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Barrages routiers: des pourvoiries veulent être compensées

De nombreux chasseurs ont été bloqués par les barrages dans la réserve faunique La Vérendrye

Pourvoirie Domaine Shannon
Photo courtoisie La pourvoirie Domaine Shannon.

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Des propriétaires de pourvoiries réclament d’être indemnisés par Québec pour la chute de leur chiffre d’affaires de l’automne dernier, lorsque des militants autochtones ont bloqué les routes pour exiger un moratoire sur la chasse à l’orignal dans la réserve faunique La Vérendrye. Certains craignent la faillite. 

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« L’an dernier, on a reçu environ le tiers de nos chasseurs habituels pour la chasse à l’orignal », raconte Jessica Owens, copropriétaire de la pourvoirie Pavillon Richer, au nord de la réserve. 

Les barrages routiers, érigés par des militants algonquins pour réclamer un moratoire sur la chasse à l’orignal, ont empêché les clients d’accéder au Pavillon Richer. 

Les autochtones visaient la réserve, mais les pourvoiries avoisinantes sont devenues des victimes collatérales. 

Avec la pandémie, qui avait déjà bousillé la saison de chasse à l’ours et de pêche au printemps, la chute considérable de clients à l’automne a fait mal à la pourvoirie. Rachetée il y a huit ans, l’entreprise commençait à prendre son rythme de croisière. 

« Ç’a été un coup dur. Ç’a mis notre entreprise dans une situation assez précaire », confie Jessica Owens. 

Responsabilité du gouvernement

Copropriétaire de la pourvoirie Pavillon Richer, Jessica Owens affirme avoir accueilli environ le tiers des clients habituels pour la chasse à l’orignal l’automne dernier.
Photo courtoisie
Copropriétaire de la pourvoirie Pavillon Richer, Jessica Owens affirme avoir accueilli environ le tiers des clients habituels pour la chasse à l’orignal l’automne dernier.

Mme Owens n’est pas la seule touchée. Au total, 16 pourvoiries de la région réclament un peu moins de 600 000 $ pour leur saison perdue. Trois d’entre elles se disent les plus durement affectées et réclament la part du lion : 120 000 $ pour le Pavillon Richer, 100 000 $ pour le Pavillon Wapus et 137 000 $ pour le Domaine Shannon. 

Selon le président de l'Association des pourvoiries de l'Outaouais (et copropriétaire du Domaine Shannon), Québec promet une aide financière depuis l’automne dernier, mais aucune annonce officielle n’a encore suivi. 

« On ne parle pas de sommes astronomiques, souligne Serge Danis. Mais il y a certaines pourvoiries qui pourraient disparaître de la carte à cause de ça. » 

En entrevue avec notre Bureau parlementaire la semaine dernière, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, affirmait que Québec était en partie responsable des barrages autochtones parce que « souvent, le moment où on les écoute, c’est quand ça arrive ».  

« Si le gouvernement reconnaît sa responsabilité, il serait peut-être logique qu’il nous rembourse nos pertes financières », dit Serge Danis. 

D’autant plus que la crise couvait depuis au moins un an : l’année précédente, les militants autochtones avaient distribué des tracts pour dénoncer la diminution du cheptel. « Si le gouvernement avait écouté tout de suite, on aurait peut-être évité cette crise-là », estime Jessica Owens. 

Impact à long terme

La pourvoirie Pavillon Wapus.
Photo courtoisie
La pourvoirie Pavillon Wapus.

Et l’impact se fera encore sentir cette année. Sophie Rousseau, copropriétaire du Pavillon Wapus, est sûre que ses clients réguliers reviendront. 

Mais ceux qui devaient essayer sa réserve pour une première l’an dernier ont été échaudés et craignent d’être à nouveau bloqués par une nouvelle crise. « Ils me disent : ce n’est pas qu’on ne veut pas essayer ta place, mais on n’a plus confiance », explique Mme Rousseau. 

« Le gouvernement a payé des millions pour qu’il n’arrive rien durant la crise, je ne peux pas croire qu’il ne pourra pas trouver, dans un fond de tiroir, les fonds pour prendre sa responsabilité et nous rembourser », dit Sophie Rousseau. 

La semaine dernière, Québec a conclu une entente de principe pour suspendre la chasse à l’orignal dans la réserve faunique La Vérendrye pour au moins une année, comme le réclamaient les militants algonquins. 

La mesure ne concerne pas les pourvoiries de la région et Québec refuse pour le moment de dire si le moratoire s’appliquera également aux autochtones. 

Au cabinet du ministre de la Faune, Pierre Dufour, on se dit « sensibles à l’importance du rôle des pourvoyeurs du Québec, dont ceux localisés en Outaouais ». Mais « en ce qui concerne les négociations entre les Algonquins et le gouvernement du Québec, le tout se poursuit et pour cette raison, nous ne ferons pas d’autres commentaires ». 

La crise en bref   

  • Des militants algonquins ont érigé des barrages routiers dans la réserve faunique La Vérendrye l’automne dernier.   
  • Ils s’opposaient à la chasse sportive à l’orignal.   
  • Des situations tendues entre chasseurs et militants autochtones, dont de l’intimidation, ont été rapportées.   
  • Québec a conclu une entente de principe avec les chefs algonquins la semaine dernière.   
  • Celle-ci porte sur quatre années, dont un moratoire sur la chasse à l’orignal d’au moins un an dans la réserve faunique.   
  • Les détails de l’entente seront connus après le 15 avril, une fois l’accord entériné.   

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