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Violence : parle à tes « boys » et ça presse!

Manifestation contre violence conjugale
Photo Elsa Iskander Le mouvement naissant « Parle à tes boys » est porteur d’espoir.

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Le 2 avril, des milliers de femmes manifestaient à travers le Québec. « Assez, c’est assez. Pas une de plus ! » était leur cri de ralliement. Leur revendication : que les violences contre les femmes cessent. 

Doit-on rappeler qu’en trois mois seulement, nous en sommes déjà à huit féminicides perpétrés par des conjoints ou ex-conjoints ? Sans compter toutes celles qui, nombreuses, derrière des portes closes, subissent des violences sexuelles, verbales, financières, psychologiques ou autres. 

Cette violence est toujours une histoire de pouvoir, de domination et de contrôle. Jamais une histoire d’amour. Elle sévit dans toutes les classes sociales, tous les âges et toutes les communautés. 

Les femmes la dénoncent. Depuis longtemps. Elles revendiquent un tribunal spécialisé en violences conjugales et sexuelles ; des ressources élargies pour accompagner et protéger les victimes ; l’éducation des garçons à des relations respectueuses et égalitaires, etc. 

On vous entend rarement

Les hommes non violents, eux, on les entend pourtant très rarement. Leur silence ne peut plus durer. C’est une question fondamentale de responsabilisation. En mars, le premier ministre François Legault le notait lui-même.

« J’ai le goût de parler aux hommes, disait-il, d’homme à homme. Il n’y a rien de masculin, il n’y a rien de viril à être violent avec une femme. Au contraire, moi je trouve ça lâche. Toutes nos femmes et nos enfants ont le droit à un milieu sécure. Passons le mot. » 

Sa sortie, historique il faut le dire, a fait des petits. Un groupe d’hommes prend enfin la parole. Fondé par Will Prosper, Thierry Lindor, Ricardo Lamour et Rito Joseph, le mouvement « Parle à tes boys » est né. Le 24 heures couvrait leur première manif tenue tout récemment à Montréal. 

« Les meurtres de ces femmes ont tous un dénominateur commun, des hommes sont les auteurs de ces crimes. Je pense qu’on serait hypocrites de ne pas le dénoncer », lançait Thierry Lindor. 

« La première phase, explique Will Prosper, c’est “Parle à tes boys”. C’est d’amorcer la conversation, de demander s’il a entendu parler des féminicides, qu’est-ce qu’il en pense. » 

Porteurs d’espoir

Sans hésiter non plus à parler en termes de « masculinité toxique », ils demandent aux hommes de se parler entre eux de toutes les formes de violences faites aux femmes. 

On dit que ça prend un village pour élever un enfant. Idem pour contrer cette violence. Ça prend des femmes pour la dénoncer et des hommes, pacifiques et respectueux, pour en parler ouvertement avec leurs pairs qui ne le sont pas.

Les « boys », ce sont leurs fils, mais aussi leur père, grands-pères, cousins, oncles, voisins, collègues, amis. Les boys violents doivent savoir que d’autres boys, non violents, ne les laisseront plus faire. Qu’ils cesseront de se taire.

Il faut avoir subi de la violence verbale ou physique devant d’autres hommes présents, mais muets, pour prendre la pleine mesure de l’immense dommage provoqué par leur silence. Un silence, qu’ils le veuillent ou non, nécessairement complice. 

D’où l’importance majeure du mouvement naissant « Parle à tes boys ». Ces hommes prennent au sérieux leur devoir de solidarité envers les femmes. Ils sont porteurs d’espoir.

Surtout, les gouvernements doivent faire suivre les ressources financières et humaines suffisantes aptes à mieux combattre le fléau de cette violence endémique, pour ne pas dire systémique... 

  • Geneviève Pettersen a reçu Will Prosper sur QUB radio:   

Si vous êtes victime de violence conjugale, contactez SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010 / consultez le https://sosviolenceconjugale.ca/fr