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Un apprentissage en temps réel pour Norman Nato

Norman Nato
Photo wikipedia Norman Nato

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Le constat a été frappant pour la recrue Norman Nato, pilote de l’écurie Venturi, après la première fin de semaine de course: une saison de Formule E s’apparente bien plus à une montagne russe qu’à un long fleuve tranquille.

À première vue, pour quiconque ne regarde que les classements finaux des deux premières courses de la saison disputées à Dariya, les 14e et 16e positions de Nato peuvent paraître décevantes compte tenu de la deuxième place de son coéquipier Edoardo Mortara en lever de rideau.

Nato s’est toutefois frotté aux quatre champions encore actifs de la série en Lucas di Grassi (neuvième), Antonio da Costa (11e), Sébastien Buemi (13e) et Jean-Éric Vergne (15e) lors de la première épreuve. Une expérience très formatrice lorsqu’on en est à une première course.

«J’étais un petit peu sur la retenue parce que l’objectif était clairement de ne pas faire d’erreur et d’engranger l’expérience, a d’ailleurs expliqué Nato récemment. Après, quand j’ai commencé à être dans le peloton avec des di Grassi, des Buemi, des Vergne et des da Costa, c’est là que j’ai vraiment compris plein de choses.»

«Forcément, quand c’est ta première course, en roulant avec des gars comme ça, tu as beaucoup à apprendre. Et ça m’a beaucoup servi de rouler avec eux.»

Malchance

Lors de la deuxième course, Nato, tout comme les autres pilotes dont les voitures sont propulsées par Mercedes, n’a pas pu prendre part aux qualifications à la suite de l’accident de Mortara. L’athlète de 28 ans a ainsi pris le départ du 23e échelon.

Il s’est bien débrouillé en course, voyant le fil d’arrivée tout juste derrière Nick de Vries, qui s’est classé neuvième. Seul bémol: comme six autres pilotes, il a écopé d’une pénalité de 24 secondes parce qu’il n’avait pas utilisé ses deux séquences en mode attaque lorsque le drapeau rouge a été agité.

«C’est vraiment dommage, parce que c’est un manque de chance. Ce n’est pas une erreur; un drapeau rouge, tu ne peux pas le prévoir. Sans ça, on aurait eu un point en partant de la 23e place. On peut dire que c’était une bonne course.»

«Ça fait partie de la Formule E. Il y a da Costa qui me disait après la première journée quand j’étais un peu frustré de ma performance: "prépare-toi, la FE, c’est ça. Il y a des hauts et des bas". Et c’est ça; tu vas avoir des courses où tout va bien se passer, et des journées où rien ne fonctionnera.»

Préparation minimale

Dans toute catégorie de sport automobile, une période d’adaptation est nécessaire pour qu’une recrue s’adapte à une voiture et prenne pleinement conscience des capacités et des limites de celle-ci. Dans certains cas, les essais permettent d’accélérer ce processus.

Mais dans le cas de la FE, et particulièrement pour les écuries qui ne sont pas motoristes, les pilotes voient leur temps au volant très limité. Nato a notamment eu seulement quatre journées d’essais pour se familiariser avec son bolide.

«C’est un soulagement un peu de découvrir ce qu’est un week-end de FE. Jusqu’à maintenant, j’étais pilote de réserve. J’ai participé à quelques événements, mais de l’autre côté de la barrière, donc c’est très différent. Il y a plein de choses auxquelles je m’attendais, mais d’autres que j’ai dû découvrir. C’est une chose qui va m’aider sur le plan de la préparation.»

«Après, je sais qu’en tant que recrue en FE, ce n’est jamais simple, surtout dans notre cas. Chez Venturi, on n’est pas constructeurs. Le désavantage, c’est qu’on ne développe pas [nous-mêmes] le moteur, et du coup, on n’a pas le droit à des journées de roulage [supplémentaires].»

Gérer

Pour Nato, la situation était d’autant plus compliquée par son parcours sportif. Après avoir monté les échelons en monoplace, le Français s’est tourné vers l’endurance au terme de la saison 2017 en Formule 2.

Ayant remporté trois courses en autant de saisons dans l’antichambre de la Formule 1, il a obtenu un contrat pour être pilote de réserve chez Venturi en 2018. S’il a pu être derrière le volant en endurance dans les trois dernières années avec notamment trois participations aux 24 heures du Mans, il n’a toutefois conduit que six fois la voiture de FE avant le début de la saison 2021.

Nato insiste toutefois sur le fait qu’il n’a pas perdu la main et que le retour en monoplace n’a pas été difficile. Il se réjouit surtout de pouvoir disputer à nouveau des épreuves sur des tracés urbains, qui n’ont pas leur place en endurance.

«En 2017, ç’a été ma dernière année en monoplace, s’est remémoré le Cannois. Ma dernière course en ville, ç’a été Bakou et je l’ai d’ailleurs remportée devant Charles Leclerc. La ville, ça m’a toujours réussi et j’ai toujours adoré. C’est d’ailleurs ce qui m’a manqué en endurance.»

C’est plutôt en raison du caractère unique de la série, qui mise sur une motorisation électrique et au sein de laquelle la gestion de l’énergie est le nerf de la guerre, que l’adaptation demeure particulière.

«Ce qui est très compliqué comme recrue, c’est de faire la course, de gérer ton énergie et les paramètres sur le volant en communiquant avec ton équipe. Pour ça, malheureusement, tu as beau t’entraîner au simulateur, au final, le meilleur entraînement reste la course.»

Une étape à la fois

Il ne faut toutefois pas croire que Nato est satisfait des résultats obtenus après deux courses. Comme tout pilote qui se respecte, il se sait capable de se battre pour les titres. Mais pas question de précipiter les choses.

«Je ne m’étais pas donné d’objectif en termes de résultats purs. Je suis quelqu’un de très humble. Je sais que pour garder ma place dans le championnat et mériter cette place, il faut obtenir de [bons] résultats. Donc l’objectif, c’est d’aller jouer avec les meilleurs le plus rapidement possible. Je ne vais pas me satisfaire d’une septième place.»

«Mais il faut y aller un pas à la fois. Sinon le risque, c’est de vouloir trop en faire, et en ville, si tu en fais trop, tu finis dans le mur, tu perds la confiance et tu endommages la voiture.»

-Les épreuves 3 et 4 de la saison de Formule E auront lieu à Rome samedi et dimanche sur les ondes de TVA Sports.