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Nous revoici en pleine guerre froide

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Il y a quelques semaines, à Anchorage, en Alaska, les diplomates chinois ont violemment accusé les États-Unis d’entraver le commerce avec la Chine et d’entretenir une mentalité de guerre froide. Signe que les relations entre les deux États sont extrêmement mauvaises, le dîner qui devrait réunir les diplomates chinois et américains a été annulé.

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Entrons-nous dans une nouvelle guerre froide ? Selon toute vraisemblance, oui. Mais il existe des différences entre cette nouvelle guerre froide et celle qui a opposé les États-Unis et l’Union soviétique.

Une guerre froide est une guerre entre deux superpuissances qui sans jamais s’affronter directement, se livrent des combats armés par l’intermédiaire de leurs alliés. Une guerre froide risque toujours de dégénérer en guerre chaude, c’est-à-dire en affrontements directs entre les deux superpuissances.     

  • Écoutez la chronique de Guillaume Lavoie, membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand   

La guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique est souvent divisée en deux périodes. La première commence en 1947, quand H. Truman annonce des mesures d’endiguement de l’avancée soviétique et se termine en 1962, avec la résolution de la crise des missiles de Cuba. La seconde commence en 1979 avec l’invasion soviétique de l’Afghanistan et se termine en 1989 avec le démantèlement du mur de Berlin.

La nouvelle guerre froide contre la Chine aurait des différences et des ressemblances avec celle menée contre l’Union soviétique.

Le président Xi Jinping et Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, s’étaient rencontrés en 2012, lors d’une visite du président chinois à la Maison-Blanche. Les relations entre les deux hommes étaient meilleures à ce moment.
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Le président Xi Jinping et Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, s’étaient rencontrés en 2012, lors d’une visite du président chinois à la Maison-Blanche. Les relations entre les deux hommes étaient meilleures à ce moment.

Différences

Plusieurs éléments sont différents. D’abord, la Chine n’est pas encore une superpuissance, tandis que les États-Unis le sont de moins en moins. Ensuite, l’URSS disposait de beaucoup plus d’alliés militaires que la Chine. 

L’URSS diffusait à travers le monde une idéologie communiste qui avait séduit de nombreux intellectuels chez les alliés américains. Par contre, la puissance économique de la Chine est beaucoup plus considérable que celle dont l’Union soviétique n’a jamais disposé.

Ressemblances

Les ressemblances sont nombreuses. La Chine et les États-Unis sont engagés dans une lutte d’influence idéologique à l’échelle mondiale. Le gouvernement de Xi Jinping définit le modèle chinois par opposition au modèle américain. Le modèle chinois ferait une large place aux droits collectifs, tandis que le modèle américain serait individualiste, raciste et très inégalitaire. Selon le gouvernement américain, le modèle chinois est dictatorial et il devient totalitaire.

Lors de la première guerre froide, les États-Unis avaient déployé le plan Marshall dans le but d’aider leurs alliés, mais aussi pour étendre leur commerce et leur influence. Les nouvelles routes de la soie peuvent être comparées à ce plan, sauf que c’est la Chine qui en est la clef de voûte. En parité de pouvoir d’achat, la Chine est la plus grande économie du monde, loin devant les États-Unis.

Enfin, les États-Unis disposaient d’un armement plus moderne que celui des Soviétiques. L’armement chinois est comparable, sinon plus moderne, que celui des Américains, mais l’armée chinoise possède peu de bases militaires à travers le monde (en comptant les bases déguisées en bases scientifiques) et elle n’a pas encore la possibilité de combattre loin des frontières chinoises.

Tous les ingrédients d’une guerre froide sont donc présents.

L’Inde a de bonnes raisons de s’inquiéter                

L’Inde est de plus en plus inquiète de l’expansion de la Chine.

Le gouvernement chinois a commis l’erreur d’attaquer militairement des frontières de l’Inde, ce qui a provoqué des réflexes nationalistes bien compréhensibles chez les Indiens, d’autant plus que le premier ministre indien, Narendra Modi, a remporté ses élections avec une plateforme très nationaliste.

La Chine inquiète l’Inde pour plusieurs raisons. 

D’abord, elle est une solide alliée du Pakistan, l’ennemi juré de l’Inde. Ensuite, elle mène en mer de Chine une politique expansionniste qui fait craindre à l’Inde une rivalité militaire éventuelle dans l’océan Indien. Son modèle dictatorial s’oppose au modèle démocratique indien. 

Enfin, la rivalité économique de la Chine inquiète les entreprises indiennes qui, par ailleurs, ne demandent pas mieux que de remplacer les entreprises chinoises comme fournisseuses des pays occidentaux.

L’alliance entre les États-Unis et l’Inde s’est approfondie depuis les années 90. 

En 2010, sous Barack Obama, les deux pays ont signé plusieurs accords commerciaux et militaires. L’Inde et les États-Unis font partie d’une alliance quadripartite, avec le Japon et l’Australie. 

Cette alliance est souvent vue comme la base d’une future OTAN pour l’Asie. 

Le gouvernement américain a aussi promis à l’Inde de l’appuyer pour qu’elle obtienne un siège permanent au Conseil de sécurité. Bien que ce siège ait peu de chances de se concrétiser, cet appui est symboliquement important pour l’Inde.

Avantages pour les États-Unis

Les États-Unis peuvent espérer d’immenses avantages d’une alliance renforcée avec l’Inde. Grâce à celle-ci, les États-Unis exercent des pressions militaires sur les frontières sud-ouest de la Chine. 

Les États-Unis pourraient avantageusement remplacer une partie de leurs importations chinoises par des importations indiennes. Enfin, un tel resserrement aide les États-Unis à lutter contre la Russie.

Une puissance armée jusqu’aux dents  

En 40 ans, l’armée chinoise est passée du 20e rang mondial au second rang, juste derrière les États-Unis. Depuis des décennies, les dépenses militaires de la Chine surpassent le taux de croissance du pays.

Le budget officiel de l’armée chinoise est de 275 milliards de dollars. Cependant, en parité de pouvoir d’achat, ce budget est beaucoup plus élevé, d’autant plus que le salaire des militaires est très bas.

L’armée chinoise a toujours joué un rôle très important en Chine. C’est elle qui a administré le pays dans les années qui ont suivi la prise du pouvoir par les communistes en 1949. 

C’est elle qui a rétabli le gouvernement à la fin des années 60 quand la révolution culturelle a viré à la guerre civile. Les unités d’élite de l’armée ont sauvé le régime en 1989 contre la révolution populaire.

L’armée chinoise est désormais la deuxième plus puissante sur la planète. Elle aime afficher cette supériorité lors de grandioses parades militaires, comme celle-ci, en octobre 2019.
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L’armée chinoise est désormais la deuxième plus puissante sur la planète. Elle aime afficher cette supériorité lors de grandioses parades militaires, comme celle-ci, en octobre 2019.

L’image de l’armée en Chine a toujours été soigneusement entretenue. Une armée qui non seulement défend la patrie, mais qui est aussi au service du peuple partout où elle est requise, des travaux des champs aux catastrophes naturelles.

Grâce au grand nombre de personnes qui veulent devenir miliaires, l’armée chinoise peut sélectionner d’excellents candidats. Sur papier, l’armée chinoise est une des meilleures au monde.

L’armée pour viriliser les hommes

L’image de l’armée est à ce point positive que le ministère de l’Éducation a proposé en février dernier de donner les soldats chinois en modèle aux jeunes hommes du pays. L’objectif officiel de cette campagne est de lutter contre la « féminisation des hommes ».

Cependant, les grandes campagnes de propagande de l’ère maoïste avaient toutes des objectifs officiels et des objectifs cachés. 

Comme Xi Jinping épouse une pensée très maoïste, il est probable que la campagne pour lutter contre la féminisation des hommes cache une campagne qui vise à donner les militaires en exemple à l’ensemble de la société chinoise et donc à augmenter leur pouvoir.

Pourquoi leur donner davantage de pouvoirs ? Probablement parce que Xi Jinping les voit comme des alliés pour l’aider à faire passer son programme.

Un plus grand rôle

Par ailleurs, les violations de plus en plus fréquentes de l’espace taïwanais par des navires de guerre et des avions militaires, les exercices militaires de plus en plus nombreux qui simulent des attaques contre des intérêts américains, laissent penser que l’armée chinoise joue déjà un plus grand rôle qu’auparavant.

Une réputation en chute libre                

Selon une récente étude du Pew Research Center, la mauvaise réputation de la Chine est pire que jamais.

Aux États-Unis même, 55 % de la population considère que la Chine est un rival et 34 % de la population estime qu’elle est un pays ennemi. Seuls 9 % des gens pensent que la Chine est un partenaire des États-Unis.

La réputation de la Chine est tout aussi mauvaise dans le reste du monde, sauf dans quelques pays comme la Russie ou l’Iran. Sur 14 pays riches sondés par Pew, 71 % et plus des répondants ont une opinion négative de la Chine.

La détérioration de la réputation de la Chine s’est accélérée ces dernières années. Il est possible de soupçonner sa gestion de la pandémie de COVID19, l’écrasement du mouvement démocratique à Hong Kong et le génocide des Ouïghours d’être responsables de cette chute.

Ton arrogant

Le ton très arrogant des diplomates chinois n’arrange rien. C’est que le Parti communiste chinois, qui ne tolère aucune critique contre lui en Chine, a décidé d’adopter la même attitude à l’extérieur de la Chine.

Cette prétention à faire taire les critiques contre la Chine à l’extérieur du territoire chinois est contre-productive. Elle est particulièrement mal reçue dans les pays où existe la liberté d’expression.

Situations particulières

Le gouvernement chinois a également mauvaise réputation dans certains pays en raison d’affaires particulières.

Ces affaires sont nombreuses : la prise d’otage des deux Michael pour le Canada, les attaques militaires à la frontière pour l’Inde, l’intrusion dans les eaux territoriales pour les Philippines, les tentatives de manipulations gouvernementales et l’espionnage pour l’Australie, l’achat forcé d’un port en eau profonde pour le Sri Lanka, les emplois majoritairement réservés aux travailleurs chinois dans les entreprises chinoises établies dans plusieurs pays africains, etc.

Le gouvernement chinois peut se consoler en constatant que la réputation de Donald Trump n’était guère meilleure que celle de la Xi Jinping. Cependant, le sérieux de la nouvelle administration de Joe Biden devrait faire remonter la cote de satisfaction à l’égard des États-Unis.

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