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Le français, madame Latraverse, «crisse»!

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À Québec comme à Ottawa, le diable est aux vaches. Le français est soudain devenu un grand sujet d’inquiétude.

La ministre Mélanie Joly veut imposer un véritable bilinguisme dans la haute fonction publique fédérale et le ministre Simon Jolin-Barrette songerait à étendre la loi 101 aux cégeps. Le sociologue Guy Rocher opine que seule l’indépendance pourrait sauver notre langue. Dans ses pages, Le Devoir a même fait de la semaine sainte celle du français. Exit la religion, place à la langue !

Les dernières données de l’Office de la langue ont semé le désarroi. Dans 15 ans, seulement 74 % des Québécois parleront français à la maison, contre 82 % aujourd’hui. 

Pour l’instant, personne ne pose la question qui tue : quel français parlerons-nous en 2036 ? Au train où vont les choses, fort probablement un jargon composé en partie de sacres, de franglais, d’onomatopées et de borborygmes qu’on comprendra uniquement dans notre coin de pays.

Comprendra-t-on davantage le français que l’on écrira ? Il suffit de jeter un coup d’œil sur les réseaux sociaux pour connaître la réponse. Il n’y a pas si longtemps, la plupart des Québécois ayant terminé un cours primaire écrivaient correctement. Mes deux grand-mères, qui avaient quitté l’école après leur 6e année, écrivaient sans faute et s’en enorgueillissaient. J’ai des petits-enfants détenteurs de maîtrises dont je dois corriger le français, écrit comme parlé.

AUTEURS ET ARTISTES

Pire encore que ces innombrables fautes d’orthographe et de grammaire, il y a cette langue bâtarde, ces constructions de phrase défaillantes et ces dialogues émaillés de sacres et de jurons qui sont devenus le lot des personnages de nos téléromans et de nos séries dramatiques. Alors que plusieurs s’inquiètent de l’avenir de la langue, je dénonce mes collègues auteurs et artistes qui sont en partie responsables de la dégradation fulgurante du français. 

Sous prétexte que les personnages des séries doivent parler comme les gens de la rue, les auteurs font fi de l’influence exorbitante qu’exerce sur la langue de la rue celle qu’on entend à la télévision et à la radio. Dans toutes les cultures, il existe une différence entre la langue de la rue et celle des œuvres dramatiques, mais de moins en moins au Québec.

Les téléséries de Roger Lemelin, Germaine Guèvremont, François Loranger, Claude-Henri Grignon et plus près de nous, de Gilles Richer, Victor Lévy-Beaulieu, Marcel Gamache, Pierre Gauvreau, Lise Payette ou Fernand Dansereau avaient des cotes d’écoute plus qu’enviables sans pour autant que leurs personnages s’expriment dans une langue bâtarde et sacrent comme des charretiers.

C’EST CHIC DE SACRER

De terribles cerbères protégeaient alors les ondes du canal 2 et du canal 10. J’ai dû me battre pour que Francine Duval laisse échapper un « maudit » de temps à autre dans ma série Jamais deux sans toi. Radio-Canada avait fini par accepter à la condition qu’Angèle Coutu murmure le mot de façon quasi inaudible et seulement à quelques occasions bien particulières !

C’est devenu chic et de bon genre de mal parler et de sacrer sur les ondes, plus particulièrement à Radio-Canada. Comment ne pas désespérer de l’avenir lorsqu’une comédienne comme Louise Latraverse déclare au chroniqueur de La Presse Patrick Lagacé : « J’aime les sacres, c’est de la poésie ». Et celui-ci de conclure sa chronique complaisante en écrivant « qu’il espère que Louise va continuer à sacrer longtemps ! » 

Le français, madame Latraverse, vous vous en « crissez » donc à ce point ? Comme tant d’autres artistes de votre entourage, hélas !