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Papa n’a pas toujours raison

Trois solutions pour passer à travers la troisième vague

Papa n’a pas toujours raison
Photo d'archives, Agence QMI

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De « ça va bien aller » au « contrat moral » en passant par le « défi 28 jours » et « avril, le mois de tous les dangers », François Legault multiplie depuis un an les slogans et les discours de motivation pour nous rassurer. Aujourd'hui, après deux semaines de cafouillages, l'approche du « bon père de famille » a atteint ses limites. Pour vaincre la pandémie, le Québec doit changer de stratégie.  

Pour François Legault, tout repose sur M. et Mme tout le monde. Faites les bons choix et vous aurez une carotte: une tape dans le dos et un relâchement des consignes sanitaires. Faites les mauvais choix et vous aurez un coup de bâton: les consignes vont se resserrer. Autrement dit, ce sont vos choix, pas ceux du gouvernement, qui font la différence. 

Cette histoire, les Québécoises et les Québécois se la font raconter depuis un an. Lorsque leur premier ministre, après avoir martelé pendant des jours que le Québec « résistait aux variants », pointe soudainement du doigt la population pour expliquer la récente flambée des cas, ils sont de plus en plus nombreux à perdre confiance. 

En détournant l'attention des choix politiques du gouvernement, l'approche de la sur-responsabilisation individuelle a bien servi la CAQ. Mais elle ne sert plus la lutte contre la pandémie. L’adhésion aux mesures sanitaires est précieuse. Je m’inquiète de la voir s’effriter. Heureusement, des solutions existent. 

Donner du pouvoir aux gens et aux collectivités

En Grande-Bretagne, on a décidé de faire confiance aux gens. Tous les Britanniques recevront, chaque semaine, deux tests rapides à effectuer à la maison. Cette vaste démocratisation du dépistage est vue là-bas comme une condition du succès du déconfinement, au même titre que la vaccination. La stratégie britannique ne fait pas l'unanimité, mais elle a le mérite de déployer des outils qui, chez nous, dorment dans les entrepôts. Même les entreprises qui en demandent n'arrivent pas à en avoir! 

Dans plusieurs pays du monde, les lieux intérieurs qui demeurent ouverts, dont les écoles, sont équipés de détecteurs de CO2 qui permettent aux gens de suivre, en temps réel, les risques de transmission du virus par aérosol. Les conseils de ventilation appropriés sont affichés partout. La logique est simple: lorsqu'on donne plus d'information aux gens, ils font des choix sécuritaires. 

Au Québec, ces mesures n'ont jamais été prises. Au contraire, le gouvernement a d'abord découragé le port du masque, puis justifié son refus d'installer des purificateurs d'air dans les écoles en évoquant un « faux sentiment de sécurité », comme si nous n'étions pas capables de faire ce que des centaines de millions de personnes font ailleurs dans le monde. Dans la même veine, la CAQ a refusé pendant des mois de donner des masques N95 aux soignantes, niant leur autonomie professionnelle jusqu’à ce qu’un tribunal lui torde le bras. 

Accompagner, pas seulement surveiller

Même si nous savons depuis longtemps que les populations défavorisées sont davantage touchées par les pandémies, la CAQ a fait très peu d’efforts pour adapter sa stratégie. Résultat: dans les quartiers pauvres, les cas de COVID sont deux fois et demie plus nombreux que dans les quartiers riches. 

Comment s’isoler de sa famille quand on habite dans un 3 et demi surpeuplé? Dans des quartiers comme Montréal-Nord, combien de gens hésitent à se faire tester parce qu'ils ne peuvent pas s'isoler advenant un résultat positif? À Toronto, on a mis sur pied - et largement publicisé - des centres d’isolement volontaires publics et gratuits, accessibles à tous. Au Québec, l’existence de tels centres dans la région de Montréal est encore un secret bien gardé. 

Tout le monde n'a pas les moyens de suivre les règles énoncées religieusement à la fin des points de presse. François Legault ne l’a jamais compris: il a poussé l’absurde jusqu’à insister pour que son couvre-feu s’applique aux itinérants. C’est une cour de justice qui l’a forcé à reculer. 

Vive la santé publique libre!

Dans les derniers mois, le premier ministre s'est vanté d'avoir été plus prudent que la santé publique. Les faits montrent plutôt que la santé publique a le dos large. Lorsque la troisième vague l'a forcé à reculer sur la réouverture des écoles, le premier ministre a blâmé le Dr Arruda au lieu d'assumer ses choix. Sur les tests de qualité de l’air dans les écoles, le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a instrumentalisé la santé publique pour couvrir sa propre négligence. 

Il est temps de séparer les communications politiques des communications scientifiques. Commençons par permettre aux directions régionales de santé publique de parler librement à leurs concitoyens. Comme l'a remarqué Patrick Lagacé, le malaise de plusieurs directions régionales de la santé publique est palpable quand on leur demande de commenter les décisions gouvernementales. Cette réserve n'a pas lieu d'être. Ce sont les acteurs principaux de la lutte contre la pandémie: libérons leur parole! 

Le leadership, ce n’est pas dire ce que les gens veulent entendre. C’est parler vrai, faire confiance et s’adresser à l'intelligence des gens. Les Québécois n’ont pas besoin des slogans encourageants d'un « bon père de famille », ils ont besoin d’un chef d’État qui leur donne l’heure juste et la science exacte. Ils ont besoin d’un leader qui les mobilise et les implique dans la lutte contre le virus. Les revirements spectaculaires des deux dernières semaines doivent sonner le glas de la « stratégie paternelle » de François Legault. 

Les Québécois sont assez grands pour comprendre.

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