/weekend
Navigation

Les jeux de l’amour et du hasard

Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait
Photo courtoisie Julia Piaton, le Franco-Québécois Niels Schneider et Jenna Thiam dans une scène du film Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait.

Coup d'oeil sur cet article

Avec son nouveau film, Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, le réalisateur français Emmanuel Mouret poursuit son exploration du sentiment amoureux en relatant les destins croisés de plusieurs personnages qui se font continuellement prendre au piège par leurs propres désirs. Le Journal s’est entretenu avec le cinéaste.

On a souvent comparé son cinéma à celui d’Éric Rohmer. Ou encore à celui de Woody Allen. Emmanuel Mouret, lui, évoque l’Américain Noah Baumbach (Frances Ha, Greenberg) et le Sud-Coréen Hong Sang-soo (La Femme qui s’est enfuie) quand on lui demande de nommer des cinéastes contemporains qu’il apprécie. 

Il reste que, depuis la sortie de son premier film, Laissons Lucie faire !, en 2000, Emmanuel Mouret (L’Art d’aimer, Changement d’adresse) est toujours demeuré fidèle à un style bien à lui, avec sa façon ludique et candide de mettre en scène des chassés-croisés amoureux.

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, son 10e et nouveau film, n’y fait pas exception. On y suit le personnage de Maxime (joué par le Franco-Québécois Niels Schneider), un jeune écrivain parisien qui se rend en Provence pour passer quelques jours chez son cousin François (Vincent Macaigne). 

Mais puisque François a dû s’absenter à la dernière minute à cause du travail, c’est la copine de celui-ci, Daphné (Camélia Jordana), qui accueille Maxime à la maison de campagne. Timides et distants au début, Maxime et Daphné finiront par passer de longues journées ensemble à se raconter leurs mésaventures amoureuses récentes. 

Désirs contradictoires

Comme dans tous les films d’Emmanuel Mouret, les personnages des Choses qu’on dit, les choses qu’on fait surprennent par leur candeur et leur bonne volonté. La plupart d’entre eux commettent des gestes d’infidélité, mais ils ne le font jamais par méchanceté ou par mauvaise foi. 

« Ce que je trouve fascinant dans ces personnages, c’est leur façon de se retrouver dans des situations compliquées malgré leur bonne volonté », expliquait d’ailleurs Emmanuel Mouret dans une entrevue accordée par visioconférence au Journal, en janvier dernier.

« D’un côté, ils veulent être fidèles à leurs désirs et aux sentiments qu’ils éprouvent. Mais en même temps, ils ont aussi le désir d’être des gens bien et de ne faire de mal à personne. Ils font donc face à un enjeu de dignité. Et c’est cette tension entre ces deux désirs que je trouve intéressante, exactement comme dans les films de mafia où un gangster se retrouve soudainement à devoir tuer une personne qu’il aime. À l’image de ce gangster, les personnages de mes films sont souvent pris dans un tourment entre deux désirs contradictoires. »

L’influence de Diderot

Comme pour son film précédent (Mademoiselle de Joncquières), Emmanuel Mouret s’est inspiré du récit philosophique Jacques le Fataliste et son maître, de Denis Diderot, pour écrire le scénario des Choses qu’on dit, les choses qu’on fait. Le cinéaste de 50 ans révèle avoir notamment emprunté à Diderot « sa façon de sauter d’un récit à l’autre et d’ouvrir des parenthèses ». 

« Ce que je trouve merveilleux dans l’écriture des dialogues au cinéma, c’est cette possibilité de faire coexister des opinions et des points de vue différents sans avoir à conclure quelque chose », observe Emmanuel Mouret.

« En tant que spectateur, on peut être dans une certaine forme de suspension du jugement. J’aime beaucoup penser que le cinéma est un lieu où on peut être autorisé à douter. Quand on lit un journal ou qu’on regarde les infos à la télévision, on va nous donner des opinions ou nous dire ce qu’il faut penser sur les choses. Or, un film a la liberté de ne pas dire ce qu’il faut penser. Quand je pense aux grands auteurs de cinéma que j’admire, c’est cela qui ressort de leur œuvre : cette façon de percevoir le monde dans sa complexité et d’y trouver malgré tout une certaine beauté. »


Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait prend l’affiche le 16 avril.