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Un accord fort avantageux grâce à la naïveté de l’Europe

L’entente signée avec la Chine pose plusieurs problèmes importants

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NDLR : La Chine est-elle devenue un géant aux proportions qui devraient inquiéter l’humanité ? Dans une série d’analyses à lire jusqu’à lundi, notre chroniqueur et politologue expert de la Chine, Loïc Tassé, tente de répondre à cette question.


Le 30 décembre dernier, la Chine et l’Union européenne ont signé un accord sur les investissements. Cette entente a été présentée par les Européens comme le pendant des accords commerciaux auxquels la Chine et les États-Unis sont parvenus pour rééquilibrer la balance commerciale entre les deux pays.

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Il est vrai que la balance commerciale entre la Chine et l’Union européenne est globalement déficitaire pour les pays européens depuis des décennies. En 2020, ce déficit atteignait 181 milliards de dollars, en faveur de la Chine. 

De son côté, le gouvernement chinois ne se cache pas de chercher à détacher l’Europe de l’influence économique américaine.

L’accord était en négociation depuis 2013. Les politiques de Donald Trump, qui voulait que les Européens contribuent davantage aux dépenses de l’OTAN et qui n’hésitait pas à appliquer de nouveaux tarifs aux entreprises européennes, ont fait réaliser aux dirigeants européens qu’ils ne pourraient pas éternellement compter sur les États-Unis. Cette prise de conscience a probablement accéléré les négociations.

Un cargo est déchargé de sa marchandise et chargé de conteneurs dans le port de Ningbo-Zhoushan, dans l’est de la Chine, qui cherche à étendre ses accords commerciaux avec l’Europe.
Photo d'archives, Reuters
Un cargo est déchargé de sa marchandise et chargé de conteneurs dans le port de Ningbo-Zhoushan, dans l’est de la Chine, qui cherche à étendre ses accords commerciaux avec l’Europe.

L’accord a deux ans pour être ratifié. Mais plus le temps passe, moins il est certain qu’il le sera. Heureusement pour les Européens.

Des inégalités

C’est que l’accord pose plusieurs problèmes importants. 

D’abord, il est asymétrique. Alors que les pays européens ouvrent largement leurs secteurs industriels aux investissements chinois, plusieurs secteurs économiques chinois demeurent fermés aux investissements européens. 

Ensuite, l’accord donne accès au gouvernement chinois à des informations qui sont au cœur des plans stratégiques des entreprises européennes. En théorie, les investisseurs européens devraient avoir accès à la même information pour les entreprises chinoises. Mais il est permis d’en douter, étant donné l’opacité du régime chinois et le système de comptabilité cachée qui semble toujours exister en Chine.

Mais surtout, l’accord ne régit pas les activités du Parti communiste chinois. Or, le Parti communiste chinois est non seulement le cœur du système politique de la Chine, mais aussi le cerveau de son système économique. 

Pressions de l’Allemagne

L’accord sur les investissements a été signé grâce aux pressions de l’Allemagne. Les grands constructeurs automobiles allemands redoutent de perdre le marché chinois. D’autres pays, comme la France et l’Italie avaient beaucoup moins intérêt à signer un tel accord.

L’accord est aussi en péril en raison des politiques agressives de Xi Jinping : l’écrasement du mouvement démocratique à Hongkong, les politiques génocidaires contre les Ouïgours ou même le comportement des autorités chinoises dans les « procès » de Michael Kovrig et de Michael Spavor ont considérablement refroidi les dirigeants européens. 

Comportement irresponsable

Le comportement irresponsable des autorités chinoises dans la pandémie de la COVID-19 a en quelque sorte ouvert les yeux des dirigeants européens. Emmanuel Macron a même déclaré récemment que l’ère de la naïveté à l’égard de la Chine était révolue.

Peut-être. Mais c’est sans nul doute la nouvelle diplomatie de Joe Biden contre la Chine qui incite les Européens à s’allier avec les États-Unis contre la Chine. C’est aussi ce renouvellement des alliances euroaméricaines qui constitue le plus grand obstacle à la ratification de l’accord d’investissement entre l’Europe et la Chine.