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Éloge des aliments transformés

Fast food dish and healthy nutrition on black stone background
Photo Adobe Stock «Une nouvelle étude avance qu’il ne faudrait pas trop porter de jugement sur les aliments transformés ou ultratransformés dans notre quotidien. Les auteurs suggèrent qu’attribuer une corrélation entre la transformation industrielle et la nutrition est tout simplement erronée.»

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Les aliments transformés existent afin que nous puissions économiser du temps, de l’argent et de l’énergie. Cela a rendu nos systèmes alimentaires plus efficaces au fil des ans. Toutefois, ces dernières années, les caractéristiques sanitaires des aliments transformés sont de plus en plus scrutées à la loupe pour diverses raisons biaisées et impartiales. De nombreux rapports rédigés par des professionnels et des groupes d’intérêt ne sont pas favorables aux aliments transformés, ce qui amène de nombreux consommateurs à croire qu’ils devraient les éviter à tout prix.

Une étude fascinante à paraître en avril publiée dans Trends in Food Science and Technology a analysé la base sous-jacente des systèmes de classification des aliments utilisés pour déterminer si les aliments sont transformés ou non. Plus de 400 publications ont été examinées pour en extraire les définitions des aliments transformés et ultratransformés.

L’étude fait valoir que les systèmes de classification des aliments utilisés dans le monde, y compris au Canada, étaient principalement conçus pour examiner la relation entre les produits alimentaires industriels et la santé. L’étude démontre clairement qu’il n’existe pas de consensus sur les facteurs qui déterminent le niveau de transformation des aliments. En fait, le concept de la «transformation» est considéré par les auteurs de l’étude comme chaotique, ils sont largement concernés par les processus techniques et industriels. Bien que le Guide alimentaire canadien recommande de rester à l’écart des aliments ultratransformés, notre système de classification n’inclut pas de mesures quantitatives, mais attribue plutôt une corrélation entre la transformation industrielle et la nutrition. Il n’existe simplement pas de relation directe entre les aliments transformés et leur valeur nutritionnelle.

Les experts de la lutte contre l’ultratransformation n’hésiteront pas à indiquer que ces aliments devraient être condamnés et bannis du marché. Ce mouvement contre les aliments ultratransformés est largement motivé par un système de classification appelé NOVA. L’étude n’a pas fourni de clarté ou de justification pour l’utilisation du système NOVA. Le système examine les additifs et autres caractéristiques associés à la suralimentation, mais il n’inclut pas le profil nutritionnel approprié ni d’autres aspects nutritionnels des aliments précédemment évalués.

Essentiellement, la transformation des aliments reste une question complexe. Bien qu’elle joue un rôle essentiel dans l’offre des aliments comestibles, salubres et nutritifs à tous les Canadiens, la transformation des aliments reste largement méconnue. En nous fiant sur l’étude, nous ne pouvons que supposer que l’argumentaire utilisé par Santé Canada pour appuyer le Guide alimentaire canadien et dissuader les Canadiens de consommer des aliments ultratransformés n’est pas bien articulé ou bien établi. L’étude soutient que la rhétorique subjective souvent utilisée par les responsables de la Santé publique dans le domaine de la nutrition est plutôt inappropriée.

Il faut aussi se rappeler que les aliments transformés ont joué un rôle socioéconomique important au cours des dernières décennies. Certains ont fait valoir que sans les aliments transformés, les inégalités entre les sexes seraient plus prédominantes qu’elles ne le sont actuellement. Sachant que les femmes ont historiquement passé plus de temps dans la cuisine en moyenne que les hommes, les femmes ont pu jouer un rôle beaucoup plus important dans notre économie en ayant accès à des aliments déjà transformés. Il y a plusieurs décennies, la majeure partie de la transformation des aliments se faisait dans la cuisine, et en grande partie par les femmes. Bien entendu, il reste encore beaucoup à faire en matière d’égalité entre les sexes, mais la transformation des aliments n’a certainement pas constitué un obstacle à notre quête d’une société plus équitable. Cela ne doit jamais être oublié.

Nous devons nous assurer de mieux saisir le sens de la transformation des aliments. À l’heure actuelle, beaucoup pensent que les aliments transformés ne peuvent que conduire à une société plus obèse et malsaine. Certains aliments transformés ne devraient pas exister; néanmoins, la transformation joue un rôle économique particulièrement important au sein de nos systèmes alimentaires. Il réduit le gaspillage dans toute la chaîne d’approvisionnement et permet aux coûts des aliments de rester à des niveaux raisonnables pour les Canadiens en utilisant de meilleures technologies et connaissances. Dans les pays où l’accès aux technologies est limité, le gaspillage alimentaire et la volatilité des prix alimentaires au détail ont tendance à poser des problèmes majeurs. La transformation des aliments assure la stabilité tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Au lieu d’utiliser la culpabilité, la compréhension du consommateur ne peut se développer qu’en appréciant la valeur juste des produits alimentaires que nous mangeons et achetons chaque jour. L’étude recommande simplement que nous devions améliorer la base scientifique des systèmes de classification des aliments et soutenir la compréhension des consommateurs. Sinon, l’idéologie et l’élitisme nutritionnel continueront à induire le public en erreur et nos politiques égareront sans cesse les consommateurs dans leurs choix alimentaires.