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10 arguments pour le cégep français

Devanture Collège Dawson
Photo d’archives, Ben Pelosse

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Les jeunes francophones se ruent vers les cégeps anglophones, premier palier d’enseignement auquel la loi 101 ne s’applique pas.

Les chiffres sont hallucinants. 

Devant la situation, des voix nombreuses s’élèvent pour demander d’assujettir les cégeps à la loi 101.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

Jean-François Lisée soutient plutôt que retirer les francophones des cégeps anglophones isolerait encore plus les anglophones du reste du Québec.

Très audacieux, il propose plutôt de franciser tous les cégeps du Québec sur un horizon de 10 ans.

Je n’ai ni la prétention ni l’espace pour trancher entre ces deux avenues, mais je sais que le gouvernement Legault doit impérativement s’attaquer à cette question des cégeps.

Voici pourquoi :

1. Il est évidemment souhaitable que les jeunes francophones parlent anglais, mais ils ne vont pas au cégep anglophone pour apprendre cette langue. Ceux qui y vont la parlent déjà.

2. Beaucoup parmi eux iront ensuite à l’université en anglais et disent carrément vouloir travailler et vivre en anglais. Le cégep anglophone pour les francophones est souvent la première étape d’un processus d’anglicisation proche de l’assimilation.

3. C’est une illusion de croire, comme on l’entend souvent, qu’il n’y a pas de problème si l’on garde la capacité de parler français. Une langue qui disparaît progressivement des études supérieures et du marché de l’emploi est une langue qui se marginalise, qui se folklorise, et qui finit par ressembler, comme le notait un professeur de cégep dans un texte à paraître, à un « vieil outil rouillé » oublié dans le fond du cabanon.

4. Le taux de bilinguisme des jeunes francophones est déjà un des plus élevés au monde et ne cesse de croître. Si on estime que l’anglais devrait être non seulement parlé, mais mieux parlé, ce sont les 11 années de primaire et de secondaire qu’il faudrait revisiter.

5. Prises de panique devant l’hémorragie, les directions des cégeps francophones, au lieu de lutter, multiplient les parcours intégralement bilingues ! Elles aggravent le problème ! « If you can’t beat them, join them ». Lâche et pathétique.

6. Dans ce contexte, le financement public des cégeps anglophones au niveau actuel, énormément supérieur au poids historique de la communauté anglophone, revient à subventionner notre propre suicide culturel.

7. On dira que les jeunes francophones et l’élite anglophone seront contre cette restriction de l’accès aux cégeps anglophones. Ils seront contre n’importe quelle mesure contraignante de toute façon. Au nom de quel principe supérieur faudrait-il forcément leur faire plaisir ?

8. Ce serait une mesure radicale ? Pas plus que ne le fut la loi 101 à l’origine.

9. Il est inadmissible de restreindre les libertés individuelles ? Depuis quand celles-ci devraient toujours et partout primer ? Une loi est porteuse de règles et toute règle est, par définition, une contrainte. La question est de savoir si la situation le justifie.

10. Quand même Ottawa s’émeut du recul du français au Québec, c’est bien la preuve que l’heure est grave. Il faut des mesures structurelles et non de surface.