologie doit être encouragé, tout comme le financement et la formation des agences chargées de gérer la sécurité.

Le chroniqueur continue de croire qu’un mur aurait un effet dissuasif important. S’il convient du fait qu’un mur est un symbole négatif qui exprime l’intolérance et la suspicion, il serait nécessaire pour endiguer les tentatives les plus téméraires et dangereuses, même s’il ne s’agit pas d’une méthode à toute épreuve.

Bret Stephens craint que son pays ne vive une crise semblable à celle vécue en Europe en 2015. À ses yeux, se priver d’un outil supplémentaire pour freiner la hausse de migrants ne peut que contribuer au développement de mouvances d’extrême droite, comme ce fut le cas en France ou en Allemagne.

Le chroniqueur fait aussi miroiter aux démocrates la possibilité d’utiliser le mur comme levier de négociation. En encourageant le développement d’un projet porté par des républicains fidèles à Donald Trump, on pourrait établir des ponts et rédiger la première politique sérieuse et bipartisane des 30 dernières années.

Vous êtes convaincus? Pas moi. Non seulement Stephens sous-estime l’opposition républicaine, mais il souligne lui-même que cette construction ne pourrait se matérialiser avant de nombreuses années.

De plus, lors de précédentes évaluations de coûts et d’efficacité, de nombreux experts se sont prononcés contre le mur. Une mesure aussi onéreuse n’offrirait qu’un piètre retour sur l’investissement.

Malheureusement pour nos voisins du Sud, il n’existe aucune solution magique et à court terme pour corriger ce problème récurrent. «Build the wall» (construire le mur) était un slogan efficace, et c’est sans doute plus «sexy» politiquement que les solutions qui exigent temps, argent et énergie.

Si l’administration Biden mise sur la coopération avec d’autres pays et des organisations humanitaires, il lui faut également investir dans la formation du personnel à la frontière. Plus d’agents pour gérer la multitude de demandeurs d’asile, un meilleur suivi de ceux qui entrent sous condition ainsi qu’une gestion adéquate de l’étude de chaque dossier représentent à mes yeux des investissements plus rentables.