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Surdose mortelle de l’accusé de la fusillade au Vieux-Port

Le récidiviste de 33 ans aurait réussi à se procurer de l’héroïne en taule

Une des personnes blessées, transportée d’urgence lors d’une fusillade où une trentaine de coups de feu ont été tirés en septembre 2020, au Vieux-Port de Montréal. L’accusé, Adam Pichette [en mortaise], est décédé d’une surdose, dimanche.
Photos d’archives Une des personnes blessées, transportée d’urgence lors d’une fusillade où une trentaine de coups de feu ont été tirés en septembre 2020, au Vieux-Port de Montréal. L’accusé, Adam Pichette [en mortaise], est décédé d’une surdose, dimanche.

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Le Montréalais accusé d’avoir amorcé une fusillade en plein secteur touristique du Vieux-Port l’été dernier est décédé d’une surdose d’héroïne en prison, où il est de plus en plus simple de se procurer de la drogue.

« J’espère qu’une enquête sera menée pour éclaircir les circonstances du décès », a déclaré au Journal l’avocat d’Adam Pichette, Christopher Lerhe-Mediati, après avoir appris la nouvelle de la mort de son client, hier.

Pichette, 33 ans, était un multirécidiviste en matière de crimes commis tant avec des armes qu’avec violence. Même ses multiples condamnations ne semblaient pas le calmer. 

Quand il s’en est pris à trois policiers à vélo le 13 septembre dernier, il était en libération d’office dans une affaire de possession d’un fusil d’assaut AK-47.

Arrêté et accusé de tentative de meurtre, de voies de fait graves et de possession d’armes prohibées, il risquait plus de 12 ans d’incarcération. 

Compte tenu de ses antécédents criminels, il n’était pas exclu que la Couronne cherche à le faire déclarer délinquant dangereux, ce qui aurait compliqué toute tentative de libération conditionnelle.

Sauf que dimanche dernier, Pichette aurait réussi à se procurer de l’héroïne à l’Établissement de détention de Rivière-des-Prairies, où il était détenu en attendant son procès. La quantité prise s’est avérée létale. Quand les secours sont arrivés, il était trop tard.

Il est temps d’agir

« Nous offrons toutes nos condoléances à la famille de M. Pichette », a déclaré Me Lerhe-Mediati, qui défendait Pichette avec Me Hovsep Dadaghalian.

Selon le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels Mathieu Lavoie, il est temps que le gouvernement provincial s’attaque de front au fléau des stupéfiants en prison.

« Il y a encore des entrées traditionnelles avec des gens qui lancent des paquets par-dessus les clôtures, mais là, on est vraiment dans les drones, explique-t-il. Ça commence à être généralisé, on en voit quelques-uns par semaine. On en attrape, mais c’est la pointe de l’iceberg. »

Mieux détecter les drones

Depuis plusieurs années, M. Lavoie fait pression pour avoir accès à des technologies permettant de détecter des drones. D’autant plus qu’ils sont capables de livrer des quantités de plus en plus importantes d’objets mettant en danger tant la sécurité du personnel que des détenus.

Ainsi, la drogue en prison crée des tensions, tant par rapport au contrôle du territoire que pour les dettes. Et c’est sans compter les surdoses, comme dans ce cas.

« Ça arrive de façon assez fréquente », affirme M. Lavoie. Sans avoir de chiffres précis, il estime qu’on en dénombre plusieurs par semaine, bien qu’elles soient très rarement mortelles.

Il a tiré vers un ami juste avant pour lui faire peur 

Peu de temps avant la fusillade survenue l’été dernier au Vieux-Port de Montréal, Adam Pichette avait tiré à quelques centimètres du visage d’un « ami », selon les informations colligées par Le Journal sur ce qui s’est réellement passé ce soir-là.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre 2020, le bar Terrasses Bonsecours, situé juste à côté de la Grande roue, grouillait d’activités. Les mesures sanitaires ayant été à l’époque allégées, les gens profitaient de la belle météo pour prendre un verre quand une dispute entre deux personnes a attiré leur attention. 

Personne ne se doutait alors qu’ils allaient être témoins de la pire fusillade dans la métropole depuis celle au Collège Dawson en 2006, alors qu’une trentaine de projectiles étaient échangés.

À bout portant

Car lors de la chicane, Pichette a sorti un revolver et tiré à bout portant juste à côté de son ami. Alertés par la détonation, trois policiers à vélo sont arrivés sur les lieux.

« C’est mon ami, on se connaît depuis longtemps », a dit Pichette aux agents qui sont arrivés sur place.

Le suspect avait rangé l’arme dans sa sacoche, sauf qu’un témoin a averti les policiers qu’il était armé.

« Lève tes mains et couche-toi ! Lâche ton gun ! » a alors crié un des policiers au suspect, selon les témoignages recueillis par Le Journal.

Pichette n’aurait pas obtempéré. Il aurait plutôt sorti son arme et tiré cinq fois vers les policiers. Pris par surprise, les policiers ont tenté de se mettre à couvert, dont un en sautant dans un bassin d’eau. 

Ça dégénère

Les trois policiers ont alors sorti leur arme et ont fait feu sur Pichette, qui a été atteint à quatre reprises. Au total, les policiers ont tiré une trentaine de balles, l’un d’eux vidant son chargeur de 15 cartouches.

Pichette a été atteint de plusieurs projectiles, un policier a été touché à la jambe, et trois personnes ont été légèrement blessées.

« La foule criait, tout le monde tentait de se cacher, s’est remémoré un témoin du crime. Il y en a qui demandaient aux policiers d’aller aider l’homme qui gisait au sol. »

Sauf que comme Pichette bougeait encore, et comme il semblait tenter de récupérer son arme, les policiers ont attendu. 

Ce n’est que quand les renforts sont arrivés que le suspect a été arrêté et transporté à l’hôpital, mettant ainsi fin à l’opération policière.