/opinion/columnists
Navigation

Nancy a des bleus sur le corps et le coeur

Coup d'oeil sur cet article

Nancy Boucher rencontre celui qui deviendra son bourreau en 2016. Coup de foudre instantané. Les débuts de leur histoire sont faits de moments magiques et de grandiloquentes promesses.

• À lire aussi: 36 mois de prison pour son ex-conjoint violent

Sauf que la suite est loin d’un conte de fées.

Il pleuvait des coups

Nancy mange sa première volée la même année. Un soir d’hiver, alors que les tourtereaux viennent de passer une soirée en famille, Jonathan Blanchet l’étrangle avant de lui uriner dessus. S’ensuivent des coups et des claques. Nancy, le nez en sang, réussit par un miracle qu’elle s’explique mal à se sauver de la chambre d’hôtel occupée par le couple. 

La violence physique et psychologique s’installe dans la relation : jalousie, paranoïa et isolement sont au rendez-vous. Tout cela s’accompagne d’ecchymoses et de côtes fracturées. Les lunes de miel sont de plus en plus courtes, et même si Jonathan jure de ne plus recommencer, les voies de fait s’accumulent et deviennent de plus en plus graves. 

Quatre ans. Ç’a pris quatre ans à Nancy pour comprendre que les hommes comme Jonathan ne changent pas. Tout ce temps-là, Nancy a été en guerre avec elle-même. « C’était un duel entre ma tête et mon cœur. »

  • Écoutez le témoignage de Nancy Boucher, survivante de violence conjugale

 « Je le sais que c’est extrêmement difficile à comprendre, mais j’ai encore des sentiments pour lui. Les autres ne voient que les coups, mais moi, je connais l’autre version de Jonathan. Je me rappelle toutes les fois où il m’a suppliée en me disant que j’étais la femme de sa vie. Il avait le don de me faire sentir comme une reine. » 

C’est à ces moments que Nancy se raccroche chaque fois qu’elle retourne avec son agresseur. Combien de fois, au juste ? C’est pas important. 

Mais toutes ces fois-là, Nancy n’a jamais abandonné les plaintes faites à la police contre Jonathan. « Je voulais qu’il assume qu’il m’ait frappée. »

Assez

Nancy a réalisé qu’elle ne sauverait pas Jonathan, donc, mais qu’elle pouvait se sauver elle. Elle a compris que tout ce qu’elle obtiendrait de cet homme-là, ce serait des bleus sur le corps et sur le cœur.

Alors Nancy Boucher a décidé de se battre. Et même si elle a trouvé ça pénible de se frotter au système, elle ne regrette pas d’avoir tenu son bout. 

Malgré les jambettes que lui a faites la justice, malgré la vingtaine de remises, elle l’a fait. Elle est allée jusqu’au bout. Jonathan Blanchet a été condamné. Jonathan Blanchet ira en prison.

Nancy Boucher a tenu à me dire qu’elle a mené cette bataille pour elle, oui, mais aussi pour les autres femmes, celles qui n’ont pas sa chance, qui ne sont pas prêtes ou qui ne peuvent pas dénoncer. Celles qui n’ont pas de voix.

« La seule arme que j’ai, c’est ma parole ». Et elle sait s’en servir. Nancy Boucher n’a plus peur. Elle a repris son pouvoir. « C’est assez de battre les femmes. » Nancy se le répète. Comme un mantra.

Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010 / consultez le https://sosviolenceconjugale.ca/fr  

  • Écoutez l'entrevue de Geneviève Pettersen avec Will Prosper, documentariste et co-instigateur du mouvement #Parleàtesboys, sur QUB radio:    


À VOIR AUSSI: