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«Flots»: une terrifiante petite fille dans le nouveau roman de Patrick Sénécal

Patrick Senécal
Photo Chantal Poirier Patrick Senécal

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Dans son nouveau roman noir à souhait, Flots, Patrick Senécal relève un nouveau défi d’écriture en racontant l’histoire en grande partie du point de vue d’une fillette de huit ans qui ne voit pas exactement la vie en rose. En apparence, Florence est une petite fille comme les autres : elle suit des cours de piano, elle a des amies avec qui elle joue beaucoup. Mais il y a quelque chose en elle qui ne tourne pas rond. Qui est en fait... terrifiant.

Florence, huit ans, est seule chez elle lorsqu’on la retrouve dans l’appartement familial, en haut d’un dépanneur. Personne ne retrouve la trace de ses parents et elle refuse de dire quoi que ce soit. Tranquillement, la vérité apparaît à travers son journal personnel, où elle confie ses réflexions et ses observations sur la vie quotidienne. 

Comme le démontre brillamment Patrick Senécal, Florence a sa façon bien à elle de voir et de comprendre le monde qui l’entoure. Et d’agir aussi. L’écrivain nous en met plein la vue dans ce roman qui débute à Drummondville en mars 2020... au début de la pandémie. 

« Le défi de ce roman, c’était l’écriture. Je trouvais que l’intérêt de cette histoire, c’était d’être du point de vue de la petite fille. C’est là que l’histoire devient intéressante parce qu’elle réalise différemment ce qui se passe autour d’elle et les gestes qu’elle commet. Je trouvais ça l’fun que ça passe à travers le regard à la fois innocent et terrifiant d’un enfant de huit ans qui a une façon un peu spéciale de juger ce qui se passe autour d’elle. »

Le monde, vu par Flo

Il voulait que l’écriture ressemble à celle d’un enfant de cet âge, sans que ça devienne illisible. « Je me disais : est-ce que le monde va se tanner de lire un roman qui a l’air d’être écrit par une petite fille de huit ans qui écrit mal, qui se répète, qui ne fait pas des belles phrases... En même temps, ça la rend attachante. En tous cas, au début du roman ! », rigole-t-il.

« Même quand elle se met à faire des choses épouvantables, on ne peut pas s’empêcher de la trouver attachante, parce qu’on voit bien qu’elle ne réalise pas ce qu’elle fait, qu’elle n’est pas méchante volontairement. On voit bien qu’elle a un problème manifestement de santé mentale, et elle a eu une éducation tout croche. Les parents qu’elle a eus n’étaient pas très habiles. »

Le mal, au féminin

Patrick Senécal décrit, quelque part, la naissance d’un monstre, au féminin, avec sa propre logique. « Je l’ai fait avec Wanda, dans mon roman L’autre reflet. Je voulais aller vers le “evil” féminin (NDLR le mal), dans l’enfance. On peut comprendre que ça ne va pas s’arranger en vieillissant, son affaire. Je pense que j’ai fait le tour de la question avec cette petite fille-là. »

Patrick Senécal, en réfléchissant à ce nouveau roman, avait eu envie de parler d’enfance, et d’explorer en parallèle le thème de la confiance et des amitiés. Et ce n’est pas la première fois qu’il utilise la forme du journal intime. « J’ai fait ça dans 5150, rue des Ormes. C’est un retour aux sources », ajoute-t-il, en précisant que ce roman avait été publié en 1994. 

Sa carrière d’écrivain va très bien. « Je suis très content. Je ne peux pas me plaindre. Si on m’avait dit il y a 27 ans que je pourrais vivre de ma plume, que j’aurais une série à la télévision, tout ça, j’aurais dit, wow ! Je ne me projetais pas si loin que ça. »


En librairie le 15 avril. 

  • Patrick Senécal a publié, depuis 20 ans, une dizaine de romans dont les thrillers fantastiques Sur le seuil, Aliss, et Oniria, et les thrillers policiers Le Passager, Le Vide, Hell.com
  • L’adaptation en BD du roman Aliss avec Jeik Dion est finaliste au Prix des libraires du Québec 2021. 
  • Podz a réalisé Les Sept Jours du talion (2010). 
  • Trois autres adaptations sont en développement au Québec et à l’étranger. 
  • La télésérie Patrick Senécal présente... est disponible sur Club illico depuis février.   

EXTRAIT 

Flots<br/>
Patrick Senécal<br/>
Éditions Alire, 372 pages
Photo courtoisie
Flots
Patrick Senécal
Éditions Alire, 372 pages

« Maman m’a demandé si j’avais envie de regarder un film d’horreur avec elle sur Netflix. Elle était excitée et elle parlait fort parce qu’elle était soûle. Je connais ce mot-là parce que papa lui dit des fois. Il dit t’es encore soûle, là ? Je ne sais pas pourquoi il dit encore soûle, parce que maman n’est pas soûle tout le temps. Je dirais deux fois par semaine environ. Des fois juste une fois. Mais quand elle est comme ça, papa n’aime pas ça. Lui, il boit aussi de l’alcool, mais pas souvent et pas beaucoup. Et quand on boit trop d’alcool, on est soûl. Je ne comprends pas pourquoi des fois maman boit trop de bière ou de vin, j’ai déjà goûté aux deux et ce n’est vraiment pas bon. »