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Qui appuierait vraiment une grève des profs ?

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Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, tout est à refaire ou presque.

Nous combattons de nouveaux virus plus contagieux que celui de l’an dernier. 

Nous ne savons rien de l’efficacité des vaccins disponibles sur eux.

Les soins intensifs sont maintenant remplis de jeunes gens vigoureux qui se croyaient à l’abri. 

Le gouvernement Legault recule sur les mesures de déconfinement.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

Frustrés

Ne laissons pas le retour du beau temps nous bercer d’illusions.

Les commerces sont à genoux. Les finances publiques sont dans le rouge sang. 

La violence conjugale, l’échec scolaire, la dépression explosent.

L’enseignement en ligne ou partiellement en classe va se poursuivre.

Les nouvelles de l’étranger, toujours annonciatrices de ce qui nous attend, sont très mauvaises.

Bref, si l’on regarde les faits au lieu d’écouter nos souhaits, nous sommes très loin d’être sortis du bois.

C’est pourtant dans ce contexte que se prépare une grève générale, sans doute illimitée, des enseignants, du primaire jusqu’au collégial, affiliés aux syndicats les plus importants.

Les mandats de grève tombent les uns après les autres et sont obtenus avec des majorités écrasantes.

Cela semble inarrêtable.

Je comprends leur frustration : ils sont sans contrat de travail depuis plus d’un an, œuvrent dans des conditions difficiles, attendent un rattrapage salarial justifié, et constatent que les négociations piétinent.

Mais une grève est-elle le bon geste à poser dans le contexte actuel ?

Qui va appuyer cette grève en dehors du milieu syndical ? Même Québec solidaire va être gêné.

Pendant des années, les gouvernements ont imposé par décret les conditions de travail, sans véritables négociations, dans l’indifférence de la population.

Dans le contexte actuel, comment pensez-vous que cette dernière va réagir ?

Elle aura zéro patience, zéro sympathie, mais plutôt de l’impatience, voire de la hargne.

Le gouvernement a l’entièreté du bâton entre les mains, pas seulement le gros bout.

Il pourrait taper sur les profs à coups redoublés que l’opinion publique n’y verrait aucun problème.

Heureusement, ce gouvernement n’a rien d’un matamore.

Du point de vue syndical, le rapport de force est absolument, totalement inexistant. 

Je soupçonne aussi que les majorités écrasantes obtenues en faveur de la grève cachent une ardeur et une mobilisation fragiles. 

J’ai un ami, de gauche depuis toujours, qui me confiait que, pour la première fois de sa vie, il votera non à la grève.

Danger

On aurait tort de croire que mon opinion s’expliquerait par mon supposé « droitisme » : un syndicalisme crédible est essentiel dans une société saine et démocratique.

Il s’en trouvera pour dire que le contexte actuel justifie au contraire la grève au nom du « qu’avons-nous à perdre ? »

Je cherche un seul exemple d’un baroud d’honneur qui ait rapporté quelque chose.

Pire encore, vu le contexte actuel, sans aucun précédent historique, où tous sont appelés à supporter d’immenses frustrations, les syndiqués vont se faire remettre sous le nez cette grève pendant des années. 

Ils jouent gros, très gros. 

Mesdames et messieurs les profs, y avez-vous vraiment pensé ?