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La dictature des «droits individuels»

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Ça aura été ma grande découverte de la dernière année. 

À quel point il y a des gens qui se foutent des autres. 

À quel point le concept pourtant honorable de « protection des libertés individuelles » sert de plus en plus de prétexte aux pires réflexes égoïstes.  

J’étais peut-être naïf, mais je ne savais pas que le tissu social s’était autant relâché. 

Autant abîmé.

Autant « détricoté ».

  • Écoutez le commentaire de Richard Martineau sur QUB radio:

DES MOTS VIDÉS DE LEUR SENS

Tout comme les mots « discrimination », « fascisme » et « dictature » ne veulent presque plus rien dire à force d’être utilisés à toutes les sauces (quand les produits qui servent à blanchir les dents sont considérés comme racistes, plus rien n’est raciste), le terme « libertés individuelles » a été vidé de sa substance. 

Bientôt, les gens vont dire que les alertes Amber violent leur droit fondamental à la tranquillité !

« Hey, pourquoi le gouvernement m’a envoyé un message sur mon cell concernant la disparition d’un enfant, hier matin ? Mon téléphone a vibré alors que j’étais en pleine réunion ! Mon téléphone m’appartient, le gouvernement n’a pas le droit d’en prendre possession pour transmettre ses messages ! Assez, Big Brother ! »

On est loin des dissidents soviétiques qui se battaient pour avoir le droit de critiquer le régime !

Le concept de « libertés individuelles » est devenu une expression passe-partout qui veut dire tout et son contraire.

Revendiquer le droit de ne pas se faire vacciner en pleine pandémie est devenu un combat pour les « libertés individuelles » !

Idem pour « le droit d’ouvrir un gym » alors qu’on assiste à une explosion des cas de Covid !

NOTRE BOUSSOLE EST CASSÉE

La vérité est que l’Occident n’a plus de boussole morale. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

On a perdu tout sens des proportions. 

La moindre petite niaiserie (un dessin animé, une blague, un slogan publicitaire) est montée en épingle et présentée comme une attaque frontale à notre sacro-sainte dignité ou à nos droits et libertés. 

Les gens de droite se moquent des gauchistes qui voient du racisme, du sexisme et de l’homophobie partout.

Mais eux pensent qu’ils sont mieux avec leur surutilisation du mot « dictature » ?

Ils sont aussi ridicules !

« Nous vivons sous une dictature sanitaire ! »

Allez dire ça aux dissidents de Hong Kong ! D’Arabie Saoudite ! D’Iran ! De Russie !

Ils vont vous dire : « Oh, pauvres vous ! Que vous faites donc pitié ! Tous les soirs, nous pensons à votre triste sort du fond de notre cachot ! »

UNE VOIE À DEUX SENS

« La liberté n’existe pas sans morale », disait Tocqueville.

De même, on pourrait dire que le droit n’existe pas sans devoir. 

Les deux termes sont étroitement liés, comme les deux faces d’une même pièce. 

Tu dois reconnaître mes droits, mais je dois en retour reconnaître les devoirs que j’ai envers toi. 

La « reconnaissance » est une voie à deux sens. 

Qui va de moi vers les autres, et des autres vers moi.

Malheureusement, aujourd’hui, les autres ne comptent plus.

Il n’y a plus que moi, moi et moi. 

Vous devez reconnaître MES droits, MA dignité, MES libertés, MA singularité.

Le concept de « libertés individuelles » est comme un vélo qui descend une côte à toute vitesse. 

Il est en roue libre. 

Et tourne à vide. 

Sans aucune direction.