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La subvention salariale au secours de la construction

Le secteur a reçu 12 % de l’aide , soit le double de son poids dans l’économie

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Certains secteurs d’activité ont bénéficié de la subvention salariale dans une plus grande proportion que leur poids économique, surtout ceux de la fabrication et de la construction.

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Bon an, mal an, la construction compte pour plus ou moins 6 % de l’activité économique du Québec. Pourtant, elle a obtenu 12 % des sommes versées dans le cadre du programme de Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), révèlent des données de Statistique Canada pour la période du 15 mars au 27 septembre 2020 compilées par l’Agence QMI et analysées par Le Journal.

Selon une première piste d’explication, ce serait parce que d’autres secteurs, notamment l’hébergement et la restauration, ont sous-utilisé la SSUC en proportion de leur poids dans l’économie, ce qui a fait grimper la part relative de la construction.

« Toutes proportions gardées, les secteurs de la fabrication et de la construction ont été de grands utilisateurs de la mesure. Ces secteurs semblent avoir saisi la balle au bond », explique Michaël Robert-Angers de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke. 

Avec le titulaire de la chaire, le professeur Luc Godbout, M. Robert-Angers a produit une analyse de la SSUC en décembre dernier. 

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Pour éviter les licenciements

Un restaurateur tentant de sauver son entreprise n’a peut-être pas eu le réflexe de demander la subvention aussi rapidement, expose-t-il, puisqu’il « avait probablement d’autres priorités ».

Avant son analyse, le chercheur s’attendait à ce que la SSUC soit plus populaire qu’elle ne l’a été auprès des restaurateurs. 

« En rétrospective, la mesure aurait pu être utilisée davantage par ces entreprises », lance-t-il.

Du côté des patrons du secteur de la construction, on offre une explication assez simple à ce qu’on qualifie de « forte utilisation des fonds publics ». 

« Une grande proportion des entreprises de construction ont décidé de conserver leurs employés à leur service pendant la période de pause qui a pu s’étaler sur six semaines pour certaines d’entre elles », explique Guillaume Houle, porte-parole de l’Association de la construction du Québec (ACQ). 

Il parle de la pause décrétée par Québec en avril 2020, au début de la pandémie. Afin de se prémunir contre la pénurie de main-d’œuvre qui frappait déjà le secteur avant l’arrivée du virus, les entreprises de construction ont préféré utiliser la SSUC plutôt que de mettre à pied leurs salariés. 

« Les entreprises voulaient s’assurer d’avoir la main-d’œuvre disponible lors de la reprise », poursuit le porte-parole de l’ACQ. 

Comme l’industrie compte pour plus de 50 milliards $ d’investissements annuels, selon la Commission de la construction du Québec, Guillaume Houle parle de « près de 1 milliard $ par semaine », une somme composée de salaires à plus de 60 %.

« Le montant de 1,5 milliard correspond donc à peu près aux salaires versés pendant les six semaines de pause », dit-il. 

– Avec Charles Mathieu, Agence QMI  

  • Au Québec, le secteur de la construction emploie actuellement 295 000 personnes, soit 7 % des 4 215 000 emplois totaux, selon l’économiste Joëlle Noreau, de Desjardins.    

TOP 5 DES SECTEURS QUI ONT LE PLUS UTILISÉ L’AIDE AU QUÉBEC      

(PÉRIODE DU 15 MARS AU 27 SEPTEMBRE 2020) 

Construction     

  • 1,51 G$ (12 %)           

Fabrication     

  • 2,99 G$ (24 %)           

Services professionnels, scientifiques et techniques     

  • 1,22 G$ (9,8 %)           

Commerce de gros     

  • 1,00 G$ (8 %)           

Commerce de détail     

  • 918,2 M$ (7,3 %)           

Total  

  • 12,4 milliards $   

Notes : Pour la période du 15 mars au 27 septembre 2020. Données de Statistique Canada compilées par Charles Mathieu, Agence QMI.