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Pandémie : un autre rapport sans contenu

Commission Charbonneau
Photos d’archives, Pierre-Paul Poulin et courtoisie, Conseil des académies canadiennes France Charbonneau (à gauche) et Joanne Castonguay (à droite). Deux enquêtes, deux réalités très différentes.

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La commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, a pondu un premier rapport cette semaine. Ceux qui pensaient qu’on aurait droit à une analyse objective de la gestion de la pandémie ont été amèrement déçus.

À la place, la commissaire a partagé des « témoignages » de Québécois ! 

Rappelons que lorsque Jean Charest était dans les câbles à propos de la corruption dans le domaine de la construction au Québec, il avait d’abord essayé de limiter le mandat de la commissaire Charbonneau. 

Devant le tollé de l’opposition et les réticences de la juge Charbonneau elle-même, Charest n’avait eu d’autre choix que d’accepter de lui donner les pleins pouvoirs, y compris la possibilité de contraindre des témoins. 

Ainsi équipée pour remplir son mandat aux termes de la loi qui gouverne les commissions d’enquête, la juge Charbonneau a pu exposer au grand jour les acteurs principaux d’un réseau complexe de corruption qui gangrenait le Québec. 

DES RAPPORTS TRONQUÉS

Ce n’est pas la première fois depuis le début de la pandémie qu’on a droit à un rapport à portée limitée. 

Déjà, des ordres professionnels, notamment le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières, avaient analysé le travail de leurs membres dans le cas tristement célèbre de la résidence Herron où plusieurs douzaines de résidents sont morts dans leurs couches souillées, dans des circonstances horribles de faim et de déshydratation. 

Or, ils ont très peu trouvé à reprocher à leurs membres dans cette honte nationale...

Le coroner a bien tenté d’amorcer sa propre enquête sur la résidence Herron, mais les inévitables manœuvres dilatoires (pour préserver les droits des propriétaires) ont commencé, et l’analyse de ce cas abyssal a dû être reportée.

SENTINELLES DE LA DÉMOCRATIE

François Legault a eu jusqu’ici la vie facile avec les principaux chiens de garde de notre démocratie que sont les partis d’opposition et la Tribune de la presse. 

Ça sied bien à son petit côté autoritaire, qui supporte mal d’être questionné, que Legault puisse continuer de convoquer les médias jour après jour sans craindre d’être importuné par des questions embarrassantes concernant son administration. 

Il livre ses lignes sans entraves et peut en ajouter sur sa bonne gouverne ou des sujets d’actualité. 

C’est un bar ouvert sans précédent. 

Les partis d’opposition, par contre, ont pour la première fois l’occasion d’insister et de se coordonner pour qu’il y ait une véritable enquête sur la débâcle de la gestion des CHSLD lors de la pandémie. 

FAIRE TOUTE LA LUMIÈRE

Ça n’enlève rien aux qualités de Mme Castonguay de dire en toute simplicité que l’institution qu’elle représente n’a ni l’autonomie, ni l’indépendance, ni l’autorité pour exiger une reddition de comptes au gouvernement. 

Elle fait partie du gouvernement. 

Depuis le début de la pandémie, le Dr Arruda, les ministres McCann, Blais et d’autres ténors du gouvernement ont prétendu, faussement, que le Québec s’était imposé la même règle que d’autres provinces pour interdire aux travailleurs du réseau de se promener d’un centre à un autre. 

C’était une source majeure et connue de propagation du virus et le Québec a continué de la tolérer. 

Voilà un exemple de ce qui doit faire l’objet d’une vraie analyse indépendante. 

Les Québécois et, surtout, les familles et proches des milliers d’êtres humains morts dans des conditions atroces méritent que toute la lumière soit faite.

Ça suffit, les simulacres d’enquête.