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La difficile tâche d’Erin O’Toole

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Photo Agence QMI, Joel Lemay Erin O’Toole

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Pour obtenir le pouvoir dans le Dominion, le Parti conservateur a toujours eu une tâche ingrate : créer une alliance entre des tendances qui, tels des aimants, se repoussent.

Erin O’Toole n’y échappe évidemment pas. Mercredi soir, mon vieux téléphone filaire sonna (de plus en plus rare).

J’entendis à l’autre bout du fil la voix enregistrée de Richard Martel du PC. Il m’enjoignait de rester en ligne de ce « téléforum » parce que je pourrais bientôt écouter le chef Erin O’Toole en direct. Et même lui poser des questions ! « Des milliers de Québécois de la Capitale », prétendument, écoutaient.

Ce n’était pas bidon. En une heure, O’Toole présentait son programme, fustigeait le gouvernement et répondait à au moins cinq questions des auditeurs au téléphone. (À QUB hier, l’animateur du téléforum, l’ancien député conservateur Alupa Clarke, a précisé que l’exercice était financé par la Chambre des communes comme une activité de l’opposition officielle.)

  • Écoutez Alupa Clarke, ex-député conservateur de Beauport-Limoilou, sur QUB radio:

J’ai appuyé sur « étoile et 3 » pour indiquer que je voulais m’adresser à M. O’Toole. Il a répondu à deux de mes questions : il n’a pas abandonné l’idée d’une déclaration de revenus unique réclamée par François Legault. Et a promis de ne pas éliminer, comme Stephen Harper l’avait fait, les crédits d’impôt des fonds de travailleurs FTQ et CSN : « Les syndicats doivent être des partenaires de la relance », insista O’Toole.

À une dame qui souhaitait savoir s’il allait défendre le français, O’Toole a rappelé qu’il s’était engagé à appliquer la loi 101 aux entreprises à charte fédérale.

Autrement dit, son discours était plutôt adapté aux positions québécoises nationalistes majoritaires.

Deux conservatismes

La difficulté sera de lier ces positions à celle des courants conservateurs du ROC.

Il y a certes quelque chose de « conservateur » dans le nationalisme québécois. Sean Speer, dans le National Post, le soulignait récemment, en se basant sur les thèses de Carl Vallée, ancien collaborateur de Harper.

L’ennui, c’est que ce n’est pas vraiment le même « conservatisme » : l’un et l’autre ne s’entendent pas au sujet des rapports entre État et religions. Le Québec veut aussi conserver... son progressisme, son État providence.

Cette difficulté traverse l’histoire des « bleus ». En 1965, le philosophe canadien-anglais George Grant, dans son célèbre essai, Lament for a Nation, en exposait une interprétation fascinante.

Selon lui, le Canada aurait pu devenir une alliance entre les descendants des deux grandes nations européennes (britannique et française) qui auraient résisté ensemble à l’invasion de la culture et de l’esprit américains. Il soulignait que la défaite de John Diefenbaker en 1962 avait déjà tué cette possibilité.

Dans les années 1980, Brian Mulroney réussit à bâtir une alliance entre nationalistes québécois et bleus du centre et de l’ouest au sein du Parti progressiste-conservateur.

Celle-ci éclata de 1990 à 1993, l’ouest se donnant un Parti de la réforme, et le Québec, le Bloc québécois.

En prenant ses distances avec la droite religieuse, en accédant aux demandes du nationalisme caquiste et en se recentrant économiquement, O’Toole semble vouloir recréer ce « progressisme conservateur » d’antan.

S’il échoue, il donnera peut-être un nouveau sens à une célèbre phrase de Grant : « L’impossibilité du conservatisme à notre époque, c’est l’impossibilité du Canada. »