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Des républicains en guerre avec le baseball majeur

Des républicains en guerre avec le baseball majeur
Photo AFP

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Des élus républicains n’ont pas tardé à dénoncer la décision du baseball majeur, de retirer le match des étoiles à la ville d’Atlanta en raison des nouvelles mesures votées par la Géorgie pour encadrer l’exercice du droit de vote.

Vous le savez, la longue saga entourant le déroulement de la plus récente élection présidentielle a contribué à la propagation d’une vaste campagne de désinformation. Toujours solidaires de Donald Trump, qui n’a cessé de crier qu’on lui a volé l’élection, plusieurs États, dont les législatures sont souvent républicaines, ont décidé de resserrer les contrôles.

Lorsqu’on observe bien les nouvelles lois, tout particulièrement celles de la Géorgie, on en vient rapidement à la conclusion que derrière le voile de la vertu dont on enveloppe les intentions des législatures se dissimulent des desseins plus sombres. Ce sont les représentants des minorités qui en feront les frais. Ces mêmes minorités qui ont voté pour Joe Biden et deux sénateurs démocrates.

La démarche est si peu subtile que les observateurs dont je suis n’hésitent pas à évoquer un passé douloureux, celui des lois discriminatoires ou ségrégationnistes auxquelles on a accolé le surnom de Jim Crow.

Plutôt que de modifier plateforme et discours pour séduire les clientèles qui leur échappent, les républicains ont opté pour une mesure plus rapide et plus directe; réduire l’impact des électeurs qui leur préfèrent les démocrates. Il s’agit d’une vieille stratégie qui a déjà fait ses preuves.

Cette stratégie n’est pas sans rappeler celle qu’on a utilisée pour limiter l’accès à l’avortement. Comme on ne peut en interdire la pratique, on se drape une fois de plus dans la vertu en prétendant exiger les plus hauts standards des cliniques qui procèdent aux avortements. 

Dans les faits, ces exigences sont si démesurées qu’elles ont entraîné la fermeture de nombreuses cliniques, privant ainsi un nombre important de femmes d’un accès à l’avortement dans leur ville ou leur région. Se déplacer exige donc plus de temps et, souvent, plus d’argent. Vous devinez qu’une des retombées négatives consiste à recourir à des méthodes artisanales qui entraînent des risques plus élevés pour la santé de ces femmes qu’on prétendait protéger au départ.

Le baseball majeur, qui, pourtant, n'est pas synonyme de progressisme et de changement, n’est pas seul dans sa dénonciation des lois de la Géorgie. En effet, des compagnies comme Coca-Cola, Delta et plusieurs autres ont emboîté le pas.

Je me réjouis du fait que le baseball majeur réagisse vigoureusement, après avoir longtemps tardé à réagir sur la question raciale. Déjà, dans la dernière année, on reconnaissait le mérite des joueurs des Negro Leagues, ces ligues de baseball où évoluaient les joueurs noirs avant que Jackie Robinson ne franchisse la barrière raciale en s’alignant avec les Dodgers.

Un peu isolés, choqués et mis sur la défensive par l’accueil généralement favorable réservé à la décision du baseball majeur, les élus républicains se sont rapidement rabattus vers un de leurs nouveaux arguments favoris. Les dirigeants du baseball et des grandes compagnies qui critiquent la Géorgie seraient les nouveaux porteurs de la cancel culture, la culture du bannissement.

Voilà! Coca-Cola et Delta, tout comme le baseball majeur, sont dirigés par des wokes! Rien de moins. Sur le plan politique, cet argument risible est sans doute plus facile à porter en cette époque où l'on condamne tout et son contraire, où Harvey Weinstein et Pepe le Pew sont coupables des mêmes atrocités.

Au-delà de l’association à la mouvance woke, celle-ci ayant également quelques dérapages à son actif, les élus républicains semblent répondre à l’invitation de Donald Trump. On en appelle au boycottage du baseball majeur. Après le football et le basketball, c’est au tour du baseball majeur de se retrouver dans la tourmente en touchant à des enjeux liés aux minorités.

Outre le 45e président, on retrouve parmi les chantres du boycottage les noms habituels de ceux qui envisagent de se présenter à la présidentielle 2024. Ainsi, il n’est pas étonnant de retrouver ceux de Rand Paul, Marco Rubio et Ted Cruz. Ils sont appuyés dans leurs démarches par le meneur républicain du Sénat Mitch McConnell. 

Il est encore tôt pour déterminer si le baseball majeur et les grandes compagnies visées par le boycottage paieront le prix fort pour leur décision, mais je me désole que l’on fasse de la démocratie un enjeu aussi partisan.

Je m’intéresse à l’histoire et à la politique américaines depuis suffisamment longtemps pour éviter d’être naïf ou trop idéaliste, mais, dans ce pays qui prétend être la plus grande démocratie du monde, ce serait le minimum que de s’assurer que le plus grand nombre de citoyens puissent exercer leur droit de vote de manière sécuritaire et simple.

Jamais nous n’accepterions autant de restrictions et de complications à l’exercice du droit de vote, encore moins si ces restrictions visaient à corriger des problèmes qui n’existent pas. Déjà minée par l’importance démesurée des intérêts financiers, la démocratie américaine est également attaquée par des élus chargés de la protéger.