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Pris en otage par Transports Québec

Des éleveurs de bovins craignent pour la survie de leurs bêtes en raison de ponts en piteux état

Producteurs de bovins
Photo courtoisie Les producteurs agricoles Geneviève et Éric Migneault ne peuvent plus faire venir la nourriture pour leurs troupeaux à cause des limitations sur les deux ponts qui entourent leurs terres.

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Des producteurs agricoles de l’Abitibi craignent pour leur millier de bovins, qui n’auront plus rien à manger d’ici la fin du mois de mai parce qu’ils sont coincés entre deux ponts négligés par Transports Québec. 

«On est à un point critique pour la santé de nos animaux et la survie de nos entreprises. On est découragés. Ça ne peut plus continuer», soupire Geneviève Migneault, productrice de bovins et de céréales biologiques. 

Enclavées entre deux ponts, les entreprises familiales de la productrice agricole et de son petit cousin, Éric Migneault, ne peuvent plus importer ou exporter de ressources depuis le début du mois de mars. 

Le fait est que, sans crier gare, le ministère des Transports du Québec (MTQ) a imposé une limite de cinq tonnes au seul pont qui leur permettait encore de transporter des marchandises jusqu’à leurs terres, situées sur le rang des Ponts, à Rouyn-Noranda. 

Le ponceau sur le rang des Ponts.
Photo courtoisie
Le ponceau sur le rang des Ponts.

Et de l’autre côté de leurs terres, le pont qui surplombe la rivière Kinojévis est limité à 20 tonnes depuis déjà quelques années à cause de son état de détérioration avancé. Le problème, c’est que les camions utilisés pour l’approvisionnement en pèsent déjà 18, avant même d’être chargés. 

«On ne peut pas faire entrer de grains, de maïs, d’engrais ou même d’essence pour faire rouler nos machines. On ne peut pas non plus faire sortir nos animaux. Ça nous limite dans les deux sens», déplore M. Migneault, découragé. 

1500 bêtes à nourrir

À eux deux, les importants producteurs de bovins ont près de 1500 bêtes à nourrir annuellement. Pour assurer au bétail un bon apport en énergie, il faut lui fournir une alimentation équilibrée, composée entre autres de maïs et de foin. 

Mais sans livraison de maïs, les réserves de foin diminuent plus rapidement, à tel point que les producteurs craignent de manquer de nourriture pour leurs troupeaux dès la fin du mois de mai. 

«On essaie de prier pour que le foin pousse plus vite, lâche Mme Migneault. C’est sûr que leur santé va se détériorer. C’est leur survie qui va être en jeu.»

Arrêtés pendant deux ans

Les deux cousins n’arrivent pas à croire que le ponceau de «maximum 20 pieds» passant au-dessus d’un ruisseau cause autant de problèmes.

Les réparations temporaires qui débuteront cet été ne leur permettront toujours pas de fonctionner normalement, puisque les passages seront limités à 30 tonnes. 

«Ils vont devoir y aller avec des voyages plus légers. C’est la solution qu’on a trouvée en attendant», indique de bonne foi Luc Adam, conseiller en communication pour Transports Québec.

Les réparations complètes devraient débuter en octobre 2022, soufflent néanmoins les producteurs, abasourdis. «Ces délais-là, ça veut dire qu’on ne pourra plus rien faire cette année», souligne Mme Migneault.

Ce n’est pas que la survie de leur bétail qui est en jeu, mais aussi celle de leurs entreprises, fondées par leurs grands-pères respectifs. 

«Ça affecte les revenus, ça affecte tout. Ça fait des années qu’on travaille. On s’est tout équipés pour ne pas avoir de stress», conclut son cousin.

Un enjeu répandu chez les producteurs agricoles  

Les entreprises de la famille Migneault sont loin d’être les seules à pâtir du mauvais entretien des ponts dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue, indique l’Union des producteurs agricoles.

«Le gouvernement a eu un désinvestissement vis-à-vis de ses structures. C’est à lui, les ponts, et j’ai l’impression qu’une bonne partie de l’argent du budget est allée vers les grands centres», soupire Pascal Rheault, président de la fédération régionale de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Actuellement, seulement 30,1% des structures municipales de l’Abitibi-Témiscamingue sont considérées «en bon état» par Transports Québec. Selon l’UPA, plus de 160 ponts ont une limite de charge dans la même région. 

«Il y a beaucoup d’entreprises qui dépensent énormément d’argent pour faire des détours à cause de ponts en fin de vie un peu partout», poursuit M. Rheault. 

Responsabilités

Il estime que ce n’est pas aux entreprises de trouver des solutions, mais bien au MTQ de prendre ses responsabilités. 

«C’est déplorable et ça ne fait pas de sens, que des entreprises soient prises en otage par des infrastructures que le ministère n’a pas mises à jour, s’exclame-t-il. Ça va engendrer des milliers de dollars de perte pour eux, et ce n’est pas de leur faute.»

Bien au fait de la situation de la famille Migneault (voir texte ci-contre), le conseiller en communication pour Transports Québec Luc Adam explique avoir tenté de trouver des solutions, envisageant même de construire un nouveau pont. 

«Mais on ne peut pas construire à l’extérieur de notre emprise routière très rapidement», tempère-t-il. 

«On vit un problème et on ne le nie pas. En Abitibi, on est en bas des moyennes provinciales et on a du rattrapage à faire, parce qu’on a beaucoup de ponts en fin de vie qu’il faut reconstruire», explique M. Adam. 

Il explique que ce n’est «pas nécessairement une question d’argent, mais plutôt de ressources», puisqu’il est difficile d’attirer des ingénieurs ou de la main-d’œuvre en région.