/finance/business
Navigation

Entrevue: Hydro-Québec entend continuer de se battre pour le marché américain

Ses adversaires sont «riches» et ne lâcheront pas le morceau, prévient sa PDG

Sophie Brochu
Photo d’archives Sophie Brochu, présidente et cheffe de la direction d’Hydro-Québec, lors d’une annonce du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonathan Julien, concernant les tarifs d’électricité pour les serres, à Québec, en juillet 2020.

Coup d'oeil sur cet article

Malgré la forte opposition à laquelle elle continue de faire face, Hydro-Québec n’a aucune intention de cesser de se battre pour défendre son droit de desservir le marché américain.

• À lire aussi: Les Québécois pourront s’envoler pour le Nord cet été

En entrevue avec Le Journal, la présidente et cheffe de la direction de la société d’État, Sophie Brochu, s’est montrée catégorique sur le sujet. 

« C’est un parcours du combattant. Ce n’est pas facile. Mais on continue, absolument », a-t-elle tranché lorsque questionnée sur la possibilité que la société puisse un jour considérer de battre en retraite devant tant d’obstacles. 

Hydro-Québec, qui souhaite exporter son électricité aux États-Unis, se bute depuis des années à l’opposition féroce de mouvements et groupes, soutenus selon elle par l’industrie de l’électricité américaine, produite à partir d’énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole). 

Récemment, sept communautés autochtones, des États-Unis et du Québec, ont fait front commun pour demander au président Joe Biden de retirer à Hydro-Québec les autorisations que lui avait accordées l’administration Trump quelques jours seulement avant son départ de la Maison-Blanche. C’était là l’un des derniers chapitres de cette guerre, qui dure et a déjà coûté des millions de dollars à chacun des partis.

La fin du monde

Qu’à cela ne tienne, Sophie Brochu n’a aucune intention de baisser les bras. 

« C’est malheureux, ça coûte des sous, mais on ne peut pas se laisser attaquer comme ils le font sans se défendre », dit-elle, convaincue que le combat dans lequel Hydro est engagée continue d’en valoir la peine.

« Écoutez, on fait face à une industrie — celle de l’énergie fossile — qui ne lâche pas le morceau [...]. Ce sont des gens qui réalisent qu’ils ont un modèle d’affaires qui a la destinée d’un iceberg qui dérive vers la mer du Sud. Et comme c’est pour eux la fin du monde, ils font tout pour nous nuire »

« Mais à partir du moment où le Massachusetts et le Maine nous disent qu’ils veulent de l’électricité propre, qu’Hydro-Québec remporte les appels d’offres, passe à travers tout le processus et parvient à obtenir tous les permis requis, ce n’est pas parce qu’il y a des entreprises au Texas qui décident que ça ne fait pas leur affaire que nous autres, on va reculer »

Au-delà des frontières

L’ancienne présidente d’Énergir (ex-Gaz Métro) se dit d’autant plus motivée à poursuivre le combat qu’elle y voit un intérêt supérieur pour le Québec. 

« Parce qu’au-delà du contrat commercial que nous avons, il y a l’air qu’on respire. Or, il se trouve que l’air que nous respirons tous ne s’arrête pas à la frontière du Canada et des États-Unis. Et au sud de chez nous, il y a des gens qui produisent de l’électricité avec de l’énergie fossile qui répand des polluants. Comme nous vivons dans la même région du monde... les risques sont grands pour que nous les respirions aussi. »

Cela dit, même convaincue, la PDG d’Hydro ne se fait pas d’illusions. « Ils sont riches. Ils sont “tannants”. Et l’électricité va couler du Québec jusqu’au Massachusetts, qu’ils vont quand même continuer d’essayer de nous arrêter. »

La société d’État veut soutenir les rêves des Québécois  

Avec l’espoir de « se rapprocher encore plus des Québécois », Hydro-Québec prévoit d’investir près de trois millions de dollars dans une nouvelle campagne qui prendra la forme de consultations publiques.

Baptisée « Énergie en commun », l’initiative cherchera à convier la population à un vaste exercice de réflexion collective en lien avec l’électrification.  

« On sent un désir ardent des Québécois de se projeter dans le futur et de se voir contribuer au développement d’une économie verte et à la réduction des gaz à effet de serre », a expliqué la présidente d’Hydro-Québec, Sophie Brochu. 

« On veut connaître leurs rêves, leurs idées. On veut que les Québécois nous disent ce qu’Hydro-Québec peut faire pour le Québec. Au lieu de deviner les Québécois, on veut soutenir leurs rêves. »  

L’initiative sera lancée lundi et sera financée à même les budgets publicitaires courants de la société. Elle n’aura, assure sa PDG, aucune incidence sur les tarifs d’électricité


Question : Après nous avoir longtemps vanté ses surplus d’électricité, Hydro nous parle maintenant de plus en plus du risque d’en manquer. Est-ce que vos prédécesseurs ont failli à leur devoir de prévision ?

Je ne dirais pas ça. C’est davantage le contexte de la demande qui a évolué. La réalité est que l’offre n’a pas tellement changé au cours des dernières années, sachant que les différentes phases de La Romaine arriveraient en service. Mais le faisceau de la demande, lui, a changé. Et ce autant chez nous qu’aux États-Unis. 

Donc le marché est plus porteur qu’il ne l’était avant. Cela dit, le feu n’est pas pris, mais notre boulot est de nous assurer que nous aurons l’énergie et la capacité dont on a besoin. Et plus tôt on le fait, plus tôt on sera en mesure d’identifier les coûts et de nous assurer qu’ils auront le moins d’impact possible sur nos tarifs.

Des Nations autochtones du Québec, du Labrador et des États-Unis prennent périodiquement position contre vos projets. Qu’en pensez-vous ?

Les communautés autochtones ne seront jamais des adversaires, des gens que l’on combat. Jamais, jamais, jamais. Je ne suis pas là-dedans, et Hydro-Québec non plus. Ils évoquent des préoccupations et ils le font en toute légitimité. Je n’ai aucun problème avec ça. Tout le monde peut s’exprimer.

À VOIR AUSSI | 7 choses à savoir sur : l’internet par satellite