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Simon Jolin-Barrette a-t-il un avenir?

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À 34 ans, le ministre responsable de la Langue française joue son avenir politique dans sa capacité à défendre le français. Car s’il est incapable d’interdire l’admission des francophones et des allophones aux cégeps anglais, il aura échoué. Et également tous les Québécois conscients du recul du français, donc de la lente disparition des francophones au Québec.

Le sociologue Guy Rocher, vénérable pédagogue de 96 ans et défenseur infatigable de la langue et de la culture, était avec Fernand Dumont un conseiller inestimable du père de la loi 101, Camille Laurin. Dans Le Devoir de samedi dernier, Guy Rocher a mis un fardeau de taille sur les épaules du jeune ministre Jolin-Barrette, celui de devenir le Camille Laurin de la CAQ. 

Or, Camille Laurin a imposé sa loi 101 à René Lévesque, dont on sait que ce dernier hésitait à user de cette arme inacceptable à ses yeux. Car il estimait humiliant d’avoir à légiférer pour protéger la langue. Il aurait préféré que les anglophones adhèrent volontairement à la francisation officielle du Québec.

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Menace

Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis lors. L’attraction de l’anglais est maintenant universelle. Le recul du français au Québec est devenu alarmant, et avec ce recul, c’est la disparition de tout un peuple qui est en cause. 

De nos jours, de jeunes francophones, un simple diplôme de secondaire 5 en poche, choisissent dans l’enthousiasme de poursuivre leurs études dans les cégeps anglais financés par la majorité des citoyens francophones, qui financent déjà les institutions d’enseignement anglophones, y compris les universités. 

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Si, à l’époque, Camille Laurin a rallié René Lévesque à sa cause, il faut savoir qu’une proportion importante de péquistes appuya celui qui restera dans l’Histoire.

François Legault dirige un parti nationaliste, car à la suite de l’échec du référendum de 1995, il a décidé de s’incliner devant le choix des Québécois. En bon pragmatique, il tient compte des limites imposées à sa gouvernance d’une province, mais ne s’empêche pas d’utiliser tous les moyens à sa disposition, dont la clause nonobstant. Après tout, la loi 21 sur la laïcité est née grâce à l’usage des dispositions de la Constitution canadienne rapatriée en 1982.

Défi

Simon Jolin-Barrette, peu apprécié des journalistes souvent plus âgés, qui le voudraient sans doute moins abrasif et plus impressionné par eux, n’a certes pas dit son dernier mot. Mais il est certain que le comparer à Camille Laurin est un compliment difficile à assumer. 

Le Dr Laurin, c’était bien connu, à cause de son statut de psychiatre impressionnait nombre de ses collègues, dont René Lévesque, peu enclin à pratiquer l’introspection psychanalytique. Sa méthode de conviction était enveloppée dans un vocabulaire soyeux, dans une approche de demi-teinte et, disons-le, doucereuse, qui déstabilisait ses adversaires. 

Le jeune ministre laisse place à des émotions diverses. Il peut être cassant et inquiétant pour ses adversaires. Sa foi en son combat pour le français ne pourra être contrée que par son patron. Si le premier ministre persiste à laisser les francophones et allophones choisir de fréquenter un cégep anglophone, la carrière politique de Jolin-Barrette sera freinée. Alors que le français reculera de manière plus accentuée. Hélas !