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La belle rondelle d’Eric Staal

Paul Wilson
Photo courtoisie, Paul Wilson Même Paul Wilson a reçu sa plaque pour sa première victoire comme vice-président du Canadien.

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Ronde et noire chérie, je t’adore :

Tu es mon gagne-pain, tu es ma mine d’or...

Pardonne-moi, Rosita mon trésor,

Mais je ne suis heureux que quand je score...

Et pour scorer, il te me faut,

Cela dit au bon sens du mot...

Car si je te place deux fois entre les deux poteaux,

Je ne m’attends certes pas à avoir des jumeaux !

Rosita La Rondelle, mon grand chouchou,

Laisse-moi te dire que tu me rends fou,

Ton cœur est chaud, ton corps est mou :

Pas étonnant que tu sois faite en caoutchouc !

Quand je te prends et te contrôle,

C’est pas ma faute, je me sens tout drôle...

Mon bâton frissonne dès que tu le frôles,

Je le connais bien : il n’est pas fait de tôle !

– Jacques Lemaire (et André Rufiange)

Rosita la rondelle est un poème que le très timide Jacques Lemaire avait déclamé au talk-show de Lise Payette. À l’époque où on se posait des questions intelligentes dans un talk-show de soirée. 

LA BALLE DE PETE ROSE

Avant de parler de la rondelle d’Eric Staal, un saut dans le temps pour la balle du 4192e coup sûr de Pete Rose. Ça se passait au stade Riverfront à Cincinnati. En septembre 1985. Le matin, Pierre Gobeil, le directeur des sports, m’avait appelé pour me dire qu’un billet d’avion pour Cincinnati m’attendait à l’aéroport. Avec Gobeil, ça niaisait pas avec le puck. Et quand Pete Rose a frappé la balle qui est tombée en lieu sûr et que le stade a littéralement explosé, j’étais debout dans la galerie de presse. 

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Pour trouver un angle original, j’étais sorti du stade pour aller voir les autos qui klaxonnaient dans les rues et les gens qui riaient et se donnaient des high five sur les trottoirs. L’euphorie. Ça avait donné une bonne chronique. 

Le lendemain matin, en revenant, j’avais lu un texte extraordinaire. Je ne me rappelle plus qui l’avait écrit. C’était peut-être dans le New York Times...

Le chroniqueur avait osé un texte à la première personne pour raconter l’aventure de LA balle du coup sûr. La balle racontait comment elle s’était fait frotter avec la terre traditionnelle pour lui enlever son lustre, comment elle avait espéré dans la boîte de carton, comment elle croyait avoir perdu sa chance de devenir célèbre quand elle s’était retrouvée dans la poche de l’arbitre...

Et comment, quand Pete Rose en frappant une fausse balle, lui avait permis de se retrouver dans la main du lanceur d’Eric Show pour le tir qui allait la propulser au Temple de la renommée. Ou sur un mur du Pete Rose’Steakhouse en Floride. 

Un très grand texte... que j’aurais été fier d’avoir écrit.

SUR UNE PLAQUE

La rondelle noire du but d’Eric Staal marqué en prolongation lundi soir au Centre Bell ne se rendra pas au Temple de la renommée.

Même si c’était le premier but de Staal avec le Canadien. Même si surtout c’est le premier but du Canadien marqué en prolongation cette saison.

C’est Paul Byron qui est allé quérir Rosita la chérie dans le filet après le but. C’est lui qui l’a remise à Staal.

Rosita est chanceuse. Elle va finir sur une belle plaque commandée par Paul Wilson du Canadien et sans doute qu’elle va se retrouver sur un mur dans la salle de billard de la famille Staal. Ou de la grande salle familiale où on suit les matchs à la télé sur une 105 pouces 5K. 

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D’autres plaques sont déjà en route pour les premiers buts d’Alexander Romanov, de Tyler Toffoli, de Corey Perry et de quelques autres, dont la première victoire de Jake Allen. Avec la photo du moment magique et les noms des coéquipiers qui ont contribué au but fêté.

Pas de quoi gagner un prix Pulitzer mais juste assez pour rappeler que le sport a de ces moments bénis. Un homme gentil et poli de 36 ans fait sa courte quarantaine et marque le but vainqueur en prolongation lors de son premier match avec les Glorieux.

C’est quand même un beau moment pour une Rosita qui se cachait au fond de la glacière de la Ligue nationale dans le banc des punitions avec une trentaine de ses consœurs après le réchauffement. Et qui a fini, elle, dans le net !

De quoi écrire jusqu’à 100 ans.