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Le code de l’espoir

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De nombreux Canadiens ignorent le fait que dans l’industrie alimentaire, les fournisseurs doivent payer les épiciers pour faire des affaires. Les frais sont justifiés par les coûts de marchandisage, l’espace d’étalage, des choses auxquelles tout le monde s’attend. Mais ces dernières années, les choses ont changé. Des entreprises comme Loblaw, Walmart et Metro utilisaient des projets d’infrastructure et d’immobilisations pour justifier de nouveaux frais. Des redevances ont été imposées rapidement, de manière unilatérale. Le dernier projet de centre de distribution de Walmart, d’une valeur de 500 millions de dollars, est partiellement financé par les fournisseurs.
 

Les épiciers imposaient des frais, dictant principalement la manière dont les affaires devaient être menées dans la distribution alimentaire. Ils imposaient leur volonté, purement et simplement. Les fournisseurs et les fabricants de produits alimentaires se sont conformés à la demande des épiciers. Il en a été de même au Royaume-Uni et en Australie, où les pouvoirs oligopolistiques de l’espace en épicerie ont prévalu jusqu’à ce qu’ils mettent en œuvre un code d’usages. Il semble que le Canada fasse désormais partie du groupe.
 

En effet, un code de pratique existe maintenant au Canada entre les fabricants de produits alimentaires et les épiciers, enfin... un épicier. Le deuxième épicier du pays, Sobeys, qui a récemment fait l’acquisition de deux importants épiciers indépendants, Longo’s et Farm Boy, a estimé que le temps du changement était venu. Le principal épicier, Loblaw, et Metro, le troisième épicier en importance, ont toujours déclaré qu’un tel code n’était pas nécessaire au Canada.
 

Les ministres de l’Agriculture au pays ont récemment convenu de créer un groupe de travail pour étudier cette importante question. Au lieu d’attendre la présentation d’un rapport en juillet, Produits alimentaires, de santé et de consommation du Canada (FHCP) et Empire-Sobeys ont choisi d’aller de l’avant avec une ébauche et d’établir une norme pour l’industrie en présentant un nouveau code d’usages. Le code comprend cinq principes directeurs qui amènent essentiellement toutes les parties à s’engager et à agir de bonne foi dans la conduite de leurs affaires courantes. Plus de décisions unilatérales, plus de stratagèmes de dernière minute, que des affaires honnêtes et directes.
 

Les conditions actuelles du marché viennent de rendre la situation plus difficile pour les entreprises de transformation alimentaire au Canada. En 2020, l’industrie de la fabrication de produits alimentaires a contribué à hauteur de 26,5 milliards de dollars au PIB canadien. Aux États-Unis, cette contribution était de 766 milliards de dollars en 2020, soit 29 fois plus. Oui, 29 fois plus. Comme c’est le cas aux États-Unis, un secteur de la transformation alimentaire solide peut servir de point d’ancrage stratégique pour l’ensemble de l’industrie. La chaîne d’approvisionnement n’est pas aussi vulnérable aux changements macroéconomiques, et elle peut permettre à l’industrie de mieux soutenir nos agriculteurs. La crise de la vache folle et notre dernière prise de bec avec la Chine en sont de bons exemples.
 

Malgré le fait que la dernière décennie a vu peu de nouvelles usines alimentaires ouvrir leurs portes et que plusieurs fermetures ont été signalées, la fabrication d’aliments était le deuxième secteur manufacturier en importance au Canada après le matériel de transport en 2020. En dépit des difficultés financières, la fabrication alimentaire a réussi à faire passer sa contribution au PIB de 13,18% en 2010 à 13,47% en 2020. Mais le secteur peut faire beaucoup mieux.
 

Alors que le prix des aliments continue de grimper au Canada, les frais des épiciers, en plus des faibles marges, n’ont pas aidé les fabricants à profiter de cette hausse des prix. Dans la plupart des cas, les agriculteurs n’ont pas non plus profité des récentes hausses de prix des aliments. Certains avancent l’hypothèse que le prix des aliments pourrait augmenter en raison d’un code, ce qui obligerait les épiciers à faire payer plus pour protéger leurs marges. Le Royaume-Uni a un code depuis 2009, et l’inflation alimentaire dans ce pays a généralement été plus faible que la nôtre, ici au Canada, au cours de la dernière décennie.
 

Ce code a pour but de changer la culture d’une industrie où la coordination verticale et la collaboration existent à peine. Il s’agit également de s’attaquer à un modèle économique brisé, que peu de gens au Canada sont en mesure d’apprécier à sa juste valeur. Le code est évidemment un concept non éprouvé au Canada, et peu de gens savent s’il va fonctionner sans la participation d’autres grands épiciers. Mais la situation actuelle n’était plus viable.
 

Une forte collaboration au sein de la chaîne d’approvisionnement pourrait conduire à davantage d’innovation et de croissance. Lorsque les parties se voient contraintes de se pencher sur des problèmes, elles doivent partager leurs données et leurs idées. Ainsi, les lacunes du marché peuvent être décelées plus facilement, car la mise en œuvre du développement et de la commercialisation de nouveaux aliments est plus probable. Le code peut créer des ouvertures si le groupe reste discipliné et déterminé, car le code n’est pas juridiquement contraignant.
 

En revanche, les épiciers indépendants accueilleront avec plaisir l’aide précieuse que leur apporte le code. Contrairement aux grandes chaînes, ils ne peuvent pas vraiment imposer quoi que ce soit aux fournisseurs. La relation que Sobeys entretient actuellement avec ses fournisseurs peut servir de référence utile.
 

Seul le temps nous dira si le code fonctionne. Mais cet effort est louable. Le concept n’est plus seulement théorique. Au lieu de laisser la politique dicter la foi de l’industrie, les fournisseurs et Sobeys se donnent l’espoir que, peut-être, les choses peuvent être différentes. Le fait d’aller de l’avant maintenant avec un code, sans la participation de tous, implique également que la création d’un code d’usage n’aurait jamais eu lieu avec la participation de Loblaw et de Metro. C’est aussi simple que cela.