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Le confort malsain du statut de victime

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Imaginons une personne qui fait partie d’une minorité visible ou d’une minorité religieuse.

Imaginons que cette personne n’obtient pas l’entrevue, le boulot, le logement ou la note à l’examen qu’elle espérait.

Très souvent, la personne et celles qui veulent la défendre hurleront au racisme, à l’islamophobie, à la discrimination, etc.

Ce sera vrai ou non selon les cas, mais l’accusation, elle, fusera automatiquement.

La personne sera immédiatement étiquetée « victime » de la majorité.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

Calcul

Je réfléchissais à tout cela quand je suis tombé, en fin de semaine, sur une remarque du philosophe américain Eric Hoffer, aujourd’hui décédé.

On pourrait croire, disait Hoffer, qu’il est débilitant, démoralisant, dévalorisant pour une personne d’être perçue comme une victime.

On pourrait croire que la personne fera tout pour se débarrasser de cette étiquette qui évoque la faiblesse et l’impuissance.

On pourrait croire que la personne voudra s’empresser d’accomplir une vraie réalisation.

Elle voudra montrer aux autres et à elle-même qu’elle n’est pas une victime.

Elle voudra quitter sa condition, ne plus être perçue de cette manière.

Erreur, dit Hoffer, car cette étiquette de victime est aussi, très souvent, un alibi, une excuse, un atout de grande valeur.

Et que fait-on quand on dispose d’un atout de grande valeur ? On le conserve, on l’entretient, on le met à profit.

Un alibi qui vous déresponsabilise en faisant porter la faute de votre échec sur les autres est en effet très utile.

Pensez-y, dit Hoffer : une réalisation, un accomplissement, un succès ne règle rien de façon durable.

Le lendemain, vous devez encore prouver votre valeur. 

Si l’on vous sait capable, on attendra encore plus de vous dans le futur.

Vous avez vous-même relevé la barre par-dessus laquelle vous devrez désormais sauter.

Après tout, comme le disent tant d’athlètes, on est aussi bon que notre dernière performance.

Mais si vous êtes étiqueté « victime », vous êtes en quelque sorte équipé pour la vie.

Vous disposez d’une excuse pour ne pas essayer trop fort et pour blâmer systématiquement les autres.

Vous disposez même d’un levier pour jouer sur le sentiment de culpabilité des autres.

Dès lors, vous pourrez exiger d’eux des bourses réservées, des postes réservés, des quotas d’embauche, des critères de sélection revus à la baisse, etc.

Vous pourrez même, si vous êtes habile, vous positionner comme porte-parole d’autres pseudo-victimes et vous disposerez des tribunes médiatiques offertes par les bien-pensants.

Dans les sphères médiatique et universitaire, on pourra se bâtir une jolie carrière en passant pour une victime ou pour un de ses défenseurs.

Futées

Bref, ceux qui, croyant écouter leur conscience, décernent le statut de victime au moindre plaignant ne lui rendent pas service.

Trop souvent, ils le confortent dans son refus de se prendre en main.

Et parmi ces « victimes », les plus futées ont compris tout le profit professionnel qu’elles peuvent en tirer.

Cela ne veut évidemment pas dire qu’il n’y a pas de vraies victimes, mais qu’elles sont moins nombreuses que la quantité de plaignants.