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Les mensonges de la Chine sur la COVID-19

Les experts de l’OMS qui se sont rendus en Chine ont fait face à des embûches

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NDLR La Chine est-elle devenue un géant aux proportions qui devraient inquiéter l’humanité ? Dans une série d’analyses à lire jusqu’à lundi, notre chroniqueur et politologue expert de la Chine, Loïc Tassé, tente de répondre à cette question.


Il a fallu au moins un an pour qu’une équipe de l’Organisation mondiale de la santé soit autorisée à se rendre en Chine. Un délai qui laissait amplement le temps au gouvernement de Xi Jinping de faire disparaître les traces les plus visibles de son inaction et de préparer les témoins à réciter le rôle qui avait été écrit pour eux.

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Pire, les experts du comité de l’OMS ont eux-mêmes été choisis... par Pékin !

Le Parti communiste chinois a l’habitude des grandes mises en scène. Dans les années 1950 et 60, le gouvernement chinois présentait aux étrangers, journalistes, intellectuels ou simples visiteurs une version idéalisée de la Chine.

Les Chinois autorisés à parler aux étrangers étaient soigneusement sélectionnés et ils devaient apprendre par cœur les réponses qu’ils devaient fournir.

Du grand théâtre

Xi Jinping, qui voue une grande admiration à Mao Zedong, semble avoir renoué avec ses pratiques théâtrales.

Les habitants de la ville de Wuhan ont été empêchés de s’exprimer en public.

Ai Wei Wei, un artiste opposant au régime qui habite maintenant en Europe, a accumulé 300 heures d’images documentaires que lui ont fait parvenir les habitants de la ville.

Des experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chargés d’enquêter sur les origines de la COVID-19, étaient arrivés à l’aéroport de Pudong à Shanghai, en Chine, le 10 février dernier.
Photo Reuters
Des experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chargés d’enquêter sur les origines de la COVID-19, étaient arrivés à l’aéroport de Pudong à Shanghai, en Chine, le 10 février dernier.

On y voit des médecins catastrophés, des habitants cadenassés chez eux, des témoignages déchirants. Toutes sortes de personnes que les autorités chinoises ne voulaient pas que les enquêteurs de l’OMS rencontrent.

Les autorités chinoises ont également obligé les enquêteurs à travailler avec les seuls documents qu’elles leur fournissaient.

Difficile dans ces conditions d’émettre des hypothèses autres que celles qui étaient avancées par les autorités chinoises.

Accident de manipulation ?

Un groupe d’experts indépendants a en particulier attaqué le refus des enquêteurs de l’OMS de prendre en compte l’hypothèse d’un accident de manipulation.

C’est que selon ces experts indépendants, un coronavirus très semblable à celui de la COVID-19 serait apparu en Chine en 2012, et les virologues chinois l’auraient échantillonné.

La responsabilité de la Chine touche surtout la lenteur avec laquelle le gouvernement chinois a donné l’alerte internationale.

Il est extrêmement probable que les médecins de Wuhan savaient qu’un nouveau coronavirus très contagieux était présent en Chine avant Noël.

Il est presque certain que le gouvernement chinois savait dès le départ de l’épidémie à Wuhan que la COVID-19 était contagieuse d’humain à humain.

Mensonges et cachotteries

Il est évident que le gouvernement chinois a caché le nombre réel de morts à Wuhan, et probablement dans plusieurs parties de la Chine.

Pourquoi ces mensonges, ces cachotteries et ces manipulations ? Parce que Xi Jinping cultive l’image que son administration est compétente et infaillible.

Parce que le gouvernement chinois redoute que certains pays tiennent la Chine responsable de la pandémie et qu’ils demandent des dédommagements.

Le virus n’a pas affaibli son économie           

S’il faut en croire les chiffres officiels, l’économie de la Chine est en pleine santé depuis la quasi fin de la pandémie de COVID-19 sur son territoire.

Elle devrait connaître en 2021 une croissance de plus de 7 %. Sauf que les autorités chinoises sont de plus en plus opaques et qu’il est de plus en plus difficile d’avoir l’heure juste.

De prime abord, il est logique d’anticiper une belle croissance de l’économie chinoise en 2021, puisque la pandémie s’y serait terminée plus tôt qu’ailleurs.

Le Fonds monétaire international prévoit une croissance de plus de 8 % en Chine en 2021.

Mais les Chinois comptent assez peu sur le filet social de l’État pour les aider en cas de coup dur. Ils préfèrent épargner leur argent. Et les taux d’épargne ont beaucoup augmenté en 2020.

Où ira l’épargne ?

Cette épargne servira-t-elle à la croissance économique ? Les dépenses des ménages représentent 55 % de l’économie chinoise. Le gouvernement veut que cette proportion augmente. Les Chinois vont-ils augmenter leur consommation ? Pas sûr.

C’est que si l’inflation officielle est de 3 %, les prix des produits de consommation des ménages ont augmenté bien au-delà de ce chiffre officiel. De même, le prix des logements continue à augmenter. De quoi inquiéter les Chinois et les inciter à épargner encore davantage.

Par ailleurs, la relocalisation des chaînes d’approvisionnement pourrait faire mal à l’économie chinoise.

C’est qu’à la suite des leçons tirées des pénuries de fournitures médicales lors de la pandémie de COVID-19, les grandes économies veulent ramener chez elles la production des produits stratégiques.

Buy American Act

À cela s’ajoute le Buy American Act renforcé que Joe Biden est en train de mettre en place.

Les nouvelles mesures protectionnistes américaines semblent plus destinées à contrer l’importation de produits chinois que les produits fabriqués par les alliés des États-Unis.

Jusqu’à présent, peu d’entreprises américaines et étrangères ont décidé de quitter la Chine. Mais il faut s’attendre à ce que leur nombre augmente.

Malgré ces dangers, l’économie chinoise est loin d’être à la veille d’un effondrement. Elle dispose de réserves de devises étrangères gigantesques.

Les partenaires de la Chine, qui devraient aussi connaître un regain économique au sortir de la pandémie, vont alimenter à leur tour l’économie chinoise.

Somme toute, l’économie chinoise a encore beaucoup d’atouts.

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