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Le gouvernement fédéral accusé de bloquer le travail au champ

Ottawa impose aux fermiers sa firme de tests obligatoires made in Ontario

GEN - STÉPHANE LEMIEUX PDG DES SERRES ROYALES
Photo Martin Alarie Stéphane Lemieux, copropriétaire des Serres Royales à Saint-Jérôme, saisit mal pourquoi il doit patienter un bon trois semaines avant de pouvoir envoyer ses travailleurs dans les champs, alors que le Québec dispose de tests de dépistage de la COVID-19.

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Des agriculteurs québécois forcés de faire tester leurs travailleurs étrangers par une firme de Toronto choisie par le fédéral dénoncent ce « bordel », qui leur fait perdre temps et argent en pandémie.

« Le test au dixième jour, c’est le bordel. Ça ne fonctionne pas. Le gouvernement fédéral s’entête à faire affaire avec Switch Health », déplore Jocelyn St-Denis, directeur général de l’Association des producteurs maraîchers du Québec (APMQ).

Alors que les fermiers doivent commencer à semer, plusieurs disent être incapables de les envoyer dans les champs en raison de ce casse-tête.

« Souvent l’infirmière à l’autre bout de l’écran ne parle pas espagnol. C’est difficile d’avoir un rendez-vous. Les lignes sont pleines », poursuit-M. St-Denis.

Pour Stéphane Lemieux, copropriétaire des Serres Royales de six hectares à Saint-Jérôme, la bureaucratie est carrément absurde. « Ce n’est pas viable. En plus de payer une quarantaine de deux semaines à rester dans les maisons, on est rendu à trois semaines. Il y a des tests COVID au coin de la rue », ajoute-t-il.

« On a l’impression que le Canada est une équipe de pee-wee. On n’est pas capable d’avoir les résultats en 24 heures, ça prend 10 jours. Ce n’est ni en français ni en espagnol. C’est juste en anglais », soupire Charles-Félix Ross, directeur général de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

inondé d’appels

Même Michel Pilon, coordonnateur du Réseau d’aide aux travailleuses et travailleurs migrants agricoles du Québec (RATTMAQ), dit être inondé d’appels inhabituels de patrons, qui ne savent plus à quel saint se vouer.

« J’ai quatre intervenants à plein temps là-dessus. On reçoit près de 120 appels de travailleurs par jour. J’en reçois d’employeurs », illustre-t-il.

Hier, Switch Health a décliné notre demande d’entrevue. Son porte-parole, Jordan Paquet, s’est défendu par courriel en pointant le flot élevé de tests.

« Nous comprenons que le volume élevé de demandes entraîne des retards dans l’obtention des résultats de tests et nous travaillons avec diligence pour améliorer notre processus et la rapidité avec laquelle nous fournissons les résultats », a-t-il indiqué.

À Québec, le cabinet du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), André Lamontagne, a rappelé que le dépistage « relève de l’Agence de santé publique du Canada (ASPC) ».

Au cabinet de la ministre de la Santé, Patty Hajdu, on a sermonné la firme.

« Il est inacceptable que l’entreprise Switch Health ne soit pas en mesure de respecter ses obligations d’offrir à ceux et celles qui traversent la frontière des services dans la langue de leur choix », a prévenu son attaché Cole Davidson.

« Les équipes de l’Agence de santé du Canada sont en contact avec l’entreprise pour que la situation soit corrigée et que les délais plus longs que prévu pour obtenir les résultats aux tests soient réduits », a-t-il conclu.