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La pandémie creuse un fossé économique entre l'Europe et les États-Unis

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Freinée par la lenteur des vaccinations contre la COVID-19 et par des politiques de relance moins ambitieuses qu’outre-Atlantique, l’économie européenne est en train de s’éloigner de celle des États-Unis, et des experts craignent que le retard ne puisse être rattrapé bientôt.

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Le Fonds monétaire international (FMI) a revu très nettement en hausse mardi ses prévisions de croissance pour les États-Unis. L’Amérique est portée par le plan de relance à 1900 milliards de dollars de l’administration Biden, et elle récolte les bénéfices d’une campagne de vaccination réussie.

L’activité aux États-Unis avait déjà mieux résisté qu’en Europe à la pandémie, grâce à des confinements moins durs. Elle va aussi repartir plus vite. Après un recul de 3,5% l’an dernier, le produit intérieur brut (PIB) américain devrait bondir de 6,4% en 2021, pronostique le FMI.

Le contraste est saisissant avec la zone euro, qui a chuté de 6,6% en 2020, et qui devrait plafonner à 4,4% de croissance cette année.

Alors que l’économie chinoise avait retrouvé dès 2020 son niveau d’avant la pandémie, les États-Unis y parviendront cette année. L’Europe, elle, devra patienter au moins jusqu’à l’été 2022.

L’UE «a vraiment péché dans sa façon de gérer les commandes de vaccins, et le fait qu’on ne soit pas au niveau américain ou britannique est dramatique», estime Charlotte de Montpellier, économiste pour la banque ING.

Au moment où les États-Unis lèvent les restrictions, le Vieux Continent est assommé par les reconfinements.

Tandis que les ménages américains voient arriver des chèques du gouvernement dans le cadre des politiques de relance, les pays de l’UE n’ont pas encore tous ratifié le fonds de relance européen de 750 milliards d’euros, laborieusement négocié l’été dernier. Et la justice allemande menace de bloquer cet instrument en raison de doutes sur sa légalité.

Cette situation a provoqué vendredi la colère du ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire. «Je constate que la cavalerie américaine arrive à temps, que l’argent, il est là, il est aux États-Unis. J’aimerais que la cavalerie européenne arrive aussi à temps», a-t-il réclamé.

La France, deuxième économie de la zone euro, a abaissé à 5% ce week-end sa prévision de croissance pour 2021. Elle tablait jusqu’ici sur 6%, après une chute de 8,2% l’an dernier.

Les États-Unis «vont continuer à avoir un rebond très dynamique grâce à une stimulation budgétaire extrêmement importante. Clairement, on n’a pas cette poussée supplémentaire» en Europe, juge Charlotte de Montpellier.

«De l’argent tout de suite»

«Les Américains distribuent de l’argent tout de suite aux consommateurs: 1400 dollars par personne, soit 5600 dollars pour une famille avec deux parents et deux enfants, c’est considérable», souligne Philippe Waechter, directeur de la recherche économique chez Ostrum Asset Management.

Certes, l’Europe a amorti le choc de la pandémie avec des mesures coûteuses de chômage partiel qui ont sauvé l’emploi, «mais à aucun moment on n’a eu une impulsion créée par la politique économique», souligne-t-il.

Après son plan à 1900 milliards de dollars, le président Joe Biden veut engager 2250 milliards pour les infrastructures et 1000 milliards pour la santé, l’éducation et la lutte contre la pauvreté.

«Le retard que prend l’Europe risque d’être persistant», s’inquiète Philippe Waechter. L’UE tient un discours offensif sur les réformes à mener par les différents pays membres, mais celles-ci sont encore plus difficiles à mettre en œuvre dans une conjoncture dégradée.

«L’Europe est toujours dans l’idée que si elle mettait un peu trop le pied sur l’accélérateur, ça pourrait créer des déséquilibres qu’il faudrait ensuite corriger», selon lui.

Les dirigeants européens avaient été critiqués après la crise financière de 2008 pour avoir rétabli trop vite la rigueur budgétaire, provoquant une rechute de l’économie et une aggravation des déficits budgétaires, tandis que les États-Unis, épicentre de la crise, avaient très vite rebondi.

«Aversion à l’inflation, crainte des déficits et problèmes de coordination se sont conjugués parce que la politique économique préfère régulièrement le risque de chômage et de perte de substance économique à celui d’une surchauffe. Cela a été particulièrement le cas après 2008, avec pour résultat une rechute dans la récession. Il serait criminel de retomber dans la même ornière», a estimé récemment dans une tribune du journal Le Monde l’économiste Jean Pisani-Ferry, chercheur associé à l’institut Bruegel.