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C’est l’anglais qui prédomine désormais à la Laurentienne

Quelques mots en français de la PDG à l’assemblée annuelle des actionnaires

Rania Llewellyn
Capture d’écran tirée de YouTube La PDG unilingue anglaise de la Banque Laurentienne, Rania Llewellyn, a prononcé une allocution, hier, à l’occasion de l’assemblée annuelle des actionnaires.

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L’assemblée annuelle des actionnaires de la Banque Laurentienne était, mardi, l’occasion de constater, encore une fois, le recul du français au sein de la troisième plus importante institution financière privée du Québec derrière le Mouvement Desjardins et la Banque Nationale.

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La nouvelle présidente et cheffe de la direction de la banque, Rania Llewellyn, ne parlait pas français lors de sa nomination en octobre et ne semble pas avoir fait de progrès depuis. Hier, elle a – avec difficulté – prononcé deux phrases dans la langue de Molière dans une allocution de plus de 11 minutes. 

  • Écoutez le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Mis à part le «Bonjour à tout [sic]» prononcé un peu plus tôt par le président du conseil, Michael Mueller, c’étaient là les seuls mots en français de la réunion. 

«Ils ont une PDG et un président du conseil qui sont absolument incapables de s’exprimer en français. Ça n’a pas de bon sens», déplore Willie Gagnon, directeur du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC). 

Lors de l’assemblée d’hier, le directeur du MÉDAC n’a pas réussi à poser sa question au sujet du français. Il voulait savoir pourquoi l’assemblée se déroule seulement en anglais. 

«Ils ont du front. Jusqu’à un certain point, c’est obscène pour une banque québécoise de ne plus avoir de dirigeants qui soient capables de s’exprimer en français pour au moins la moitié de l’assemblée», ajoute-t-il. 

  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal, sur QUB radio:   

UN NOUVEAU POSTE

Depuis la transformation de la Banque Laurentienne, en 2015, les assemblées annuelles des actionnaires se tiennent presque exclusivement en anglais. 

«Ça nous apparaît inconcevable», affirme Willie Gagnon, qui rappelle que l’ex-PDG, François Desjardins, parlait très bien français.

Lors de la nomination de Rania Llewellyn à la tête de l’institution, en octobre, la Banque Laurentienne avait assuré que l’Ontarienne de 44 ans «apprendrait le français et passerait une grande partie de son temps à Montréal chaque mois». 

«Son apprentissage se poursuit et son engagement envers la langue française est ferme», a expliqué hier un porte-parole de la banque, Fabrice Tremblay. 

Si Mme Llewellyn ne parle toujours pas français, on apprenait jeudi dernier, tout juste avant le congé pascal, que la banque a créé un nouveau poste pour l’appuyer : président, Marché du Québec. C’est le vice-président exécutif et chef des Services aux entreprises, Éric Provost, qui a hérité du rôle. 

Mais pourquoi donc un président pour le Québec pour une banque québécoise ? «La nomination de M. Provost renforce encore davantage notre engagement envers le Québec [...]. Il conseillera la présidente et cheffe de la direction sur les moyens d’accroître la présence et la part de marché de la Banque au Québec», répond M. Tremblay.  

  • Écoutez la chronique de Sophie Durocher avec Pierre Nantel sur QUB radio:    

DE MOINS EN MOINS QUÉBÉCOISE

Si la stratégie de croissance de la Banque Laurentienne depuis 2015 est axée sur le Canada anglais et les États-Unis, plus de 43 % du portefeuille de prêts de la Banque Laurentienne se trouvait toujours au Québec en 2020, contre 45 % en 2019. La proportion était de 58 % en 2015. 

La banque, dont le siège social est à Montréal, compte 2900 employés, dont plus de la moitié sont au Québec. Elle qui fêtera ses 175 ans en mai prochain n’avait pas été dirigée par une personne qui ne parle pas français depuis au moins 1979.

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