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Craintes identitaires et extrémisme politique

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Photo d’archives, AFP Le 6 janvier dernier, des manifestants pro-Trump ont pris d’assaut le Capitole à Washington.

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Une étude des participants à l’insurrection du 6 janvier dernier au Capitole suggère que, pour certains Américains blancs, la peur de perdre leur position de dominance est un puissant facteur qui pousse à l’extrémisme de droite.

La politique aux États-Unis est devenue un sport extrême. L’insurrection violente au Capitole n’était qu’un épisode d’un courant de radicalisation marqué par la montée d’un conservatisme revanchard et nihiliste, une polarisation partisane à outrance et l’élection d’un populiste autoritaire de droite à la Maison-Blanche en 2016.

Pourquoi cet extrémisme ? Pourquoi cette explosion de violence politique au Capitole ? 

Une étude qui en dit long

Dans une étude dévoilée cette semaine, le politologue Robert Pape, de l’Université de Chicago, analyse les 377 personnes appréhendées suite à l’insurrection qui a provoqué cinq morts le 6 janvier. En examinant leurs caractéristiques socioéconomiques et celles de leurs lieux de résidence, le chercheur croyait accréditer l’hypothèse selon laquelle l’insécurité économique était à l’origine de cette radicalisation. Ce n’est pas ce qu’il a trouvé. 

La majorité des insurgés appréhendés sont des Blancs de classe moyenne et ni ceux-ci ni leurs lieux de provenance ne sont plus éprouvés économiquement que la moyenne. En fait, une majorité vient de comtés qui ont appuyé Joe Biden et, surtout, où le déclin relatif de la majorité blanche anglo-saxonne est plus rapide qu’ailleurs.

Davantage que l’anxiété économique, c’est l’anxiété raciale d’une majorité qui voit sa position dominante lui échapper qui alimenterait l’extrémisme violent.

De l’anxiété à l’extrémisme

Les événements violents sont indissociables d’un courant politique porté par la xénophobie, l’insécurité culturelle et la diabolisation de l’opposant, qui ne rejette pas d’emblée la légitimité de la violence. 

La grande majorité des élus républicains a refusé de reconnaître la responsabilité du président d’alors, qui avait entretenu le mensonge d’une élection volée et sommé ses partisans d’intervenir pour en renverser le résultat. Depuis, la droite banalise l’événement et la moitié des républicains ne croient pas qu’il y ait eu violence au Capitole le 6 janvier.

L’impact de l’anxiété raciale de la majorité blanche sur le Parti républicain explique aussi ses efforts de suppression du vote des minorités ethno-raciales en Géorgie et ailleurs. 

La polarisation de la politique américaine s’explique largement par cette radicalisation d’une droite identitaire qui se croit acculée au pied du mur par des tendances économiques, culturelles et démographiques hors de son contrôle.

Comparaisons inévitables

D’ici quelques décennies, les Blancs non hispanophones seront minoritaires aux États-Unis et leur domination politique se sera étiolée. Cette domination est encore bien présente au Parti républicain, où on exploite à fond les craintes d’une majorité qui se croit vouée à disparaître.

Évidemment, les parallèles avec une réalité bien de chez nous sont tentants. Malgré ce qu’en disent certains analystes bien-pensants, toutefois, les craintes identitaires légitimes des Québécois francophones sont loin d’avoir mené au genre de radicalisation politique malsaine qui s’est emparé de la droite américaine. C’est pour éviter ce genre de déraillement qu’il faut garder l’œil sur ce qui cloche chez nos voisins.